Vincent Tulli - Ingénieur du Son et Mixeur

[Copyright©ND – archive presse fev 2009] Avec plus d’une trentaine de films à son actif, récompensé par deux César du Meilleur Son pour ‘Jeanne d’Arc’ et ‘Taxi’ et nominé pour ‘La Haine’ et ‘Les Rivières pourpres’, Vincent Tulli, ingénieur du son et mixeur dernièrement sur ‘Coco Chanel & Igor Stravinsky’ de Jan Kounen, explique l’importance et le maniement du scénario dans son métier.

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« J’ai la chance depuis quelques années de choisir de faire un film en fonction du scénario. Généralement, il m’est transmis six mois avant le tournage par le réalisateur ou le producteur. Je le lis d’abord d’une traite pour avoir une vue d’ensemble, puis plusieurs fois de suite pour m’imprégner de l’histoire, du texte. Une fois que tout est acté, les scénarios sont répartis au metteur en scène et aux postes clé : scripte, ingénieur du son, perchman et sur certains films au chef op’. Mon métier d’Ingénieur du son consiste à enregistrer les sons seuls (dialogues, claquement de porte, morceau de musique…) et directs (dialogues, bruitages, effets sonores, ambiances, musique), récupérés pendant le tournage et qui passent par une console à travers le perchman, avec lequel je forme un team à part entière. Pour cela, j’ai un chariot avec un ou deux magnétophones et la console qui sert à mélanger les sons qui arrivent des différents micros autour de la caméra. Plus le scénario, pour les raccords et pour savoir surtout ce qui va se dire. C’est le matériel avec lequel je travaille et dont je ne peux me passer. Je transmets ensuite mes enregistrements au monteur son ; un métier que j’ai exercé pendant 15 ans. Le montage final arrive dans la console dédiée au mixage qui reçoit 100 à 200 pistes, voire plus, et les réduit en 6 (5.1). Je mixe et mélange ces différentes sources sonores et je n’ai plus qu’à les ajuster au bon niveau.

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Les scénarios se présentent en format A5 pour le mettre plus facilement dans la poche arrière du pantalon et surtout pour l’avoir toujours avec soi. L’assistant-réalisateur nous transmet la dernière version, c’est-à-dire les derniers additifs ou changements revus et corrigés la veille au soir. C’est un « jour après jour » ou un ensemble de feuilles agrafées avant le PAT (Prêt-à-Tourner) qui correspond à des séquences extraites du scénario qui vont être tournées dans la journée. Ce sont les numéros et intitulés de séquences, des mini résumés d’une séquence qui peuvent faire plusieurs pages et les indications pour les acteurs (arrivée plateau, maquillage, coiffure…). Ces renseignements sont en partie de la recopie du scénario. Si on change du texte en live, on le reporte directement dessus. L’assistant réal’ relève toutes les annotations pour faire le dépouillement son qui sont les continuités de son pendant et après une scène (dialogues, brouhaha, musique…). Je dois à la fois les enregistrer, rechercher toutes les informations relatives au son et faire des essais. Par exemple : « Stravinsky apprend à Gabrielle Chanel à jouer du piano. Voix off : Madame, votre voiture est prête ».

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L’assistant réal’ annote « enregistrer son seul du dialogue off ». Ou encore « Une grosse fête parisienne bat son plein dans une ambiance de musique russe ». Même procédé « enregistrer son seul musique russe ». Toutes ces indications sont déjà mentionnées dans le scénario. Sur La Haine, la bande son était écrite en toutes lettres : « Said est de dos, mouvement de grue au-dessus de lui, il découvre les CRS encadrant le commissariat ». C’est un des plans qui montre un rythme, une vitesse. Ou encore sur Coco Chanel & Igor Stravinsky : « Arrivé Stravinsky devant le théâtre des Champs-Élysées, 7h du soir, 1923, les teuf-teuf, mouvement de grue, 600 personnes attendent ». Le procédé devient plus facile quand je fais le mixage car je connais le scénario par cœur. Mais si l’indication son annotée n’est pas précise ou que le dialogue de l’acteur est mal dit, tout doit être refait au mixage. La plupart du temps, j’échange et j’interviens avec le metteur en scène, rarement, voire jamais, avec le scénariste. Je ne l’ai jamais vu intervenir au moment du tournage. C’est trop tard, son rôle est en amont. Quand il vient, c’est en tant qu’observateur pour découvrir ses personnages. Avec les acteurs, c’est peut-être différent. Je crois qu’un des scénaristes de Coco Chanel & Igor Stravinsky est venu et a réécrit quelques passages dans une caravane.

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IL INSPIRAIT À TOUS LE RESPECT

Le scénario est un manuel d’utilisation. Travailler sans scénario est impossible, même avec un pitch de 10 lignes, on ne peut pas s’en passer, sinon on part en freestyle total. Sans histoire et sans indication de jeu, de son, d’effet visuel, etc, comment réaliser concrètement un film ? Le scénario évolue tout le temps. Au moment du tournage, il est en perpétuelle réécriture. Ce qui peut se produire, c’est qu’un rôle entier peut disparaître, comme cela a été le cas sur Coco Chanel & Igor Stravinsky, ou que des dialogues soient supprimés ou inversés par rapport à certains personnages. Comme pour tout film, il existe plusieurs copies de scénario qui sont nécessaires pour des raisons de confidentialité. Il y avait deux scénarios sur La Haine : un destiné aux hommes politiques, maires, commissaires de quartier et un second pour nous. Ce sont des versions édulcorées qui montrent uniquement ce que chaque protagoniste doit savoir.

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Une question revient souvent sur les plateaux : « qui a écrit le scénar ? » Cela résume malheureusement la position des scénaristes en France. On retient généralement le nom du metteur en scène s’il l’a écrit lui-même. Mais il peut être coscénariste. Si ceux qui ont travaillé avec lui ne sont pas connus, on retiendra son nom avec sa double casquette « écrit et réalisé par ». Pour s’imposer, il faut être fort. Chez les Anglo-saxons, sa place est plus importante car on considère que son travail a de la valeur. Sur Paris, je t’aime où je me chargeais du mixage, j’ai rencontré Tristan Carné, qui a eu l’idée de découper Paris en 20 morceaux par les 20 plus grands réalisateurs du monde. Il inspirait à tous le respect. Mais ce n’est pas toujours le cas et c’est dommage. Qui connaissait le coscénariste et adaptateur Andrew Birkin  (frère de Jane Birkin) sur Jeanne d’Arc ? Sur ce film, j’ai participé à une réunion avec les représentants des grands studios américains. À propos du scénario, quelqu’un a dit, en parlant de l’héroïne : est-il nécessaire qu’elle brûle à la fin ? Sans commentaire. En ce moment, la grande mode est au biopic des gens célèbres. Depuis quand n’a t-on pas vue passer une idée originale ? Le cinéma perd en qualité à cause de la télévision, de TF1 en particulier. On nivelle par le bas. Et pourtant, j’ai eu en main des scénarios magnifiques, mais qui n’ont jamais vu le jour pour plusieurs raisons : « cela ne répond pas à la demande », « trop en avance », ou… « scénariste inconnu ». »

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