Synopsis : Un décodeur intraverti et brillant de la CIA entreprend de venger la mort de sa femme, prise dans un attentat à Londres. Il utilise ses compétences pour infiltrer un réseau international et traquer les responsables, et s’engage dans une spirale de violence devenant vite incontrôlable.
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Sorti en salles au début du mois, The Amateur marque le retour de Rami Malek dans un rôle principal, après avoir été révélé dans la série Mr. Robot (2015-2019), puis sacré meilleur acteur aux Oscars 2019 pour son interprétation de Freddy Mercury dans le biopic Bohemian Rhapsody . Ce nouveau film est mis en scène par James Hawes, réalisateur de télévision britannique principalement (Black Mirror, Doctor Who) et récemment remarqué pour la réalisation d’Une Vie en 2023, son premier-long métrage sorti au cinéma. Cette fois, ce dernier adapte sous un prisme moderne le roman The Amateur de Robert Littell, publié en 1981. Cette nouvelle version transpose l’intrigue au cœur de problématiques actuelles, dans un contexte de cybersurveillance et de guerre de l’information, et tente d’insuffler une réflexion politique sur les dérives du pouvoir étatique. Rami Malek partage l’affiche avec Rachel Brosnahan (The Marvelous Mrs. Maisel), Caitríona Balfe (Le Mans 66), ou encore Laurence Fishburne (John Wick). The Amateur suit Charlie Heller (Rami Malek), un cryptographe de la CIA confronté à la mort brutale de sa femme Sarah (Rachel Brosnahan) au cours d’un attentat à Londres. Dans sa détresse, Charlie propose à sa direction de contribuer à la traque des responsables grâce à ses compétences techniques. Face à leur refus, il a finalement recours au chantage en les menaçant de divulguer des informations sensibles. Cette prise d’otage lui permet d’obtenir carte blanche pour mener sa propre enquête, au mépris des règles et des frontières. De Londres à Istanbul en passant par Paris, Charlie remonte la piste d’un réseau tentaculaire, avec l’aide précieuse d’Inquiline/Davies (Caitríona Balfe), elle aussi décodeuse hautement qualifiée.
Dès les premières scènes, le ton est donné : c’est un film d’espionnage sombre, paranoïaque et résolument contemporain. Toutefois, malgré son ambition affichée, le propos politique reste timide. La critique prétendant dénoncer abus des services de renseignement, manipulation et crimes d’État ne parvient pas réellement à dépasser le stade de l’intention. Les différentes révélations ont un goût de déjà-vu et peinent à surprendre dans un contexte où ce type de discours est désormais courant. Le traitement du sujet est aseptisé, plutôt prudent, et évite de trop interroger le réel.
Aux dépens de la cohérence, le scénario souffre de nombreuses facilités que les moins critiques pourront aisément pardonner. La manière dont Charlie se retrouve à voyager librement malgré son statut de fugitif interroge, tout comme l’étonnante passivité de ses supérieurs. Le dénouement, à mi-chemin entre l’espoir et l’invraisemblance, frôle le happy ending mal assumé : l’ensemble des coupables sont neutralisés et le héros est réintégré sans sembler être inquiété pour le chaos qu’il aura causé. Une résolution bien lisse, privée de son potentiel subversif.
En acceptant de suspendre son incrédulité, The Amateur reste cependant un film d’action efficace. Le rythme est soutenu, alimenté par des scènes de filature bien menées et une tension palpable tout du long, notamment grâce à une esthétique très marquée. La photographie joue constamment sur les ombres, les contre-jours et les intérieurs glauques, des bureaux du sous-sol de la CIA aux ruelles anonymes de différentes métropoles mondiales. Ce parti pris visuel crée une atmosphère pesante et oppressante, reflétant la psychologie du héros. Charlie semble prisonnier de sa propre existence, dans une réalité où les rares rayons du soleil n’apparaissent que lorsqu’il se trouve en présence des deux seules personnes capables de le comprendre, Sarah et Davies.
Ce héros malgré lui est profondément introverti, hanté par le deuil, et semble incapable de nouer de véritables relations. Il est condamné à errer entre les lignes de code et les mensonges. La perte de sa femme, puis celle de sa coéquipière, et l’hostilité générale du monde qui l’entoure accentuent cette sensation de solitude absolue. L’interprétation de Rami Malek est cohérente, mais reste un peu trop attendue. L’acteur éprouve du mal à sortir de sa zone de confort que lui ont proféré ses précédents rôles à succès, recyclant ses mêmes tics de jeu, ce regard fixe, le corps crispé et un débit retenu.
En somme, The Amateur est un film à deux visages. D’un côté, un thriller solide, bien mis en scène, porté par un beau travail technique et un rythme qui fonctionne. De l’autre, une réflexion politique inaboutie, qui ne fait qu’effleurer son propos. Le film est une réussite si considéré comme un divertissement noir et stylisé, mais ne s’impose finalement pas comme une œuvre particulièrement nécessaire et à valeur-ajoutée. Il reste une tentative prometteuse, qui présage peut-être une prochaine œuvre jusqu’au-boutiste dans la lignée d’un épisode de Black Mirror.
Norane Chiali
- THE AMATEUR
- Sortie salles : depuis le 9 avril 2025
- Réalisation : James Hawes
- Scénario : Ken Nolan et Gary Spinelli, d’après le roman de Robert Littell
- Avec : Rami Malek, Rachel Brosnahan, Caitríona Balfe, Laurence Fishburne, Michael Stuhlbarg, Jon Bernthal, Holt McCallany, Julianne Nicholson, Adrian Martinez, Danny Sapani, Takehiro Hira…
- Production : Hutch Parker, Dan Wilson, Joel B. Michaels, Rami Malek
- Photographie : Martin Ruhe
- Montage : Jonathan Amos
Décors : Sophie Phillips - Costumes : Suzie Harman
- Musique : Volker Bertelmann
- Distribution : 20th Century Studios
- Durée : 124 minutes


