Le Retour de Mary Poppins de Rob Marshall : critique

Publié par Sévan Lesaffre le 18 décembre 2018

Synopsis : À Londres dans les années 1930, durant la Grande Dépression, Michael Banks, devenu adulte, travaille à la banque où son père était employé et vit toujours au 17 allée des Cerisiers avec ses trois enfants –Annabel, Georgie et John– et leur gouvernante Ellen. Comme sa mère avant elle, Jane Banks se bat pour les droits des ouvriers et apporte son aide à la famille de Michael. Lorsque cette dernière subit une perte tragique, Mary Poppins réapparaît magiquement dans leur vie. Avec l’aide de son ami Jack —l’allumeur de réverbères toujours optimiste—, elle va tout faire pour que la joie et l’émerveillement reviennent dans leur existence. Elle leur fera aussi découvrir de nouveaux personnages pleins de fantaisie, dont sa cousine, l’excentrique Topsy.

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Le Retour Mary Poppins - affiche

Le Retour Mary Poppins – affiche

Cinquante quatre ans après la sortie de la comédie musicale culte réalisée par Robert Stevenson, produite par Walt Disney et portée par les célèbres Julie Andrews et Dick Van Dyke, l’iconique Mary Poppins revient sous les traits d’Emily Blunt (Sicario, Sans un bruit, La Fille du train), visage désormais familier des productions Disney actuelles. Ce Retour de Mary Poppins signé Rob Marshall (Chicago, Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence), lequel avait déjà dirigé l’actrice dans Into the Woods en 2015, veut rendre hommage à la comédie musicale originale —chef-d’oeuvre résolument hollywoodien— considérée comme la plus inventive des années 1960 et surtout comme la plus aimée du catalogue disneyien. Disney choisit lui-même Andrews, star au théâtre, mais débutante au cinéma, qui remportera l’Oscar de la meilleure actrice. Mary Poppins mettait en scène George Banks (David Tomlinson), riche banquier londonien et sa femme (Glynis Johns) membre des Suffragettes, cherchant désespérément une gouvernante capable d’inculquer les bonnes manières à leurs deux enfants, Jane et Michael. La charmante Mary Poppins se proposait pour l’emploi puis usait de ses pouvoirs magiques pour se faire aimer d’eux. Cette version 2018, qui n’est pas un remake mais une variation, s’intéresse une nouvelle fois à la nurse so british descendue du ciel. Ici, les enfants Banks incarnés par Ben Whishaw et Jane Mortimer sont devenus des parents, un problème survient et seule la chaleureuse Mary peut les sortir de cette mauvaise passe. Rob Marshall dépeint avec fantaisie la Grande Dépression et situe son film dans les années 1930, période pendant laquelle l’auteure australienne Pamela L. Travers, figure incarnée par Emma Thompson dans le biopic Dans l’ombre de Mary, a écrit ses romans. L’esthétique léchée et les cadrages soignés du réalisateur créent un show pétillant dans la tradition de Broadway.

 

Le Retour de Mary Poppins

Le Retour de Mary Poppins

 

Le Retour de Mary Poppins prend la forme d’un exubérant tourbillon de couleurs, de danses et de chansons, le tout au sein d’un univers relativement fidèle à la folie moderniste et subversive de l’oeuvre originale. Pour garnir ce nouveau scénario (parsemé de clins d’oeil dont l’ouverture sur tableaux, la Cathédrale Saint-Paul, en matte painting dans Mary Poppins, ou la reprise d’effets spéciaux et répliques cultes) dans lequel l’argent tient une place particulièrement importante —banqueroute financière et maison en sursis sont au coeur du film—, de nouveaux personnages font leur apparition : Jack (Lin-Manuel Miranda), falotier et compagnon de Mary Poppins calqué sur le fameux Bert incarné par Van Dyke, l’excentrique cousine Topsy (Meryl Streep), le méchant banquier (Colin Firth), ou encore la dame aux ballons (Angela Lansbury). Dick Van Dyke, âgé de 92 ans, revient quant à lui sous les traits de M. Dawes.

 

Une longue séquence animée rend évidemment hommage au premier film dans lequel l’emploi de l’animation métaphorisait les rêves de l’enfance et contribuait à la fluidité de l’ensemble. Ici, le « Supercalifragilistiexpialidocious » se change en « Treguna Mekoides Trecorum Satis Dee ». L’impression de déjà-vu est renforcée par plusieurs ressemblances frappantes avec L’Apprentie Sorcière —réalisé par le même Robert Stevenson et mettant en vedettes Lansbury et Tomlinson— dont la scène aquatique inspirée de Dans le bleu de la mer, la chanson L’Âge de vos beaux rêves, le « carnaval des animaux » sur l’île de Naboombu, le Londres grisâtre et brumeux de Portobello Road ou encore le trio formé par Georgie, John et Annabel se substituant à Paul, Charlie et Carrie. La poursuite concluant la scène d’animation rappelle étrangement la fuite de Maurice et Philibert dans La Belle et la Bête ou encore Le Sortilège de Cendrillon.

 

Le Retour de Mary Poppins

Le Retour de Mary Poppins

 

Les chansons, probablement trop longues, ne remplacent pas les mélodies pastel cultes des frères Sherman telles que Supercalifragilisticexpialidocious, Chim Chim Cher-ee, A Spoonful of Sugar, Jolly Holiday, Let’s Go Fly a Kite, et Step In Time. Quelques segments musicaux originaux sont subtilement glissés dans la nouvelle partition de Marc Shaiman. On reprochera principalement au film de recycler les ingrédients de la formule magique initiale. La danse des ramoneurs sur les toits de Londres est remplacée par celle des falotiers devant une fontaine à la Un Américain à Paris, les cerfs-volants se changent en ballons, l’oncle Albert devient la cousine Topsy tandis que les joyeux pingouins ne semblent pas avoir pris une ride. L’Amiral Bloom et son second Monsieur Boussole, voisins des Banks toujours perchés sur leur toit, ajoutent cependant une agréable touche d’humour. Emily Blunt, quant à elle, rayonne à sa manière et autrement que la grande Julie Andrews.

 

Après le désastreux Casse-Noisette et les Quatre Royaumes sorti lui aussi pour les fêtes, ce Retour de Mary Poppins, nommé à quatre reprises pour les Golden Globes 2019, en fait sans doute un peu trop, en raison d’un dispositif narratif convenu, haut en couleur et surchargé, mais dégage un certain parfum de nostalgie. Face au monde d’aujourd’hui, la comédie musicale exprime plus que jamais le besoin de rêve, d’imaginaire ou de refuge dans le passé.

 

 

 

  • LE RETOUR DE MARY POPPINS (Mary Poppins Returns)
  • Sortie salles : 19 décembre 2018
  • Réalisation : Rob Marshall
  • Avec : Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, Ben Whishaw, Emily Mortimer, Julie Walters, Colin Firth, Meryl Streep, Dick Van Dyke, Angela Lansbury…
  • Scénario : David Magee d’après l’oeuvre de P.L. Travers
  • Production : John DeLuca, Marc Platt, Rob Marshall
  • Photographie : Dion Beebe
  • Montage : Wyatt Smith
  • Décors : Gordon Sim
  • Costumes : Sandy Powell
  • Musique : Marc Shaiman, Scott Wittman
  • Distribution : The Walt Disney Company France
  • Durée : 2h10

 

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