Synopsis : A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?

 

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Gone Girl de David Fincher - affiche francaise

Gone Girl de David Fincher – affiche francaise

Après neuf longs métrages à son actif, David Fincher est aujourd’hui sans conteste l’un des cinéastes majeurs contemporains. Avec Gone Girl, il livre un véritable chef d’œuvre de thriller qui réexamine la relation de couple dans l’Amérique du XXIe siècle. Il ne s’agit plus tant de montrer un mariage en apparence idyllique dont le vernis se craquelle lorsqu’on pénètre au cœur de la belle demeure que de dépeindre désormais au monde l’instrumentalisation acerbe de cette vie conjugale morcelée dans un tableau terrifiant. Bienvenue dans les obsessions de Fincher toujours liées à la dénonciation des travers de la société, aux mensonges, à la paranoïa, aux secrets dissimulés, à la violence physique et émotionnelle, à la manipulation des mass media et à l’impact des tabloïds et des talk-shows. Adapté du bestseller éponyme paru en mai 2012 (en français Les Apparences) de la singulière Gillian Flynn, ex-journaliste d’Entertainment Weekly, Gone Girl est une réussite à tous les niveaux et surtout un matériel parfait pour le cinéaste, qui a coécrit le scénario avec l’auteure. Tous deux dévident une intrigue insidieuse de 2h30 extrêmement bien élaborée, pensée, installée et affûtée, sans aucun ralentissement, ni temps mort. Un traitement narratif toujours évolutif, conçu dans un montage sur mesure, qui gère avec maestria les faux semblants et les différentes perspectives de ce duo d’auteurs, dès leur première rencontre, via les passages en alternance, entre passé et présent, pour mieux semer la confusion.

 

Rosamund Pike et Ben Affleck dans Gone Girl de David Fincher

Rosamund Pike et Ben Affleck dans Gone Girl de David Fincher

 

Gone Girl rejoint la puissance de Zodiac, de Se7en ou encore de Fight Club – voire même par certains aspects de Panic Room -, dans tout son dispositif visuel, structurel et sonore, mais aussi dans la complexité des personnages. Un méta-thriller qui nous immerge dans la représentation satirique d’un couple new yorkais, victime de la crise financière, contraint de s’installer dans le Missouri. A commencer par l’épouse, portée par la performance implacable et la beauté froide de Rosamund Pike, prête pour les Oscars, dans le rôle le plus remarquable de sa carrière. Aisée, intelligente, rationnelle, manipulatrice, calculatrice, retorse, élégante, imperturbable et réfléchie, elle fait ici sauter les verrous de la société patriarcale. Mieux, elle mène le jeu, anticipe les coups et pose elle-même les pions sur l’échiquier. Fincher et Flynn bousculent ainsi ce soi-disant propos sexiste car il est davantage question de faire refléter dans cette intrigue l’image sur la politique des sexes véhiculée par la société. Les deux lui taillent ainsi un profil psychologique d’antisociale redoutable rejoignant toute cette lignée de portraits de femmes dangereuses du cinéma américain des années 1980-90, ayant pour objectif de nuire et de tuer volontairement. Mais ici il est avant de tout question de tester l’autre, lui plaire, le manipuler et le piéger pour ainsi mieux briser les archétypes jusqu’à l’anéantissement, avant de le façonner à son image ; la notion de modèle étant d’avoir un partenaire à la hauteur de ses ambitions vertigineuses. Et Ben Affleck lui donne du reste parfaitement le change dans ce récit qui retrace la disparition mystérieuse de cette épouse, guidée par la voix off de l’actrice britannique via son journal intime, lors de leur cinquième anniversaire de mariage.

 

Ben Affleck, David Clennon, Patrick Fugit, Kim Dickens, Lisa Banes dans Gone Girl de David Fincher

Ben Affleck, David Clennon, Patrick Fugit, Kim Dickens, Lisa Banes dans Gone Girl de David Fincher

 

Le cinéaste se lance dès lors dans un exercice de style qu’il orchestre d’une main de maître en suivant l’évolution de ce mari. A la fois distant, détendu, affable, désemparé, égoïste, amer, en détresse et même un peu perfide, il devient progressivement le principal suspect pour la police et l’homme le plus détesté d’Amérique par l’intermédiaire des médias. Les reproches souvent soulignés dans le jeu de Ben Affleck – discrétion appropriée ou manque de charisme – sont ici excellemment bien exploités par Fincher. Toute cette dynamique de vie matrimoniale est ainsi brillamment auscultée distordant les frontières sur les apparences, même pour ce couple. Et progressivement l’intrigue bascule, les retournements de situations se succèdent, les pièces du puzzle s’installent et les révélations éclatent. L’atmosphère en devient obsédante distillant une tension palpable permanente dans laquelle se mêlent des éléments comiques étonnamment bien agencés. Le tout est savamment rythmé par la bande son de Trent Reznor et Atticus Ross. S’ils restent proches de leurs partitions habituelles après THE SOCIAL NETWORK (notre critique) et MILLENIUM (notre critique), ils proposent ici de nouvelles sonorités qui viennent charger l’atmosphère troublante. A l’instar des personnages secondaires, campés par Carrie Coon (la sœur jumelle), Tyler Perry (l’avocat), Kim Dickens (la policière) ou encore Neil Patrick Harris (l’ex-amant amoureux), on reste subjugué par la tournure de ce récit calibré à la perfection, face aux agissements de ce duo à nul autre pareil aussi fascinant qu’effrayant…

 

 

  • GONE GIRL de David Fincher en salles le 8 Octobre 2014.
  • Avec : Ben Affleck, Rosamund Pike, Carrie Coon, Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Kim Dickens…
  • Scénario : David Fincher et Gillian Flynn d’après son oeuvre Les Apparences (Gone Girl)
  • Production : Cean Chaffin, Reese Weatherspoon, Joshua Donen, Arnon Milchan
  • Photographie : Jeff Cronenwelth
  • Montage : Kirk Baxter
  • Décors : Douglas W. Mowat
  • Costumes : Trish Summerville
  • Musique : Trent Reznor et Atticus Ross
  • Son : Ren Klyce
  • Distribution : 20th Century Fox
  • Durée : 2h29

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