Synopsis : Dans la vallée de Salinas, en Californie. L’histoire sur plusieurs générations de la famille Trask, en portant un regard neuf sur son inoubliable anti-héroïne, Cathy Ames.
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Sept décennies après l’adaptation par son aïeul Elia Kazan du chef-d’œuvre éponyme du Prix de Nobel de Littérature John Steinbeck, c’est au tour de sa petite-fille Zoe de s’attaquer à la monumentale relecture transgénérationnelle du mythe biblique de Caïn et Abel. À la différence de l’œuvre qui révéla James Dean, dont les deux petites heures de métrage n’autorisaient qu’une transposition très parcellaire du roman-fleuve, concentrée sur son dernier tiers, le format sériel de sept épisodes permet de couvrir l’intégralité du demi-siècle de fresque familiale séparant la guerre civile américaine de la Première guerre mondiale. Et les divergences ne s’arrêtent pas là… Au lendemain de la Guerre de Sécession, une jeune femme laissée pour morte mobilise ses dernières forces au cœur de la nuit pour ramper jusqu’au porche le plus proche. Elle y trouve secours auprès de deux demi-frères que tout oppose, tourmentés par cette irruption dans leurs existences empreintes d’une rivalité désespérée pour les faveurs paternelles. Aveuglément épris de cette inconnue au passé trouble, l’aîné emploie l’héritage mal acquis de son patriarche à quitter la ferme familiale du Connecticut et entreprendre la conquête des terres fertiles de l’Ouest américain, au mépris de réticences dont sa jeune épouse ne fait pas mystère. De cette union mal assortie, naîtront deux faux jumeaux que la génitrice, éprise d’une indépendance incompatible avec la domesticité, s’empressera d’abandonner à leur triste sort sans se retourner pour mener une vie de dépravation. Élire l’une des antagonistes les plus infâmes de la littérature américaine comme pivot de son récit est incontestablement le pari narratif le plus audacieux de Zoe Kazan. “Ce monde abrite des monstres nés de parents humains.” C’est par cette citation que la voix off profonde et accidentée de Florence Pugh ouvre le pilote, tandis que son anti-héroïne souille les terres des frères Trask de son sang vénéneux, comme un avertissement.
Survivante de traumas patriarcaux fondateurs, devenue tour à tour manipulatrice sans scrupules, pyromane parricide impénitente, épouse et mère indigne, puis mère maquerelle empoisonneuse, Cathy Ames jouit ici d’une backstory qui, si elle ne la réhabilite ni ne l’excuse jamais, a au moins le mérite de contextualiser sa sociopathie. Magnétique dans les costumes d’époque de Kristy Cameron, Pugh réussit le tour de force de susciter l’empathie par la générosité et la physicalité de son jeu. La performance s’avère à ce point incandescente qu’elle en éclipse celle de son principal partenaire de jeu…
Révélé par la série Girls de Lena Dunham, Christopher Abbott prête ses traits mélancoliques à un Adam Trask unidimensionnel, qui se conçoit comme une incarnation de la valeur de probité, davantage que comme un personnage à proprement parler. Dès les deux premiers épisodes, Mike Faist (West Side Story, Challengers) lui fait de l’ombre dans le rôle de son frère tourmenté et impulsif. Mais c’est ensuite le personnage de Lee, le gouvernant sino-américain, qui se révèle être le cœur battant et le compas moral du récit. Digne et érudit à rebours des stéréotypes raciaux, Hoon Lee (déjà remarqué dans la série d’Apple TV+ Vrais voisins, faux amis) parvient à cristalliser en une seule personne toutes les figures parentales qui auront fait défaut à des générations de Trask.
Dans des décors naturels néo-zélandais à couper le souffle qui invitent à l’émancipation, À l’Est d’Eden est une permission de s’affranchir des déterminismes issus d’héritages familiaux toxiques pour mieux s’épanouir dans le libre arbitre, ce fameux “timshel” qui traverse l’œuvre comme un puissant leitmotiv.
Justine Autissier
- À L’EST D’EDEN (East of Eden)
- Sortie : 1er octobre 2026
- Plateforme : Netflix
- Showrunner : Zoe Kazan
- Réalisation : Garth Davis et Laure de Clermont-Tonnerre
- Avec : Florence Pugh, Christopher Abbott, Mike Faist, Hoon Lee, Ciaràn Hinds, Joseph Zada, Joe Anders, Martha Plimpton, Tracy Letts, Zoe Phillips
- Production : Jack Sainte-Rose
- Photographie : Stuart Dryburgh et Sam Chiplin
- Montage : Jane Rizzo, Julia Bloch et Meg Reticker
- Décors : Grant Major
- Costumes : Kirsty Cameron
- Musique : Laura Karpman
- Durée : 7 épisodes d’1 heure

