Spotlight de Tom McCarthy : critique

Publié par Laurianne de Casanove le 29 janvier 2016

Synopsis : Une équipe de journalistes d’investigation, baptisée Spotlight, a enquêté pendant 12 mois sur des suspicions d’abus sexuels au sein d’une des institutions les plus anciennes et les plus respectées au monde. L’enquête révèlera que L’Eglise Catholique a protégé pendant des décennies les personnalités religieuses, juridiques et politiques les plus en vue de Boston, et déclenchera par la suite une vague de révélations dans le monde entier.

 

♥♥♥♥

 

Spotlight - affiche

Spotlight – affiche

Dans le sous-sol où sont conservées les archives, il y a une odeur de rat mort. Trois journalistes compulsent des documents. La puanteur les gêne, mais ils restent. Le travail n’est pas fini et comme aucun ne sait vraiment d’où provient l’abominable relent, il faut faire avec. Cette scène de Spotlight résume à elle seule le propos du nouveau long métrage de Tom McCarthy. Cette métaphore renvoie en effet à la façon dont l’Église catholique a tenté de cacher, pendant des années, les actes de pédophilie perpétrés par de nombreux prêtres. Tiré d’une histoire vraie, Spotlight est d’abord une enquête, presque un film policier. Une course poursuite haletante, mais sans preux chevalier. Cette équipe de journalistes d’investigation est dénuée de sex-appeal. Ils sont communs. Ni beaux, ni laids, ni meilleurs, ni pires que leurs concitoyens. C’est sans doute leur banalité qui fait que le spectateur s’identifie à eux et se laisse happer par l’intrigue. Dans les rôles de ces quatre fins limiers obstinés, on retrouve Michael Keaton, Rachel McAdams, Mark Ruffalo et Brian d’Arcy James. Si d’habitude, dans ce genre de casting prestigieux, un nom finit toujours par se détacher, ici ce n’est pas le cas. Les ego s’effacent et chaque acteur offre une performance tout en retenue. Un jeu précis et juste où chaque détail a son importance. Ces personnages sont avant tout des bosseurs. McCarthy choisit de filmer le métier de journaliste dans ce qu’il a de plus terre à terre et donc de plus réaliste. La mise en scène est faite d’un enchaînement de petits riens. Quelques notes sur un carnet, du porte-à-porte sous la pluie, une main compatissante posée sur le bras d’une victime…

 

SpotlightSpotlightSpotlightSpotlight

 

Si Michael (Ruffalo) force les barrages, Robby (Keaton), lui, entretient ses relations. Dans les deux cas il s’agit d’un travail de longue haleine, souvent éprouvant et ingrat. Nous sommes dans le quotidien. McCarthy ne cède pas aux sirènes d’Hollywood et aux exigences du box office. Il ne fait pas dans le mélodrame ou le sensationnel. Cette sobriété est sans doute la grande qualité du film. Certains pourront trouver le résultat austère, mais là n’est pas la question. Le metteur en scène ne cherche pas à divertir. Spotlight est un film sérieux, dans le sens où il attache de l’importance à ce qu’il dit ou montre. Le scénario de Tom McCarthy rappelle d’ailleurs en cela le travail journalistique lui même. Des faits, seulement des faits. Même lorsqu’il aborde un sujet aussi abominable que la pédophilie, le réalisateur prend soin de ne rien montrer. Tout passe par les mots. L’imagination fait son travail, et soudain le spectateur est mal à l’aise dans son fauteuil. Un trouble renforcé encore par la photographie et la lumière.

 

La plupart de l’action se passe en intérieurs. Les bureaux du Boston Globe sont un camaïeu triste de beige et de gris, et baignent dans la lumière peu flatteuse de l’éclairage électrique. De leur salle de rédaction, à l’intérieur d’une maison, les héros de Spotlight voient rarement le soleil. Un choix qui vient renforcer la tension narrative. A force de se heurter contre des murs (réels et métaphoriques) le spectateur devient claustrophobe. Même les scènes les plus banales, comme lorsque Mark Ruffalo se met en quête d’une photocopieuse, deviennent étouffantes. La musique reste discrète. Utilisée avec parcimonie, elle vient souligner certains moments où l’intrigue s’accélère. Elle ne prend vraiment le pas sur les dialogues et l’ambiance que dans une des scènes finales, où un chœur d’enfants entonne des chants de Noël dans une église. Un air qui dans le contexte du film sonne le glas de dizaines d’années d’omerta et d’abus. Au-delà du récit, Spotlight est un plaidoyer en faveur du journalisme d’investigation. En cela, le film rappelle  Les Hommes du Président, d’Alan J. Pakula. Ce drame politique de 1976 relatait la révélation du scandale du Watergate par le Washington Post. McCarthy nous rappelle le pouvoir du temps et de la patience à l’heure où les chaînes d’information en continu nous gavent de nouvelles prémâchées. L’enquête des journalistes de « Spotlight » les avait menés au prix Pulitzer. Avec 6 nominations aux Oscars, ce film pourrait peut-être à son tour, voir ses efforts récompensés.

 

 

 

  • SPOTLIGHT réalisé par Tom McCarthy en salles le 27 janvier 2016.
  • Avec : Michael Keaton, Rachel McAdams, Mark Ruffalo, Brian d’Arcy James, Liev Schreiber, John Slattery, Stanley Tucci, Jamey Sheridan
  • Scénario : Tom McCarthy, Josh Singer
  • Production : Blye Pagon Faust, Steve Golin, Nicole Rocklin, Michael Sugar
  • Photographie : Masanobu Takayanagi
  • Montage : Tom McArdle
  • Décors : Stephen H. Carter
  • Costumes : Wendy Chuck
  • Musique : Howard Shore
  • Distribution : Warner Bros
  • Durée : 2h08


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Source: CBO Box office

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