Mud de Jeff Nichols : critique

Publié par Nathalie Dassa le 29 avril 2013

Ellis et Neckbone, 14 ans, découvrent lors d’une de leurs escapades quotidiennes, un homme réfugié sur une île au milieu du Mississipi. C’est Mud : un serpent tatoué sur le bras, un flingue et une chemise porte-bonheur. Mud, c’est aussi un homme qui croit en l’amour, une croyance à laquelle Ellis a désespérément besoin de se raccrocher pour tenter d’oublier les tensions quotidiennes entre ses parents. Très vite, Mud met les deux adolescents à contribution pour réparer un bateau qui lui permettra de quitter l’île. Difficile cependant pour les garçons de déceler le vrai du faux dans les paroles de Mud. A-t-il vraiment tué un homme, est-il poursuivi par la justice, par des chasseurs de primes ? Et qui est donc cette fille mystérieuse qui vient de débarquer dans leur petite ville de l’Arkansas ?

 

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Jeff Nichols embarque son troisième long-métrage sur les rives du Mississippi offrant un cinéma toujours très immersif à l’image de ses racines bien ancrées dans les terres de l’Arkansas. Si Mud est plus abouti que Shotgun Stories mais moins puissant que Take Shelter, lauréat du Grand Prix de la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2011, il demeure une œuvre terriblement attachante, tant par la réalisation que par le scénario, écrit sur une période de dix ans, où se conjugue à merveille l’aventure, le drame, le thriller et une histoire d’amour. Dès les premières images, on pense à l’univers de Mark Twain mais surtout à Stand By Me de Rob Reiner. Mud, présenté en compétition à Cannes en 2012, aborde avec magnificence cette thématique du passage de l’enfance à l’adolescence et de son rapport avec le monde adulte. Mais bien plus qu’un drame d’aventure dans lequel il peut s’inscrire de prime abord, Mud est aussi et avant tout un film sur l’amour. Nichols en dépeint avec justesse et délicatesse ses différents aspects dans ce contexte émotionnel : de l’amour illusoire au premier amour lié à ses déceptions, jusqu’à l’amour non partagé et sans espoir de retour. Il tisse ainsi une trame tenue qui s’épaissit sous le poids des personnages, solidement menés par Matthew McConaughey et Tye Sheridan. Tous deux créent une formidable interaction à l’écran dans ce face à face entre cet homme et ce jeune préado de 14 ans confrontés à un monde qui ne fonctionne pas comme ils l’avaient espéré et imaginé.

 

 

Mud de Jeff Nichols avec Matthew McConaughey

 

Mud, c’est Matthew McConaughey, un fugitif mystérieux, avec un serpent tatoué sur le bras, un flingue, des talons de bottes laissant l’empreinte d’une croix et une chemise porte-bonheur. Il se lie d’amitié avec deux jeunes garçons, Ellis (Tye Sheridan) et son ami Neckbone (Jacob Lofland), qui se sont éclipsés de leur vie terne et monotone pour débarquer sur cette île au milieu du Mississippi où ils le découvrent réfugié dans un bateau suspendu dans les arbres. Mud traîne derrière lui une sombre affaire impliquant un meurtre et son amour de toujours Juniper – emmenée par l’attentionnée Reese Witherspoon -, qui le décrit comme un homme que ‘les gens aiment parce que c’est un menteur qui les flatte’. Dès lors leur imagination et l’aventure initiatique commencent. Pour Nichols, Mud opère un changement de rythme et de ton, après Shotgun Stories et Take Shelter, avec une mise en scène plus mobile et visuellement intense et captivante. Il prend néanmoins le temps de planter le cadre, sous la chaleur étouffante et humide de cette île déserte, presque idyllique, d’une réalité qui l’est moins. L’atmosphère est à la fois paisible, douce et mélancolique et les émotions s’animent autant qu’elles se fragmentent. Comme le film, Matthew McConaughey, qui s’émancipe admirablement des rom com auxquelles il semblait destiner pour embrasser une seconde partie de carrière plus excitante (KILLER JOE – notre critique), est ici étonnant et charismatique. Il évoque parfaitement cet étrange mélange d’allégorie entre l’espoir de l’instant présent et l’avenir incertain. Mais si Nichols nous guide pour découvrir ce personnage énigmatique, qui tend un peu vers De Grandes Espérances d’Alfonso Cuaron, le récit se positionne néanmoins du point de vue d’Ellis, un garçon intelligent, observateur et particulièrement mature, qui suscite l’admiration de son meilleur ami Neckbone, tout en reflétant les idéaux de Mud.

 

Mud de Jeff Nichols avec Matthew McConaughey, Tye Sheridan et Jacob Lofland

 

Ce jeune acteur américain de 17 ans, découvert dans The Tree of Life de Terrence Malick (cinéaste référentiel depuis toujours de Jeff Nichols), est la révélation de ce film. Il déploie une large palette d’émotions entre espoir et déception et parvient à s’imposer face à Matthew McConaughey avec une force impressionnante, un peu à l’image d’un River Phoenix tant dans Stand by Me que dans sa courte carrière cinématographique. Son personnage est au centre d’une tension permanente entre ses parents (Sarah Paulson et Ray McKinnon) sur le point de divorcer. Si son désarroi est compensé par son attirance envers une jeune lycéenne (Bonnie Sturdivant), il se raccroche au projet de voyage de Mud obsédé par l’idée de retrouver enfin sa Juniper, en l’aidant à réparer ce bateau suspendu pour s’affranchir des réalités, partir avec elle et vivre enfin cette liberté tant fantasmée. Leur rencontre est la somme de cette croyance désespérée dans laquelle Mud symbolise l’adulte-enfant qu’il est encore tandis qu’Ellis dessine déjà les prémisses de cet adulte-enfant en devenir. Si les femmes sont hélas dépeintes ici comme non dignes de confiance, Jeff Nichols propose néanmoins une belle galerie de personnages riches et intéressants, dont certains n’ont que peu de temps de présence à l’écran comme Michael Shannon – acteur fétiche du réalisateur -, qui passe ici au second plan avoir endossé le rôle principal dans ces deux précédents films. Ou encore l’emblématique Sam Shepard dans le rôle d’un ex-militaire qui vit en retrait, tout en représentant la figure paternelle de Mud. Au final, s’il est question d’apprentissage, de mentors et d’initiation, on ne ressent pourtant pas la volonté du cinéaste de faire grandir ces personnages dans cette aventure où se mêlent amour et désillusion et où Nichols parvient à dresser étonnamment une peinture sensible et surtout différente du Sud des Etats-Unis.

 

 

 

MUD écrit et réalisé par Jeff Nichols en salles le 1er mai avec Matthew McConaughey, Tye Sheridan, Jacob Lofland, Reese Whiterspoon, Sam Shepard, Michael Shannon, Ray Mckinnon, Sarah Paulson. Production : Brace Cove Productions, FilmNation Entertainment, Everest Entertainment. Photographie : Adam Stone. Son : Ethan Andrus. Montage : Julie Monroe. Musique : David Perkins. Distribution : Ad Vitam. Durée : 2h10.

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