La 97ᵉ cérémonie des Oscars s’est déroulée ce dimanche 2 mars à Los Angeles et s’est avérée pleine de surprises, s’écartant des attentes initiales.
En dépit de l’annonce mentionnant que les chansons nommées ne bénéficieraient pas cette année de performances live, la musique s’est révélée être l’âme vibrante de cette édition. La soirée a débuté en fanfare avec un hommage à la comédie musicale Wicked, porté par les voix envoûtantes de Cynthia Erivo et Ariana Grande.
La célébration s’est poursuivie avec un medley des thèmes iconiques de James Bond, mettant en scène Margaret Qualley en James Bond girl, avant que Queen Latifah ne ravive la magie de The Wiz. Enfin, c’est la chanteuse française Camille qui a triomphé en remportant l’Oscar de la meilleure chanson pour « El Mal » dans Emilia Perez.
Grand favori de cette édition avec 13 nominations, Emilia Pérez a finalement été mineur. Le film n’a remporté que deux Oscars : le premier pour Zoe Saldaña, meilleur second rôle féminin et le deuxième pour sa chanson. Si ces deux victoires ont offert quelques instants de grâce, le film de Jacques Audiard repart largement en deçà des espoirs suscités. La polémique entourant Karla Sofia Gascon, première actrice transgenre nommée aux Oscars, a probablement pesé lourd sur la balance. Il faut toutefois aussi souligner que le film n’a bénéficié que d’une courte exploitation en salles aux États-Unis, avant que Netflix ne fasse le choix d’une diffusion uniquement en streaming.
The Substance de Coralie Fargeat n’a pas davantage brillé, malgré son grand succès critique et commercial. Alors que Demi Moore était la plus pressentie pour obtenir le prix de la meilleure interprétation féminine, le film ne repart finalement qu’avec l’Oscar du Meilleur maquillage et coiffure.
À la surprise générale, c’est la jeune actrice Mikey Madison qui est désignée Meilleure actrice pour son rôle dans la comédie dramatique indépendante Anora. Une victoire qui se justifie, mais résonne étrangement avec le propos même de The Substance. Ce dernier questionne justement la jeunesse éternelle et la pression sociale sur les femmes. Il voit finalement triompher une jeune actrice face à une icône hollywoodienne, incarnant malgré elle les dynamiques dénoncées. Un clin d’œil cruel mais révélateur sur la mécanique implacable de l’industrie du cinéma.
Anora a d’ailleurs défié tous les pronostics avec cinq autres récompenses : meilleur film, meilleur scénario original, meilleur réalisateur et meilleur montage. Une victoire totale pour le lauréat de la Palme d’or 2024, laissant des favoris comme Conclave, The Brutalist ou Je suis toujours là sur le carreau. Ce dernier se voit tout de même remettre l’Oscar du Meilleur film international, petite consolation au vu des performances et de ses qualités de mise en scène.
L’instant politique est coutume aux Oscars. Si plusieurs y sont allés de leurs prises de position, ce sont Yuval Abraham, Basel Adra, Hamdan Ballal et Rachel Szor qui ont fait sensation en recevant l’Oscar du Meilleur documentaire pour No Other Land, sous des applaudissements mitigés. Ce film palestino-israélien relate la violence de la colonisation et des démolitions en Cisjordanie occupée. Il avait également reçu le prix du Meilleur documentaire à la Berlinale 2024.
L’autre moment fort de la soirée a été marqué par l’annonce de l’Oscar du Meilleur acteur dans un premier rôle, décerné à Adrien Brody pour son rôle poignant dans The Brutalist. Vingt-deux ans après sa première statuette pour Le Pianiste, l’acteur renoue avec la thématique de la Shoah et livre une fois de plus une performance intense dans ce drame historique fictif. Si la qualité de sa prestation ne fait pas de doute, son discours n’a quant à lui pas fait l’unanimité. En plus d’être doublement oscarisé, l’acteur peut en effet se targuer de détenir le record du plus long discours d’acceptation, frôlant les 6 minutes. Un excès qui a suscité plusieurs critiques et bâillements, de la part des téléspectateurs et de l’assistance.
Celui qui a amusé les foules en revanche, c’est Kieran Culkin. L’acteur a été récompensé par l’Oscar du Meilleur acteur dans un rôle secondaire pour son rôle de jeune homme sensible et touchant dans A real pain de Jesse Eisenberg. Une suite logique pour le frère Culkin, déjà multirécompensé, et ayant également remporté cette année le Golden Globe du Meilleur second rôle. En recevant sa statuette, il a tenu à adresser de chaleureux remerciements à son épouse, Jazz Charton. Il lui a également rappelé qu’il était temps d’agrandir leur famille suite à cette victoire, ajoutant à son intervention la touche personnelle et humoristique qui le caractérise bien.
Enfin, la France, la Belgique et la Lettonie peuvent se féliciter de la victoire du long-métrage d’animation Flow, face à des mastodontes tels que Vice-Versa 2 et Le Robot sauvage. Il en devient le premier film indépendant muet à obtenir l’Oscar.
Malgré les déceptions et les retournements de situation, cette 97ᵉ cérémonie se voulait soutenir l’idée d’un cinéma libre, audacieux et plein d’espoir.
Norane Chiali
PALMARÈS OSCARS 2025
MEILLEUR FILM
- Anora de Sean Baker
- The Brutalist de Brady Corbet
- Un parfait inconnu de James Mangold
- Conclave d’Edward Berger
- Dune: Deuxième partie de Denis Villeneuve
- Emilia Pérez de Jacques Audiard
- Je suis toujours là de Walter Salles
- Nickel Boys de RaMell Ross
- The Substance de Coralie Fargeat
- Wicked de Jon Chu
MEILLEURE REALISATION
- Sean Baker pour Anora
- Brady Corbet pour The Brutalist
- James Mangold pour Un parfait inconnu
- Jacques Audiard pour Emilia Pérez
- Coralie Fargeat pour The Substance
MEILLEUR ACTEUR
- Adrien Brody dans The Brutalist
- Timothée Chalamet dans Un parfait inconnu
- Colman Domingo dans Sing Sing
- Ralph Fiennes dans Conclave
- Sebastian Stan dans The Apprentice
MEILLEURE ACTRICE
- Cynthia Erivo dans Wicked
- Karla Sofía Gascón dans Emilia Pérez
- Mikey Madison dans Anora
- Demi Moore dans The Substance
- Fernanda Torres dans Je suis toujours là
MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND ROLE
- Yura Borisov dans Anora
- Kieran Culkin dans A Real Pain
- Edward Norton dans Un parfait inconnu
- Guy Pearce dans The Brutalist
- Jeremy Strong dans The Apprentice
MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND ROLE
- Monica Barbaro dans Un parfait inconnu
- Ariana Grande dans Wicked
- Felicity Jones dans The Brutalist
- Isabella Rossellini dans Conclave
- Zoe Saldaña dans Emilia Pérez
MEILLEUR SCENARIO ORIGINAL
- Anora écrit par Sean Baker
- The Brutalist écrit par Brady Corbet et Mona Fastvold
- A Real Pain écrit par Jesse Eisenberg
- 5 septembre écrit par Moritz Binder, Tim Fehlbaum et Alex David
- The Substance écrit par Coralie Fargeat
MEILLEUR SCENARIO ADAPTE
- Un parfait inconnu écrit par James Mangold et Jay Cocks
- Conclave écrit par Peter Straughan
- Emilia Pérez écrit par Jacques Audiard avec Thomas Bidegain, Léa Mysius et Nicolas Livecchi
- Nickel Boys écrit par RaMell Ross et Joslyn Barnes
- Sing Sing écrit par Clint Bentley, Greg Kwedar
MEILLEURS DECORS
- The Brutalist – Judy Becker et Patricia Cuccia
- Conclave – Suzie Davies et Cynthia Sleiter
- Dune : Deuxième partie – Patrice Vermette et Shane Vieau
- Nosferatu – Craig Lathrop et Beatrice Brentnerová
- Wicked – Nathan Crowley et Lee Sandales
MEILLEURS COSTUMES
- Un parfait inconnu – Arianne Phillips
- Conclave – Lisy Christl
- Gladiator II – Janty Yates et Dave Crossman
- Nosferatu – Linda Muir
- Wicked – Paul Tazewell
MEILLEURS MAQUILLAGES ET COIFFURES
- A Different Man – Mike Marino, David Presto et Crystal Jurado
- Emilia Pérez – Julia Floch Carbonel, Emmanuel Janvier et Jean-Christophe Spadaccini
- Nosferatu – David White, Traci Loader et Suzanne StokesMunton
- The Substance – Pierre-Olivier Persin, Stéphanie Guillon et Marilyne Scarselli
- Wicked – Frances Hannon, Laura Blount et Sarah Nuth
MEILLEURE PHOTOGRAPHIE
- The Brutalist – Lol Cawley
- Dune : Deuxième partie – Greig Fraser
- Nosferatu – Jarin Blaschke
- Emilia Pérez – Paul Guilhaume
- Maria – Ed Lachman
MEILLEUR MONTAGE
- Anora – Sean Baker
- The Brutalist – David Jancso
- Conclave – Nick Emerson
- Emilia Pérez – Juliette Welfling
- Wicked – Myron Kerstein
MEILLEUR SON
- Un parfait inconnu – Tod A. Maitland, Donald Sylvester, Ted Caplan, Paul Massey et David Giammarco
- Dune : Deuxième partie – Gareth John, Richard King, Ron Bartlett et Doug Hemphill
- Emilia Pérez – Erwan Kerzanet, Aymeric Devoldère, Maxence Dussère, Cyril Holtz et Niels Barletta
- Wicked – Simon Hayes, Nancy Nugent Title, Jack Dolman, Andy Nelson et John Marquis
- Le Robot sauvage – Randy Thom, Brian Chumney, Gary A. Rizzo and Leff Lefferts
MEILLEURS EFFETS VISUELS
- Alien: Romulus – Eric Barba, Nelson Sepulveda-Fauser, Daniel Macarin et Shane Mahan
- Better Man – Luke Millar, David Clayton, Keith Herft et Peter Stubbs
- Dune : Deuxième partie – Paul Lambert, Stephen James, Rhys Salcombe et Gerd Nefzer
- Kingdom of the Planet of the Apes – Erik Winquist, Stephen Unterfranz, Paul Story et Rodney Burke
- Wicked – Pablo Helman, Jonathan Fawkner, David Shirk et Paul Corbould
MEILLEURE CHANSON ORIGINALE
- Never Too Late – Elton John et Brandi Carlile dans Elton John: Never Too Late
- El Mal – Zoe Saldaña, Karla Sofia Gascón et Camille dans Emilia Pérez
- Mi Camino – Selena Gomez dans Emilia Pérez
- Like A Bird – Adrian Quesada et Abraham Alexander dans Sing Sing
- The Journey – H.E.R. dans Messagères de guerre
MEILLEURE MUSIQUE DE FILM
- The Brutalist composée par Daniel Blumberg
- Conclave composée par Volker Bertelmann
- Emilia Pérez composée par Clément Ducol et Camille
- Wicked composée par John Powell et Stephen Schwartz
- Le Robot sauvage composée par Kris Bowers
MEILLEUR FILM INTERNATIONAL
- Je suis toujours là de Walter Salles (Brésil)
- La Jeune Femme à l’aiguille de Magnus von Horn (Danemark)
- Emilia Pérez de Jacques Audiard (France)
- Les Graines du figuier sauvage de Mohammad Rasoulof (Allemagne)
- Flow de Gints Zilbalodis (Lettonie)
MEILLEUR FILM D’ANIMATION
- Flow de Gints Zilbalodis
- Vice-Versa 2 de Kelsey Mann et Mark Nielsen
- Mémoires d’un escargot de Adam Elliot et Liz Kearney
- Wallace & Gromit : Vengeance de Most Fowl
- Le Robot sauvage de Chris Sanders et Jeff Hermann
MEILLEUR FILM DOCUMENTAIRE
- Black Box Diaries de Shiori Ito
- No Other Land de Basel Adra, Yuval Abraham, Rachel Szor et Hamdan Ballal
- Porcelain War de Brendan Bellomo et Slava Leontyev
- Soundtrack to a Coup d’Etat de Johan Grimonprez
- Sugarcane: les ombres d’un pensionnat de Julian Brave NoiseCat et Emily Kassie
MEILLEUR COURT-METRAGE DE FICTION
- Anuja de Adam J. Graves et Suchitra Mattai
- I’m Not a Robot de Victoria Warmerdam et Trent
- The Last Ranger de Cindy Lee et Darwin Shaw
- A Lien de Sam Cutler-Kreutz et David Cutler-Kreutz
- The Man Who Could Not Remain Silent de Nebojša Slijepčević and Danijel Pek
MEILLEUR COURT-METRAGE D’ANIMATION
- Beautiful Men de Nicolas Keppens et Brecht Van Elslande
- In the Shadow of the Cypress de Shirin Sohani et Hossein Molayemi
- Magic Candies de Daisuke Nishio et Takashi Washio
- Wander to Wonder de Nina Gantz et Stienette Bosklopper
- Yuck! de Loïc Espuche et Juliette Marquet
MEILLEUR COURT-METRAGE DOCUMENTAIRE
- Death by Numbers de Kim A. Snyder et Janique L. Robillard
- I Am Ready, Warden de Smriti Mundhra et Maya Gnyp
- Incident de Bill Morrison et Jamie Kalven
- Instruments of a Beating Heart de Ema Ryan Yamazaki et Eric Nyari
- The Only Girl in the Orchestra de Molly O’Brien et Lisa Remington

