Don’t Look Up – Déni cosmique d’Adam McKay : critique

Publié par Jacques Demange le 24 décembre 2021

Synopsis : Deux piètres astronomes s’embarquent dans une gigantesque tournée médiatique pour prévenir l’humanité qu’une comète se dirige vers la Terre et s’apprête à la détruire.

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Dont Look Up - affiche

Don’t Look Up – affiche

Si la nouvelle production d’Adam McKay a d’abord fait parler d’elle pour sa distribution étincelante, sa réalisation semble clairement affirmer le statut auteuriste auquel le cinéaste aspire depuis maintenant plusieurs années. Débarqué de la comédie (Présentateur vedette : La Légende de Ron Burgundy [2004] ; Frangins malgré eux [2008] ; Very Bad Cops [2010]), McKay abandonne en 2015 ses fructueuses collaborations avec l’acteur Will Ferrell pour aborder la question de la crise des subprimes avec The Big Short : Le Casse du siècle. Si le registre change, le ton demeure. Grâce à un casting impressionnant (Brad Pitt, Christian Bale, Ryan Gosling et Steve Carrell) et une mise en scène audacieuse, le réalisateur parvenait à maintenir en haleine le spectateur sans pour autant perdre de vue l’expertise économique développée par un scénario écrit de ses propres mains (et primé d’un Oscar). Trois ans plus tard, Vice reprenait à son compte cette formule gagnante, se proposant comme un biopic de l’ancien vice-président Dick Cheney, figure de l’ombre et grand marionnettiste du gouvernement de George W. Bush, servi par une écriture (visuelle et dramatique) drôle et grinçante. Avec Don’t Look Up, McKay, toujours aux manettes du scénario, prolonge son style et son goût pour les ambivalences. Entre la farce grotesque et le drame réaliste, l’humour apparent et le sérieux souterrain, le cinéaste dresse un portrait particulièrement juste et percutant de notre société contemporaine. En narrant les déboires de scientifiques cherchant à alerter la population sur sa l’arrivée imminente d’une comète tueuse de planètes, le film nous raconte l’histoire d’un monde coupé de la réalité, gangréné par le narcissisme et en proie à une attention déclinante.

 

Dont Look Up

Cate Blanchett et Tyler Perry – Don’t Look Up d’Adam McKay

 

Ce dernier aspect est particulièrement bien illustré par le travail du montage, le cinéaste découpant ses séquences de façon délibérément excessive. L’enchaînement rapide des gros plans et des inserts permet d’insister sur l’instabilité d’un univers emporté par son propre mouvement. Ne demeure à l’écran que des résidus de présences qui, des mains aux yeux, de la bouche aux pieds, constituent la forme de corps définitivement incomplets, sortes d’automates privés d’esprit. La composition de l’image elle-même semble emportée par ce tempo infernal.

 

En reconduisant la méthode de l’incrustation déjà éprouvée dans The Big Short et Vice, McKay adopte une esthétique de la gangrène qui confond la mise en scène cinématographique avec celle d’un tutorial YouTube. La forme du film accueille donc la critique médiatique développée par son contenu, aspect déjà sensible dans les précédentes productions du cinéaste mais qui s’enrichit avec Don’t Look Up de problématiques supplémentaires. Car là où The Big Short et Vice abordaient des environnements (la finance et la politique) seulement indirectement reliés à notre quotidien, la crise narrée par Don’t Look Up nous concerne immédiatement.

 

Dont Look Up

Jennifer Lawrence, Timothée Chalamet et Leonardo DiCaprio – Don’t Look Up d’Adam McKay

 

Cette conscience n’empêche pas le film d’adopter un ton décalé qui fait sourire autant qu’il donne à réfléchir. Cette idée se répercute directement sur les acteurs qui profite du découpage acéré pour faire gagner leur jeu en intensité tout en s’épanouissant dans les rôles de composition qui leur ont été attribués. Si dans le cas de Meryl Streep, la chose n’étonne guère, elle demeure plus surprenante chez Jennifer Lawrence qui en doctorante à frange propose une interprétation nuancée, évitant le piège de l’ostentatoire auquel son accoutrement aurait pu facilement se prêter.

 

Plus intéressant encore est Leonardo DiCaprio qui trouve ici un moyen de prolonger une tendance qui semblait jusqu’alors réservée à ses collaborations avec Tarantino (Django Unchained [2012] ; Once Upon a Time in… Hollywood [2018]) le voyant abandonner ses attributs naturels pour promouvoir son talent à partir d’un travestissement de son apparence. Succès garanti pour cette production qui affirme la pertinence de son argument par une réussite touchant l’ensemble de ses facettes.

 

 

 

  • DON’T LOOK UP : DÉNI COSMIQUE (Don’t Look Up)
  • Diffusion : 24 décembre 2021
  • Chaîne / Plateforme : Netflix
  • Réalisation et Scénario : Adam McKay
  • Avec : Leonardo DiCaprio, Jennifer Lawrence, Meryl Streep, Jonah Hill, Thimotée Chalamet, Cate Blanchett, Gina Gershon, Ariana Grande, Chris Evans, Mark Rylance, Matthew Perry, Himesh Patel, Ron Perlman, Tomer Sisley
  • Production : Adam McKay, Kevin Messick, Scott Stuber, Betsy Koch, Todd Schulman
  • Photographie : Linus Sandgren
  • Montage : Hank Corwin
  • Musique : Nicholas Brittel
  • Décors : Clayton Hartley
  • Costumes : Susan Matheson
  • Durée : 1 h 45

 

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