L’acteur Niels Arestrup, figure emblématique du cinéma, de la télévision et des planches, récompensé par trois César et connu pour ses rôles dans des productions francophones et hollywoodiennes, nous a quittés à l’âge de 75 ans.
« J’ai la douleur extrême de faire part du décès de mon époux, l’immense acteur Niels Arestrup, au terme d’un combat courageux contre la maladie. Il s’est éteint entouré de l’amour des siens. » a déclaré sa femme Isabelle Le Nouvel, dans un communiqué le 1er décembre dernier.
Niels Arestrup, acteur franco-danois, est né à Montreuil en 1949. Son père a fui le Danemark au cours de la Seconde Guerre mondiale, lors de l’invasion du pays par l’Allemagne. Il souhaitait se rendre aux États-Unis, mais une fois arrivé en France, celui-ci est tombé amoureux.
Le jeune Niels Arestrup s’est passionné pour la dramaturgie en prenant des cours avec la comédienne Tania Balachova, figure influente du théâtre et réputée pour sa pédagogie. Il intègre dans les années 60 la troupe du Théâtre de Poche à Bruxelles.
Pourtant, il ne s’était jamais imaginé percer dans le milieu, comme il a pu le révéler : « Vous imaginez bien que fils d’ouvrier à Bagnolet dans les années 1950, le spectacle, le théâtre, le cinéma, c’était quelque chose qui n’entrait pas du tout dans mes pensées. »
Très vite, sa carrière se divise en deux, entre les planches et les caméras. C’est grâce à la chanteuse soviétique Raïssa Vassilieva qu’il rencontre le réalisateur Samy Pavel et obtient son premier rôle au cinéma dans Miss O’Gynie et les Hommes fleurs (1973). Le long-métrage raconte comment deux hommes vivent une idylle romantique jusqu’à ce que l’ex-petite amie de l’un deux tente de les séparer.
Niels Arestrup se lance dans le cinéma d’auteur en jouant pour plusieurs grands noms, comme Claude Lelouch, Jeanne Moreau ou encore Frank Cassenti. Ses rôles sont souvent secondaires, ambigus, mais la télévision va lui offrir plusieurs premiers rôles, notamment dans le Tourbillon des Jours (1979). Il participe alors à plusieurs adaptations de grands écrivains comme Honoré de Balzac ou Stefan Zweig.
L’une des séries télévisées qui marquera la carrière d’Arestrup est Baron Noir (2016) de Ziad Doueiri, avec Kad Merad, un thriller politique sur fond de manipulation et trahison. L’acteur y incarne un candidat de gauche à l’élection présidentielle.
Au théâtre, Niels Arestrup joue, écrit, à l’image du Temps des Cerises (2008), mais aussi met en scène. Il dirige le théâtre de la Renaissance entre 1989 et 1993 et s’occupe de pièces comme Beyrouth Hotel (2008). C’est la même trajectoire qu’il suit au cinéma puisqu’il deviendra réalisateur, notamment pour le long-métrage Le Candidat en 2007, qui conte le parcours de Michel Dedieu, remplaçant du candidat de son parti pour l’élection présidentielle d’un pays européen.
La carrière de Niels Arestrup dans les salles obscures continue sans pour autant donner lieu à de grands succès. Cela ne l’empêche pas de côtoyer des stars comme Ornella Muti et Hanna Schygulla dans Le futur est femme (1984), Isabelle Hupert dans Signé Charlotte (1985) ou encore Glenn Close dans La Tentation de Vénus (1991) pour le réalisateur hongrois István Szabó.
C’est sa rencontre avec Jacques Audiard qui marque un regain de popularité et un tournant dans la carrière de l’acteur. En 2005, il joue avec Romain Duris dans De battre mon cœur s’est arrêté qui raconte l’histoire de Thomas Seyr, un voyou qui en a assez de travailler pour son père. Il va alors apprendre à jouer du piano. Arestrup interprète un père violent et immoral, qui lui vaut un premier César, celui du meilleur second rôle.
Sa collaboration avec Audiard continue dans Un Prophète (2009), aux côtés de Tahar Rahim. Cette fois, Arestrup joue un parrain de la mafia corse qui gère ses affaires depuis la prison. Il est récompensé d’un second César pour sa performance.
Sa troisième statuette lui est remise pour son rôle dans Quai d’Orsay (2013), adapté de la bande dessinée éponyme, avec Thierry Lhermitte. Arestrup incarne le directeur du cabinet du Ministre des Affaires Étrangères. L’œuvre se concentre sur un jeune diplômé dont le travail est d’écrire les discours du Ministre.
Suite à ces succès, Arestrup met un pied dans le cinéma hollywoodien, notamment avec Cheval de Guerre (2011) de Steven Spielberg ou Vue sur Mer (2015) d’Angelina Jolie. L’acteur participe à d’autres succès tels que Elle S’appelait Sarah (2010) de Gilles Paquet-Brenner avec Kristin Scott Thomas ou encore Au Revoir Là-Haut (2017) d’Albert Dupontel. Son dernier rôle sur grand écran aura été celui de Sergiu Celibidache, dans le biopic Divertimiento (2022) de Marie-Castille Mention-Schaar sur la chef d’orchestre Zahia Ziouani.
La carrière de Niels Arestrup, saluée pour son immense talent, a également été marquée par des accusations de comportements violents portées par plusieurs actrices dans le cadre de productions cinématographiques et théâtrales.
Ces accusations remontent à La Dérobade (1979) de Daniel Duval, où Maria Schneider se serait fracturé le coccyx et Miou-Miou perforé le tympan à la suite d’une gifle. Isabelle Adjani a quitté la production de la pièce Mademoiselle Julie (1983) en raison d’un différend lié à un geste violent. Myriam Boyer a également accusé l’acteur de l’avoir presque étranglée lors d’une représentation de la pièce Qui a peur de Virginia Woolf ? (1996).
Arestrup avait lui-même abordé le sujet dans une interview, déclarant : « Ça fait vingt-cinq ans que ça dure… Et depuis, j’ai tout essayé : m’expliquer, me taire, mais rien à faire, ça me colle à la peau. » Ces polémiques ont incontestablement terni son image publique, malgré la reconnaissance de son talent artistique. Les mots de Jean-Michel Ribes, un proche de l’acteur, résument bien cette dualité, le décrivant comme « caractériel mais sensible », évoquant un tempérament difficile, parfois comparable aux personnages qu’il interprétait à l’écran.
Florian Boulland
