Synopsis : David Zimmerman est un photographe de 40 ans. Alors qu’il ne sort presque jamais de chez lui, des amis le traînent dans une fête. Il y repère une femme dans la foule, ne peut en détacher le regard. Il décide de la suivre… Quelques heures plus tard, David se réveille : il est dans le corps de cette inconnue.
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À l’annonce du nouveau film d’Arthur Harari (Diamant noir, Onoda 10 000 nuits dans la jungle) en compétition au Festival de Cannes, l’attente était à son comble. Après le succès d’Anatomie d’une chute, Palme d’or en 2023, un film qu’il avait coécrit avec sa compagne Justine Triet, une question s’imposait : L’Inconnue est-il à la hauteur ? Une chose est sûre, le long métrage surprend. Adapté du roman graphique Le Cas David Zimmerman, coécrit avec son frère Lucas Harari en 2024, le film capture dès ses premières scènes une atmosphère presque fantastique. La musique y joue un rôle essentiel, où les notes installent d’emblée une ambiance étrange, représentative de l’ensemble du récit, à la frontière d’un monde à la fois onirique et angoissant. David est photographe. Cheveux longs et gras, corps amaigri, Niels Schneider (Un amour impossible, Les amours imaginaires) est méconnaissable dans ce rôle de personnage presque dépressif, sans véritable perspective d’avenir. Il passe son temps à photographier des lieux de la banlieue parisienne. Lors d’un vernissage organisé par sa meilleure amie, il se rend à la soirée sans enthousiasme. Pour tenir, il consomme de la drogue, feignant de participer. C’est là qu’il croise le regard d’une jeune femme blonde, Eva. Il croit la reconnaître et l’aurait même déjà photographiée à son insu. Intrigué, il la suit. Ils se rapprochent sans échanger un mot et couchent ensemble. Puis David se réveille, quelques heures plus tard, dans le corps de cette femme. Léa Seydoux (La vie d’Adèle, 007 Spectre) prend alors le relais et incarne David avec précision, reprenant ses gestes, sa posture, jusqu’à sa manière de s’asseoir, tandis qu’elle tente de comprendre ce qui lui arrive et de retrouver son corps. S’ensuit une forme de chasse à l’homme, ponctuée de nombreux rebondissements.
C’est ici que le film trouve aussi ses limites. À mesure que l’intrigue progresse, L’Inconnue se densifie jusqu’à devenir parfois opaque et confus. Le récit accumule les pistes et les idées sans toujours laisser au spectateur le temps de les appréhender. Certaines longueurs, notamment dans la dernière partie, accentuent cette sensation de dispersion.
Après une mise en place assez étirée, le film relance brièvement l’attention avec l’apparition de Malia (Lilith Grasmug), une jeune femme de vingt ans dans le corps de David, avant de retomber à nouveau dans une forme d’essoufflement narratif. L’ensemble donne parfois l’impression d’un récit éclaté, presque trop riche pour sa propre structure.
Pour autant, réduire L’Inconnue à ses déséquilibres serait injuste. Le film détourne le motif du body swap, pourtant familier, pour en faire un véritable terrain d’exploration identitaire. Au-delà de la quête de soi, il interroge ce que signifie habiter un corps, se définir, survivre à sa propre disparition. Genre, sexualité, identité, rapport au féminin et à la maternité, le film explore ces thèmes sans les réduire à de simples effets de scénario.
Arthur Harari parvient surtout à traduire ces enjeux par la mise en scène. Le travail de la caméra, l’attention portée aux corps et certaines scènes volontairement inconfortables plongent le spectateur dans une expérience proche de celle vécue par les personnages. Il traverse alors les mêmes états que David et Malia : incompréhension, rejet, acceptation, puis tentative d’adhésion à cette réalité instable.
On sort du film avec une impression persistante, presque dérangeante. D’autant que la fin ouverte prolonge l’incertitude. Ce que l’on a vu est-il pleinement réel ou déjà contaminé par le doute ? Le long-métrage joue sur cette incertitude, poussant sans cesse le spectateur à croire à ce qu’il voit avant d’en douter à nouveau. Le jeu des acteurs participe pleinement à cette réussite. Malgré les inversions de corps, chacun conserve une présence identifiable, comme si l’identité persistait au-delà de l’enveloppe physique. David est Eva, Malia est David. La métamorphose est totale.
Avec L’Inconnue, Arthur Harari signe une œuvre ambitieuse, parfois déséquilibrée, mais profondément marquante. Un film qui peut diviser par sa densité, mais qui continue d’habiter le spectateur bien après la projection.
Emma Pauchont
- L’INCONNUE
- Sortie salles : 26 août 2026
- Réalisation : Arthur Harari
- Avec : Léa Seydoux, Niels Schneider, Valérie Dréville, Lilith Grasmug, Victoire Du Bois, Radu Jude
- Scénario : Arthur Harari, Lucas Harari et Vincent Poymiro, d’après la bande-dessinée Le Cas David Zimmerman
- Production : Nicolas Anthomé, Lionel Guedj
- Photographie : Tom Harari
- Montage : Laurent Sénéchal
- Décors : Emmanuelle Duplay
- Costumes : Isabelle Pannetier
- Musique : Andrea Poggio, Enrico Gabrielli, Tommaso Colliva
- Distribution : Pathé Films
- Durée : 2 h 19


