Deauville 2017/ Sweet Virginia de Jamie M. Dagg : critique

Publié par Antoine Gaudé le 7 septembre 2017

Synopsis : Sam, un ancien champion de rodéo, mène une vie rangée dans une petite ville de l’Alaska. Il se lie d’amitié avec un nouveau venu, sans savoir que le jeune homme est responsable des récents actes de violence survenus dans la bourgade. L’entourage de Sam, ses proches comme ses employeurs, contribuent à briser l’équilibre qui était celui de cette communauté. Le héros fatigué va alors devoir affronter ses démons d’hier et d’aujourd’hui afin de mettre hors d’état de nuire cet imprévisible prédateur.

♥♥♥♥♥

 

Sweet Virginia - photo

Sweet Virginia – photo

Second film de Jamie M. Dagg après River (2015), Sweet Virginia, présenté à Deauville, avait de quoi susciter de l’intérêt. Son casting prometteur (Christopher Abbott, Imogen Poots, Jon Bernthal, Rosemarie Dewitt), son scénario sous forme de vigilante movie, ainsi que son univers de rednecks laissaient envisager toute cette imagerie foisonnante générée, depuis des années, par l’Amérique profonde, ses habitants et ses secrets. Dans un paysage si référencé par le cinéma – la majorité des cinéastes américains sont déjà allés tourner dans ces dinners et fameux motels, il était difficile pour Sweet Virginia de sortir du lot. Les frères Coen (Fargo), David Cronenberg (History of violence), Jeff Nichols (Mud), Kelly Reichardt (Certain Women) ou David Gordon Green (Joe) ont tous balisé ce terrain de jeu en s’appropriant personnellement cet espace. C’est d’ailleurs avec une certaine ambition que Dagg prend l’option du film d’horreur. Mais il va complètement s’y enfermer. Visiblement trop obstiné par la construction d’une ambiance horrifique – la musique angoissante et assourdissante, les impressions d’être suivi, une violence latente, les lents travellings sur des couloirs vides –, le film n’est que dans la posture, à la fois hiératique et référencée, d’un genre qui doit faire éclater sa fureur. Et derrière cette ambiance morbide, il n’y a qu’un scénario alambiqué, sans romanesque ni visée politique, où la caractérisation reste le plus souvent approximative (les personnages féminins sont sacrifiés) et l’espace géographique totalement anecdotique. C’est donc davantage dans le huis clos et l’isolement des personnages que le film trouve la source filmique de son face à face entre Jon Bernthal et Christopher Abbott, seul intérêt d’un film aux enjeux limités. Car ce n’est pas l’apport psychologique, surchargé en dramaturgie du bourru Rossi (Bernthal), qui enthousiasme ici mais plutôt le mutisme ou la présence maladive d’Elwood (Abbott), qui évoque par instants la géniale performance de Javier Bardem dans No Country for old men, encore une référence.

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  • SWEET VIRGINIA
  • Sortie : prochainement
  • Réalisation : Jamie M. Dagg
  • Avec : Christopher Abbott, Jon Bernthal, Rosemarie Dewitt, Imogen Poots, Odessa Young…
  • Production : Chris Ferguson, Brian Kavanaugh-Jones, Fernando Loureiro, Roberto Vasconcellos
  • Scénario : Benjamin China, Paul China (The China brothers)
  • Image : Jessica Lee Gagné
  • Montage : Duff Smith
  • Décors : Danny Vermette, Robin Tilby
  • Costumes : Mia Fiddis
  • Musique : Brooke Blair, Will Blair
  • Distribution :
  • Durée : 1h35

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