Deauville 2017/ A Ghost story de David Lowery : critique

Publié par Antoine Gaudé le 3 septembre 2017

Synopsis : Un homme décède et son esprit, recouvert d’un drap blanc, revient hanter le pavillon de banlieue de son épouse éplorée, afin de tenter de la consoler. Mais il se rend vite compte qu’il n’a plus aucune emprise sur le monde qui l’entoure, qu’il ne peut être désormais que le témoin passif du temps qui passe, comme passe la vie de celle qu’il a tant aimée. Fantôme errant confronté aux questions profondes et ineffables du sens de la vie, il entreprend alors un voyage cosmique à travers la mémoire et à travers l’histoire.

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A Ghost Story - affiche

A Ghost Story – affiche

Lauréat de trois prix au dernier Festival de Deauville (Critique, Jury et Kiehl’s de la Révélation), A Ghost Sory de David Lowery (Les amants du Texas, Peter et Elliott le dragon) marque d’entrée les esprits. Avec son format 4/3 et son aspect quasi photographique, A Ghost Story est déjà plus proche de la chronique intime que du film fantastique, voire d’horreur. La fixité des plans et l’étirement de leur durée installent le film dans une dimension anthropologique qui passe tour à tour du souvenir aux spectres, de l’humain au cosmos, de l’obscur au clair, du proche au lointain. La thématique inversée du deuil à la Kiyoshi Kurosawa (Vers l’autre rive), où la caméra suit non plus le vivant mais le mort, construit un univers où le drame laisse place à une réflexion métaphysique et panthéiste sur la mémoire des lieux et l’éternel retour, et dont l’orchestration visuelle passe par un jeu sur la présence et l’absence absolument fantastique. Dans cette maison qui grince, évolue, se meurt et se reconstruit, Lowery rend compte de cette absence avec une parfaite maîtrise de la profondeur de l’espace et de la profondeur de champ. Tous les plans, et leurs raccords, sont pensés dans une optique de rituel funéraire, où chaque fantôme revient chez lui afin de « revivre » les moments de sa vie avec sa bien-aimée. C’est dans ces « images-souvenirs », dans ce passé qui hante, et dont on ne parvient pas se débarrasser, que le film réussit à émouvoir. Mais c’est dans le rapport entre le spectre et le lieu, dans ce que notre imaginaire investit de ce foyer à la fois intime et collectif, que le film devient immense dans ce qu’il raconte de l’humain, du progrès et de sa fin.

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Rooney Mara - A Ghost Story

Rooney Mara – A Ghost Story

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La splendide photographie d’Andrew Droz Palermo, ainsi que la partition musicale de Daniel Hart accompagnent magnifiquement l’atmosphère cosmologique, cyclique et funéraire d’une œuvre où l’ambition visuelle est telle qu’elle réduit à sa portion la plus congrue les dialogues au profit des images. En matière d’ellipses, Lowery multiplie des choix de raccords poétiques et déroutants qui font écho à cette conception cyclique de la vie (le départ répétée de Rooney Mara). Mais c’est peut-être avec ses longs plans-séquences (la scène écœurante de la tarte !) que Lowery surprend le plus, jouant davantage sur l’attente du spectateur et le décentrement de l’action – on ne suit plus le centre de l’image et le personnage principal – afin d’agencer cette présence de l’absence (de l’ombre, de la mort, du fantôme). Délaissant l’habituelle surenchère dramatique du cinéma américain, Lowery crée une œuvre originelle, réflexive et bouleversante où les enjeux ne sont plus d’ordres narratifs et psychologiques mais bien poétiques et fantastiques. Un cinéma poétique, sous forme de retour aux sources de l’image et de la représentation (durée, absence, double, fantôme), qui prouve que la littérature n’est pas la seule source du drame.

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  • A GHOST STORY
  • Sortie : 20 décembre 2017
  • Réalisation : David Lowery
  • Avec : Casey Affleck, Rooney Mara, Wild Oldham, Carlos Bermudez, Grover Coulson, Liz Franke, Sonia Acevedo…
  • Production : Adam Donaghey, Toby Halbrooks, James M. Johnston, Sailor Bear…
  • Scénario : David Lowery
  • Photographie : Andrew Droz Palermo
  • Montage : David Lowery
  • Décors : Jade Healy, Tom Walker
  • Musique : Daniel Hart
  • Distribution : Universal Pictures
  • Durée : 1h32

 

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