La Fille du train de Tate Taylor : critique

Publié par Laurianne de Casanove le 29 octobre 2016

Synopsis : Tous les jours, Rachel prend le même train de banlieue et passe devant la même maison. Elle imagine la vie du couple qu’elle y voit. Pour elle, dont le mari est parti pour une autre, Scott et Megan filent le parfait amour. Un jour, pourtant, elle voit la jeune femme avec un autre homme. Qui est-il ? Pourquoi fait-elle cela ? Le mystère s’épaissit encore, quand la police annonce à Rachel que Megan a disparu. Persuadée, d’avoir vu quelque chose un soir d’ivresse, elle se raproche alors de Scott pour tenter de l’aider à découvrir la vérité.

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La Fille du Train - affiche

La Fille du Train – affiche

Malgré un casting plutôt inspiré et une histoire alléchante, La Fille du train déçoit. La faute d’abord, à David Fincher. Étrange argument, direz-vous. Pas tant que ça. En voyant la dernière œuvre de Tate Taylor, on ne peut en effet s’empêcher de penser au très réussi Gone Girl. Or, le film ne tient pas la comparaison. Il est vrai que ce dernier reprend les ingrédients qui ont fait son succès : une banlieue bourgeoise faussement tranquille, une mystérieuse narratrice et un récit en trompe l’oeil appuyé par une narration déstructurée et quelques retournements de situations plus ou moins inattendus. Mais au-delà de ça, ceux qui s’attendent à frissonner devant un scénario tordu et délicieusement pervers, se retrouvent devant un ersatz un peu fade de la partition jouée par Ben Affleck et Rosamund Pike. Sur le papier, cette adaptation du bestseller de Paula Hawkins avait pourtant de quoi séduire. Mais, La Fille du train manque de rythme. La première partie est très longue et très lente. Tate Taylor met trop de temps à mettre en place les décors et les personnages. On a donc du mal à rentrer dans l’histoire et on ne s’intéresse vraiment à ce qui se passe devant nous lorsque les masques tombent. La mise en scène manque également de subtilité. Le cinéaste multiplie les effets de style, et le résultat n’est pas cohérent. Flou, ralenti, (très) gros plans, tout cela est à l’image de la disparue du film : un peu trop aguicheur. L’utilisation très « premier degré » de la musique n’arrange rien. Tel un chauffeur de salles, elle semble être là pour nous indiquer à quel moment applaudir.

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Emily Blunt - La fille du train

Emily Blunt – La fille du train

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À ces bémols, s’ajoute la prestation d’Emily Blunt. D’habitude impeccable, l’actrice britannique se révèle mal à l’aise dans la peau de Rachel, trentenaire alcoolique et paumée. L’héroïne de Sicario et du Chasseur et de la Reine des Glaces, en fait trop. Le spectateur peine à s’émouvoir. Ses débordements n’apportent rien au récit et tout ce pathos finit par alourdir le scénario. Haley Bennett a également tendance à surjouer. Edgar Ramirez, si charismatique dans Carlos d’Olivier Assayas, se retrouve réduit au rôle du beau gosse de service, et Rebecca Ferguson aurait mérité d’être mieux dirigée. Toutefois, Justin Theroux et Luke Evans, les deux derniers pions de cette partie d’échec, leur prestation sans être inoubliable, s’avère honnête. Reste que la photographie est plutôt réussie et que tout ce petit monde s’avère agréable à regarder. La lumière est particulièrement soignée et apporte un supplément d’âme à cette banlieue américaine où s’alignent les maisons de poupées et les jolies blondes au sourire parfait.

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Malgré tous ces défauts, on ne peut s’enlever de la tête l’idée que cette histoire avait plus de potentiel. Mais son intérêt ne vient peut-être pas du mystère qui entoure la disparition de cette femme. La véritable force du scénario provient plutôt de sa façon de parler de la condition des femmes. Il est question de personnages qui tentent tant bien que mal d’entrer dans le moule que la société a créé pour eux. Le crime commis est au final bien moins intéressant que la douleur qu’ils s’infligent à eux-mêmes. Chacune à sa façon a échoué. Échoué à être mère, femme ou amante. Échouer à être ce que la société veut qu’elle soit. Elles en souffrent et on leur fait payer leur inadéquation. Rachel perd son mari. Megan subit les regards désapprobateurs des commères de la ville. Anna tente, tant bien que mal, de se convaincre qu’elle a fait le bon choix. Mais au lieu de saisir cette problématique à bras le corps et de dénoncer l’étiquetage systématique dont les femmes sont victimes, le film s’en sert comme d’une excuse pour nous en emmener ailleurs. Comme le titre l’indique, il n’y a ici que des filles. On aurait voulu voir des femmes. Dommage.

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  • LA FILLE DU TRAIN (The Girl on the train) de Tate Taylor en salles depuis le 26 octobre 2016.
  • Avec : Emily Blunt, Rebecca Ferguson, Justin Theroux, Edgar Ramirez,  Haley Bennett, Luke Evans, Laura Prepon, Allison Janney, Lisa Kudrow…
  • Scénario : Erin Cressida Wilson d’après l’oeuvre de Paula Hawkins
  • Production : Mark Platt, Jared LeBoff
  • Photographie : Charlotte Bruus Christensen
  • Costumes : Ann Roth, Michelle Matland
  • Décors : Kevin Thompson
  • Montage : Michael McCusker, Andrew Buckland
  • Musique : Danny Elfman
  • Distribution : Metropolitan FilmExport
  • Durée : 1h53

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Source: CBO Box office

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