J-P Pelissier/Reuters – Festival de Cannes 2009

Jean-Pierre et Luc Dardenne, deux personnalités complices et complémentaires au tempérament calme et homogène, ont une seule et même vision du 7ème art qui suit une même inspiration et un même objectif. Retour sur leur leçon de cinéma post-cannoise.

 

 

 

Initiés d’abord aux vidéos militantes, dans le cadre de leurs études respectives, qui mêlent l’art filmique et les aspects sociaux basés sur leur cinéma engagé, les frères Dardenne font leur début dans le documentaire. Ils mettent en scène à « la gâchette sans table de montage » des gens à l’écart qui se battent contre l’injustice, dans la Wallonie en déclin. C’est en 1987 que leur carrière prend un tournant décisif. Avec Falsch, leur première œuvre de fiction, et Je pense à vous en 1992, les frères Dardenne sont marqués par leur rencontre et collaboration avec Jean Gruault, le scénariste de François Truffaut. Pour eux, c’était comme appartenir à une famille : celle de Truffaut, de Resnais, de Godard…Un véritable apprentissage pour réussir à extraire leurs personnages de documentaire trop implantés.

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L’expérience sur Je pense à vous, avec une équipe de 60 personnes et un budget conséquent de 16MF, les pousse à revoir leur méthode. Avec La Promesse, ils se méfient alors de la technique des machines sur un plateau. Ils décident de travailler avec des personnes proches d’eux, qui n’ont pas fait de longs-métrages de fiction, de répéter davantage avec les acteurs et de plus se tourner vers la continuité de l’histoire. Ils trouvent ainsi leur voie cinématographique. Sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs en 1996, La Promesse leur permet de débuter leur parcours cannois. Le film reçoit au cours de l’année une pluie de récompenses et révèle un comédien, Jérémie Rénier.

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En 1999, ils reçoivent la reconnaissance internationale avec Rosetta (Palme d’Or et Prix d’interprétation féminine pour Émilie Dequenne). C’est le résultat d’un travail d’équipe, réparti entre les cinéastes, le chef opérateur et le cadreur. Jean-Pierre et Luc Dardenne favorisent toujours l’éclairage naturel dans leur filmographie et ce, avec un cadre qui bouge en permanence. Ils réussissent à donner vie à ce qu’ils veulent en travaillant sur la confiance et en se relayant entre eux. Ils posent ainsi un regard à la fois professionnel et spectateur. En 2002, Olivier Gourmet remporte le Prix d’interprétation masculine pour Le fils et en 2005, seconde palme d’Or pour L’enfant qui confirme leur talent de cinéastes.

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Progressivement, ils marquent leur préférence sur des éléments essentiels :

  1. un casting anonyme. Le regard du spectateur ne doit pas être faussé par un comédien connu et marqué par plusieurs rôles. Il doit être le plus neuf possible. Ils font rarement appel au maquillage, hormis dans Le silence de Lorna.
  2. le rapport au corps. Le mouvement et la gestuelle de l’acteur s’expriment et prennent sens à l’image au travers d’un montage de plans qui viennent renforcer une atmosphère particulière.
  3. l’objet. Tout aussi important que les sentiments et les émotions, cela passe beaucoup à travers la manipulation des accessoires par le personnage et des rapports qu’il a avec, autant qu’à travers les paroles.
  4. le son. Ils tournent dans des espaces souvent bruyants. Ils essaient alors de toujours amener le son dans les plans et de le mêler aux bruits naturels. Comme dans le cinéma de Bresson, qu’ils affectionnent particulièrement, le « son est souvent plus subjectif même que l’image ».

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Le changement de registre s’effectue avec Le silence de Lorna (Prix du Meilleur scénario à Cannes en 2008), via un scénario plus complexe, des personnages plus nombreux et une réalisation plus stable. Ils écrivent et filment leur première séquence d’amour et de sexe. Cette scène s’est décidée par rapport à la construction du personnage ; une femme mystérieuse, stratégique, cloisonnée et qui doit réfléchir à ce qu’elle doit dire et ne pas dire, afin de gagner et réaliser ses plans. Pour eux, ce moment clé imprévu est le seul instant où le personnage peut s’abandonner complètement, sans mentir ni tricher.

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La leçon de cinéma – inaugurée en 1991 par Gilles Jacob – remporte un vif succès et encourage le Président du Festival à innover et proposer sur le même modèle : La leçon de musique en 2003 et La leçon d’acteur en 2004. A quand La leçon de scénario ?

 

 

 

(Archive©ND – article paru sur scénaristes.biz en 2009)

 

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