Synopsis : Juin 1940. La France s’effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s’échappe vers Londres pour sauver ce qu’il reste d’un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n’a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n’est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l’ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l’Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.
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Présenté en grande pompe hors compétition lors du dernier Festival de Cannes, La Bataille de Gaulle – L’âge de fer avait pour lourde tâche d’y relever un défi de taille : pallier l’absence notable de blockbusters hollywoodiens sur la Croisette. Premier volet d’un diptyque biographique consacré à cette figure tutélaire du roman national qu’est l’Homme du 18 juin, le projet est adapté de l’ouvrage De Gaulle : Une certaine idée de la France, de l’historien britannique Julian T. Jackson. Il ne s’agit que de la seconde réalisation d’Antonin Baudry, diplomate reconverti dans l’écriture de bande dessinée puis de scénario (Quai d’Orsay de Bertrand Tavernier), avant de passer derrière la caméra pour Le Chant du Loup. Après le diptyque Les Trois Mousquetaires de Martin Bourboulon, puis Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, Pathé persiste dans son ambition de redorer le blason de la superproduction patrimoniale à la française. Doté d’un budget fastueux dont la facture finale fait encore débat (entre 75 et 100 millions d’euros au total pour les deux volets), La Bataille de Gaulle a pour mission d’offrir une ambitieuse fresque historique, épique et populaire. 1940, un colonel inconnu au bataillon s’illustre lors de la Bataille de France par une victoire tactique qui lui vaut sa promotion au rang de Général. Rejetant l’armistice, il s’exile à Londres dans la marginalité la plus totale, perçu de tous comme un illuminé. Face à l’adversité, ce chevalier des temps modernes entreprend d’allumer l’étincelle de la France libre, sa seule foi profonde en la grandeur de sa patrie chevillée au corps. La naissance et l’ascension d’une figure historique majeure sont en marche.
Pour camper son Général, Antonin Baudry fait le pari audacieux du prestigieux comédien de théâtre Simon Abkarian, qui ne partage guère qu’une silhouette et une prestance avec son personnage. Et pourtant, il lui suffit d’une rigidité physique, d’une gestuelle ample et d’un phrasé iconique pour enfiler le képi de l’antihéros, à aucun moment trop grand pour ses tempes. Facétieux dans son interprétation, il réussit l’exploit d’exprimer l’émotion et le panache d’un homme pourtant réputé pour sa pudeur et sa probité. En refusant de verser dans une psychologie de comptoir, le scénario comme son acteur font le choix louable de se prémunir de tout risque hagiographique.
Au contraire, Antonin Baudry surprend même en renouant avec le comique bédéesque de Quai d’Orsay pour mieux dépoussiérer son Don Quichotte du XXe siècle, qu’il veut résolument à rebours de l’image d’Épinal. Dès l’exposition, à l’évocation de la “débandade” de la bataille de Montcornet, De Gaulle rétorque “Ai-je l’air de débander ?”, punchline dont on doute de la véracité historique. Plus tard, il affirme avec un aplomb digne d’un Chuck Norris fact que “Les moustiques ne piquent pas de Gaulle”, avant de succomber au paludisme. Ce décalage burlesque fait des étincelles lors des joutes tumultueuses avec un Winston Churchill, lui aussi brillamment interprété par Simon Russell Beale, souvent considéré comme l’un des plus grands comédiens de théâtre britanniques de sa génération.
Cet humour déroutant tombe en revanche fréquemment à plat s’agissant du Sancho Panza incarné par un Karim Leklou regrettablement sous-exploité, relégué à un rôle de sidekick comique qui laisse perplexe. Plus généralement, c’est l’ensemble de ses personnages secondaires que l’écriture peine à faire exister. De Niels Schneider en Général Leclerc à Matthieu Kassovitz en Amiral Darlan, de grands noms du cinéma d’auteur défilent sous nos yeux sans jamais prendre pleinement chair. Le seul à tirer son épingle du jeu est Benoît Magimel, qui prête ses traits à un Général Koenig héroïque lors d’une Bataille de Bir Hakeim à la fois spectaculaire et tendue, véritable point d’orgue du métrage.
Une autre rupture de ton concerne l’arche secondaire consacrée à la trajectoire de Fernand Bonnier de La Chappelle (Florian Lesieur, révélé dans Plus Belle la vie), étudiant parisien exalté dont on suit l’entrée clandestine en Résistance, depuis la manifestation du 11 novembre 1940 sous l’Arc de Triomphe jusqu’à son incidence majeure dans le cours de l’Histoire. Plus romanesque, cette sous-intrigue détonne nettement avec le récit principal. Justifié par une intention d’offrir à la jeunesse un identifiant à l’engagement inspirant, ce fil narratif paraît aussi motivé par un effort très relatif de féminisation d’un ensemble éminemment masculin, à travers le personnage fictif de résistante juive porté par Anamaria Vartolomei, étoile montante du cinéma français.
En dehors de quelques fonds verts ingrats et du score excessivement emphatique de Volker Bertelmann (Oscar de la Meilleure musique de film pour À l’Ouest, rien de nouveau), La Bataille de Gaulle – L’âge de fer remplit efficacement son cahier des charges de blockbuster grand public à la française. Son second volet, sous-titré J’écris ton nom, est attendu dans nos salles le 3 juillet.
Justine Autissier
- LA BATAILLE DE GAULLE – L’ÂGE DE FER
- Sortie salle : 3 juin 2026
- Réalisation : Antonin Baudry
- Avec : Simon Abkarian, Simon Russell Beale, Florian Lesieur, Benoît Magimel, Loïc Corbery, Anamaria Vartolomei, Niels Schneider, Karim Leklou, Tom Mison, Kacey Mottet Klein, Grégoire Colin, Pablo Cobo, Campbell Scott, Mathieu Kassovitz…
- Scénario : Antonin Baudry et Bérénice Vila
- Production : Jérôme Seydoux, Ardavan Safaee et Axelle Boucaï
- Photographie : Giora Bejach et Pierre Cottereau
- Montage : Rehman Nizar Ali et Katie McQuerrey
- Décors : Benoît Barouh
- Costumes : Laurence Chalou
- Musique : Volker Bertelmann
- Distribution : Pathé
- Durée : 2 h 40


