007 SPECTRE de Sam Mendes: critique

Publié par Jérôme Nicod le 9 novembre 2015

Synopsis : Un message cryptique surgi du passé entraîne James Bond dans une mission personnelle à Mexico puis à Rome, où il rencontre Lucia Sciarra, la veuve d’un célèbre criminel. Il réussit à infiltrer une réunion secrète révélant une redoutable organisation baptisée SPECTRE. Pendant ce temps, à Londres, Max Denbigh, le nouveau directeur du Centre pour la Sécurité Nationale, remet en cause les actions de Bond et l’existence même du MI6. En s’approchant du cœur de SPECTRE, Bond va découvrir qu’il existe peut-être un terrible lien entre lui et le mystérieux ennemi qu’il traque…

 

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007 SPECTRE - affiche

007 SPECTRE – affiche

Qu’un film de James Bond soit excellent ou moins bon, l’importance est relative tant la force du personnage, créé par Ian Fleming et porté à l’écran depuis 1962, tient à un univers codifié qui demeure immuable. Vingt-quatrième aventure de l’agent secret au permis de tuer, ce nouvel épisode remplit le cahier des charges de la saga sans en constituer le sommet attendu après SKYFALL (notre critique), qui renaissait après la quasi faillite de la MGM. Une excellente nouvelle pour commencer : 007 SPECTRE s’ouvre enfin sur le canon au travers duquel on voit Bond tuer son adversaire, qui représente l’ADN de la série créée en 1962 par Maurice Binder. Pour précéder cet instant à la musique triomphante, Thomas Newman a composé une introduction musicale qui débute sur le logo de Universal. Le récit débute ensuite avec un splendide long plan séquence, très élégant et malin, qui nous fait suivre 007 dans la rue, l’ascenseur, sur les toits, tout en embrassant une femme avant d’assassiner un inconnu. S’ensuit une scène d’hélicoptère, dont la performance d’un looping est inédite. D’emblée, le film séduit par son élégance visuelle, tout est beau, cadré à la perfection. Dans le train qui traverse le désert, Bond boit un vodka-martini dans un superbe smoking blanc signé Tom Ford ; tous les éléments bondiens majestueux sont bien là. Sam Mendes multiplie les allusions aux précédents épisodes, principalement Vivre et Laisser Mourir au regard de l’ouverture sur le Jour des Morts à Mexico. La photographie de Hoyte Van Hoytema cherche la couleur et le contraste, tel le superbe plan de l’Aston Martin DB10 qui arrive à Rome de nuit. Elle est capturée du ciel à travers les arbres éclairés qui deviennent orange ; on retrouve ainsi la palette chromatique de Skyfall dans sa partie asiatique. 007 SPECTRE marque clairement sa différence esthétique par rapport à la concurrence hollywoodienne.

 

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Visuellement, nous sommes en effet face à une œuvre d’art, mais pas forcément du septième art, car le film contient deux défauts majeurs : un scénario pas toujours bien maîtrisé et un montage parfois embarrassant. Mais passé le générique avec des images composites splendides de Daniel Kleinman sur une chanson pourtant très médiocre de Sam Smith, l’histoire va suivre un même schéma sur plus de deux heures. Ainsi, on empile Mexico, l’Autriche, Rome. Certains moments sont mémorables au sein de ses étapes : à Mexico, le pré-générique ne manque pas de panache, en Autriche, le décor est époustouflant, à Rome, la première réunion des membres du SPECTRE et la promesse de deux méchants mythiques est une belle idée. Puis, après ce long voyage, atterrissage à Tanger. À partir de ce moment, l’histoire part un peu dans tous les sens et on ne comprend pas toujours bien les motivations des personnages : les rapports entre Madeleine (Léa Seydoux) et Bond changent soudainement, Bond perd l’initiative, la scène de torture totalement parachutée…

 

Si Sam Mendes étire certaines de ses scènes, on perçoit surtout qu’il aime diriger les acteurs dans les passages dialogués. Il faut d’ailleurs souligner la qualités des répliques souvent drôles et bien senties. Nul autre que Mendes n’aurait su explorer aussi bien l’âme de Bond pour en faire un héros shakespearien. Mais ici, il se désintéresse des scènes d’action, à la différence de Martin Campbell qui les incarnait même physiquement sur le tournage. Il n’y a qu’à comparer ce pré-générique avec celui de Casino Royale (2006) ; on comprend à quel point Campbell raisonne en action. Mendes n’a pas cette sensibilité, il filme autrement cherchant l’esthétique et la chorégraphie. Depuis Skyfall, il détient le final cut et avait pour cela l’aide du grand Stuart Baird au montage. Désormais, c’est Lee Smith aux commandes et les plans ne se répondent pas toujours, comme certains champs-contrechamps. Pourtant, la course-poursuite en voiture, filmée de manière aérienne, est virtuose ; ce véritable ballet est un total régal pour les yeux. Mais le contemplatif ne sied guère aux scènes d’action, et la technique s’en réfère aussitôt à la musique, qui en comporte 140 minutes. C’est trop. Résultat, elle surligne souvent l’ensemble. Thomas Newman inscrit son score non pas dans la continuité de Skyfall mais dans l’auto-référence : un nombre conséquent de morceaux sont directement tirés de sa première composition.

 

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Nonobstant ces erreurs notables, Daniel Craig est un James Bond plus que parfait depuis sa première aventure et continue à se bonifier. Il a développé son style. Il possède désormais une démarche, affinée au fil des opus, comme Sean Connery ou Roger Moore, les deux seuls prédécesseurs à avoir apposé une empreinte réelle au héros de Fleming. Léa Seydoux est également parfaite dans les scènes d’action ; elle l’avait déjà démontré dans MISSION IMPOSSIBLE 4 (notre critique). Christoph Waltz est à l’aise en nemesis. Mais s’il est impeccable lors de sa première apparition à Rome, son rôle a malgré tout tendance à manquer d’épaisseur par la suite. Quant à la superbe Monica Bellucci, dont l’âge lui sied à merveille, elle a un rôle délicat qui n’a hélas pas vraiment le temps d’exister. Le reste des interprétations est au niveau attendu : Ralph Fiennes (M) joue les utilités et Andrew Scott (Benbigh) est bien moins intense que dans le rôle de Moriarti dans la minisérie Sherlock qui l’a révélé au grand public. Ben Wishaw en Q est cependant de plus en plus savoureux et mis en valeur. David Bautista, après avoir joué Drax dans LES GARDIENS DE LA GALAXIE (notre critique), qui s’avère être aussi le nom du méchant dans Moonraker, interprète ici un personnage clin d’oeil à Requin, homme de main de Drax dans le même film.

 

Sans citer l’ensemble du casting, on a dès lors une troupe de haute volée, à savoir des acteurs de premier plan qui ont accepté des rôles secondaires, ce qui donne un niveau global de jeu assez rare dans les blockbusters. Daniel Craig, devenu coproducteur, est si hanté par son rôle que l’on espère qu’il saura se convaincre de continuer, car après vingt-quatre aventures depuis 1962, James Bond est redevenu un rendez-vous incontournable depuis qu’il en porte le smoking.

 

 

 

  • 007 SPECTRE réalisé par Sam Mendes en salles le 11 novembre 2015
  • Avec : Daniel Craig, Léa Seydoux, Christoph Waltz, Monica Bellucci, Andrew Scott, Ralph Fiennes, Ben Wishaw, Dave Bautista, Naomie Harris, Rory Kinnear, Jesper Christensen, Stephanie Sigman…
  • Scénario : John Logan, Neal Purvis, Robert Wade, Jez Butterworth d’après les personnages de Ian Fleming
  • Production : Michael G. Wilson, Barbara Broccoli
  • Photographie : Hoyte Van Hoytema
  • Montage : Lee Smith
  • Décors : Dennis Gassner
  • Costumes : Jany Temime
  • Musique : Thomas Newman
  • Distribution : Sony Pictures
  • Durée : 2h28

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