Le Diable s’habille en Prada 2 de David Frankel : critique

Publié par CineChronicle le 6 mai 2026

Synopsis : Andy revient dans l’univers du magazine de mode Runaway, en pleine crise. Face à une Miranda fragilisée par les bouleversements du secteur, elle se retrouve au cœur d’un équilibre instable. Entre pouvoir, survie médiatique et mutation du journalisme, le film revisite leurs rapports dans un monde qui a profondément changé.

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Le diable shabille en Prada 2 affiche

Le diable s’habille en Prada 2 affiche

Près de vingt ans après, Le Diable s’habille en Prada fait son retour, un pari aussi inattendu que risqué. Avec 326 millions de dollars au box-office pour le premier volet sorti en 2006, la barre est forcément très haute pour cette suite. Impossible, dans ces conditions, de ne pas voir resurgir les images d’une Miranda impitoyable, de tenues devenues iconiques et de bureaux aussi grandioses qu’intimidants. Des questions s’imposent alors : que peut encore raconter une histoire qui semblait achevée ? Et surtout, comment retrouver l’énergie et l’aura du premier film ? Autant d’enjeux auxquels doit répondre David Frankel (Marley et moi, Beauté cachée), de retour à la réalisation. Le film s’ouvre sur une Andy (Anne Hathaway) licenciée de son poste de journaliste. En quête de renouveau, elle accepte un rôle stratégique au sein de Runaway, le célèbre magazine de mode, désormais en crise. Face à elle, une Miranda (Meryl Streep) fragilisée par le déclin de la presse écrite, dont l’autorité vacille à la suite d’un scandale. Dans ce contexte instable, Andy pourrait bien représenter une chance de survie. Ensemble, elles tentent d’empêcher le navire de sombrer. De manière surprenante, ce long-métrage fonctionne. S’il réussit, c’est précisément parce qu’il n’essaie pas de reproduire un simple copier-coller du premier film, comme c’est souvent le cas pour les suites très attendues. Certes, les références au premier volet sont nombreuses, parfois peu subtiles (une réplique, un vêtement, un personnage, une musique…), mais le film trouve sa force dans les nouvelles thématiques qu’il aborde. Exit le management toxique d’une patronne envers une jeune assistante dans le milieu de la mode : Le Diable s’habille en Prada 2 parle avant tout de la presse.

 

Le diable shabille en Prada 2

Anne Hathaway, Meryl Streep et Stanley Tucci dans Le diable s’habille en Prada 2 de David Frankel / Credit photo 20th Century Studios

 

La mode reste présente en toile de fond, offrant un spectacle visuel, notamment avec la Fashion Week de Milan, les costumes ou encore les caméos de personnalités du secteur. Toutefois, on ne peut pas dire qu’elle constitue le cœur du film. C’est peut-être là l’un de ses points faibles. Là où le premier opus brillait par des scènes devenues cultes comme la scène d’introduction ou le célèbre moment musical sur Vogue de Madonna, ici, aucun moment ne s’impose réellement dans la mémoire. Le film apparaît ainsi moins percutant visuellement, moins « punchy » et pop, ce qui est un peu dommage.

 

Mais la véritable force de ce deuxième opus réside dans son adaptation à son époque. Le scénario se concentre sur les enjeux actuels de la presse écrite : la course à la rentabilité, la dépendance aux grandes marques et l’évolution du lectorat, désormais tourné vers les réseaux sociaux. Comme le souligne le film, Runaway ne correspond plus aux attentes d’aujourd’hui : les articles doivent être plus divertissants et attractifs, parfois au détriment de leur qualité rédactionnelle.

 

Le long-métrage propose ainsi une plongée dans un journalisme en mutation, en difficulté face à des mécènes puissants, souvent déconnectés des réalités de la mode et de l’art, et uniquement intéressés par le profit. Ce qui fonctionne particulièrement, c’est la manière intelligente dont le film traite ces enjeux sans jamais alourdir son propos. Le ton reste divertissant, ce qui permet d’éviter tout discours moralisateur ou pesant. Cette balance entre humour, rythme et critique sociale donne au récit une vraie efficacité, en rendant son message accessible sans jamais le simplifier totalement.

 

L’autre véritable point fort du film réside dans la performance de Meryl Streep (Mamma mia, Don’t look up), une nouvelle fois remarquable dans le rôle de Miranda. Son interprétation nuancée donne une vraie profondeur au personnage, entre continuité et évolution. Elle incarne parfaitement ces nouveaux enjeux : si Miranda reste fidèle à elle-même, elle apparaît néanmoins moins terrifiante, presque plus humaine. On découvre une femme passionnée mais fragilisée face aux réalités économiques, contrainte de composer avec un monde qui lui échappe et de faire des compromis au détriment de son art.

 

Le diable shabille en Prada 2

Emily Blunt dans Le diable s’habille en Prada 2 de David Frankel / Crédit photo 20the Century Studios

 

Elle n’a plus tout à fait le même pouvoir. Le personnage gagne aussi en légèreté, parfois teinté d’humour. On est donc loin de la manager toxique du premier film : ici, elle semble avoir été recadrée, notamment par les ressources humaines, et certaines attitudes ne sont plus tolérées. Il n’est plus possible de jeter son manteau en arrivant, ni d’utiliser certains mots, et son assistante ne se cache pas de le lui faire comprendre.

 

Le film parvient à faire coexister différentes époques sans tomber dans les clichés, notamment grâce aux protagonistes. Le quatuor formé par Meryl Streep, Anne Hathaway (Interstellar, Les Misérables), Emily Blunt (Le Retour de Mary Poppins, Oppenheimer) et Stanley Tucci (Spotlight, Conclave) fonctionne toujours aussi bien à l’écran. Leur complicité intacte et la justesse de leurs interactions donnent au film une énergie et une vraie crédibilité.

 

Les nouveaux personnages apportent également un réel intérêt, en particulier ceux de la jeune génération, comme l’assistante Amari interprétée par Simone Ashley (Les Chroniques de Bridgerton), modernes, pertinents et drôles. Le réalisateur ne cherche pas à dire que « c’était mieux avant », mais plutôt à montrer que les difficultés du journalisme touchent tout le monde.

 

Le film a-t-il des défauts ? Oui. Mais il est difficile de nier qu’on y passe un bon moment. Il réussit, comme le premier, à proposer une œuvre légère et divertissante, portée par des personnages attachants, le tout sans se répéter, mais en évoluant avec son temps.

 

Emma Pauchont

 

 

                                                                                 

  • LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA (The Devil wears Prada 2)
  • Sortie salles : depuis le 29 avril 2026
  • Réalisation : David Frankel
  • Avec : Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt, Stanley Tucci, Justin Theroux, Kenneth Branagh, Tracie Thoms, Tibor Feldman, Simone Ashley, Lucy Liu, B.J Novak…
  • Scénario : Aline Brosh Mckenna, d’après le roman Vengeance en Prada : le retour du diable de Lauren Weisberger
  • Production : Wendy Finerman
  • Photographie : Florian Ballhaus
  • Montage : Andrew Marcus
  • Décors : Jess Gonchor
  • Costumes : Molly Rogers
  • Musique : Theodore Shapiro
  • Distribution : 20th Century Studios
  • Durée : 2 h 00

 

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