Gunman de Pierre Morel: critique

Publié par Jérôme Nicod le 28 juin 2015

Synopsis : Ex-agent des forces spéciales, Jim Terrier est devenu tueur à gages. Jusqu’au jour où il décide de tourner la page et de se racheter une conscience en travaillant pour une association humanitaire en Afrique. Mais lorsque son ancien employeur tente de le faire tuer, Jim n’a pas d’autre choix que de reprendre les armes. Embarqué dans une course contre la montre qui le mène aux quatre coins de l’Europe, il sait qu’il n’a qu’un moyen de s’en sortir indemne : anéantir l’une des organisations les plus puissantes au monde…

 

♥♥♥♥♥

 

Gunman - affiche

Gunman – affiche

Gunman est la seconde adaptation cinématographique du roman La Position du Tireur Couché de Jean-Patrick Manchette, après Le Choc de Robin Davis avec Alain Delon (1982). Les deux longs métrages ont des points communs, en dépit des trente ans qui les séparent. Mais pour de fausses bonnes raisons. C’est à se demander si Delon n’a pas seulement accepté le tournage pour être auprès de Catherine Deneuve (qui n’a pas de rôle dans le roman) et si Penn en a fait de même pour soutenir les ONG et son action en Haïti (pas de cause humanitaire chez Manchette). Malgré son casting cinq étoiles, Gunman ne se révèle pas tant un grand film malade, comme les appelait Truffaut, qu’un navet en bonne et due forme. Sean Penn et Javier Bardem sont d’immenses acteurs mais ils s’avèrent ici étrangement inefficaces. La faute émane de l’absence d’un scénario convenablement écrit et de son réalisateur Pierre Morel, partisan du cinéma d’action après Banlieue 13, Taken et From Paris With Love, qui recycle les mêmes ficelles. Gunman représente d’ailleurs son œuvre la plus coûteuse, produite à hauteur de 40 millions de dollars, en collaboration avec Joel Silver, derrière des références comme L’Arme Fatale et Die Hard, et les errances de quelques autres producteurs associés. Mais ce thriller démarre de façon laborieuse, avec des personnages qui se débattent sans enjeux ni intérêt pour le spectateur. On n’éprouve donc aucune empathie dès le départ. L’ensemble nous laisse ensuite en contemplation curieuse devant l’incapacité du scénario à motiver les réactions de ses personnages. Et pourtant, les acteurs s’y imprègnent et le décryptent : lorsque Jim Terrier (Sean Penn) retrouve Félix (Javier Bardem) après huit années, ce dernier s’emporte et lui explique qu’il est revenu pour lui voler Anna (Jasmine Trinca), une femme remarquable qui ne le suivra pas.

 

Sean Penn, Javier Bardem et Jasmine Trinca dans Gunman de Pierre Morel

Sean Penn, Javier Bardem et Jasmine Trinca dans Gunman de Pierre Morel

 

Pierre Morel, visiblement dépassé, donne l’impression d’installer ses caméras un peu partout et de combiner toutes ces images capturées au montage. On y trouve ainsi des taureaux qui courent au ralenti, des vues d’hélicoptères sans justification et des jolis plans à travers des sculptures qui vont au détriment de la lisibilité séquentielle. Les faux raccords sont également légions. Après avoir traversé des chemins poussiéreux, la BMW d’Anna semble sortir d’un lavage en règle. Ailleurs, cette dernière, qui se vêt rapidement au sortir de la douche sans soutien-gorge, en porte un le plan suivant. Ou encore Félix, qui se jette au sol après une fusillade, se retrouve l’instant d’après assis avec une coupe de champagne pleine à la main.

 

L’un des inconvénients majeurs de Gunman est aussi dans les messages qu’il véhicule, comme Barcelone où se situe entre autres l’action. La ville doit être vraiment dans le besoin d’argent pour accepter de cofinancer une œuvre qui fait l’apologie de la tauromachie alors qu’elle a proscrit cette activité depuis des années. Pour sauver l’honneur de cette hypocrisie, un carton jaune nous le rappelle en fin de générique. Carton rouge ! Au niveau musical, même constat. Non pas que la musique de Marco Beltrami soit insignifiante, bien au contraire, mais elle ne fonctionne pas avec l’intrigue ni les images. Les scores au piano, en mode transe, ne servent précisément pas les scènes d’amour, qui deviennent irréelles et dénuées de sentiments. Philippe Sarde avait suscité l’effet contraire pour Le Choc, dont la splendide musique a quasiment sauvé l’ensemble.

 

Sean Penn dans Gunman de Pierre Morel

Sean Penn dans Gunman de Pierre Morel

 

Il ne reste donc rien ici du superbe polar de Manchette. Le distributeur a eu la décence de ne pas faire trop état du lien avec le roman d’origine, à l’inverse de la maison d’édition, qui a rajouté un bandeau “Gunman au cinéma”, pour le plus grand désespoir de ceux qui espèrent retrouver (un peu) l’émotion littéraire à l’écran. Car le récit, coécrit par Pete Travis, Don MacPherson et Sean Penn, flingue maladroitement à tout-va et n’aide en rien les protagonistes à établir une certaine crédibilité. Le plus grand malaise revient à celui campé par la star de 55 ans, oscarisée pour Mystic River et Harvey Milk, qui se lançait pourtant dans le premier film d’action de sa carrière. Jim Terrier, tueur à gages au sang-froid, accepte de ne plus revoir la femme qu’il aime pour une poignée de dollars et devient bénévole en creusant des puits au fin fond du Congo. Si le pitch avait déjà dû mal à nous faire croire à l’existence de cette dualité, la prestation de Sean Penn a malheureusement suffi de l’asséner. Gunman se révèle ainsi un assemblage d’incohérences. Chez Manchette, les personnages ont toujours des comportements justifiés, un destin, une fatalité. Lorsque Terrier retrouve Anne, après dix années d’absence, il honore une promesse, celle d’avoir accumulée une fortune pour partir avec elle. Dans l’adaptation, il l’a abandonnée et ne la retrouve que par la force des événements. Si l’on apprécie la durée de lecture du polar de l’auteur ou de ses indispensables chroniques cinéma, les deux heures de Gunman à l’écran s’avèrent une inutile perte de temps.

 

 

 

  • GUNMAN de Pierre Morel en salles depuis le 24 juin 2015.
  • Avec : Sean Penn, Jasmine Trinca, Javier Bardem, Ray Winstone, Idris Elba, Mark Rylance, Peter Franzen, Billy Billingham…
  • Scénario : Pete Travis, Don MacPherson, Sean Penn d’après son roman La Position du Tireur Couché de Jean-Patrick Manchette
  • Production: Andrew Rona, Joel Silver, Sean Penn
  • Photographie : Flavio Martinez Labiano
  • Montage: Frédéric Thoaraval
  • Décors: Andrew Laws
  • Costumes: Jill Taylor
  • Musique : Marco Beltrami
  • Distribution: StudioCanal
  • Durée: 1h57

.

A la Une

Eva Marie Saint, doyenne oscarisée des égéries hitchcockiennes, s’en est allée à l’âge de 102 ans

Légende de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, l’incarnation de la “blonde glaciale” s’est éteinte hier au terme de sept décennies… Lire la suite >>

Expo / Marie-Antoinette de Sofia Coppola à Versailles : dans les coulisses d’un film devenu culte

À l’occasion des vingt ans de Marie-Antoinette, le château de Versailles ouvre les portes des coulisses du film de Sofia… Lire la suite >>

Oscars 2027 :  Minotaure d’Andreï Zviaguintsev choisi pour la représenter la France

Réalisé par le Russe Andreï Zviaguintsev et financé par des producteurs français, ce long-métrage engagé ancré dans la Russie contemporaine… Lire la suite >>

Catherine Ringer, voix déjantée des Rita Mitsouko, nous quitte à l’âge de 68 ans

“C’est la mort qui l’a assassinée.” Près de vingt ans après la disparition du guitariste Fred Chichin, son compagnon à… Lire la suite >>

I Play Rocky : une affiche triomphante pour la chronique biographique de la genèse contrariée du film de boxe culte par Peter Farrelly

Ovationnée lors de sa projection en avant-première au Festival International du Film de Toronto (TIFF), la success story entreprend son… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 HEART OF THE BEAST 502 865 1 502 865
2 RESIDENT EVIL 248 732 2 621 548
3 AVENGERS : ENDGAME EXTENDED 220 616 1 220 616
4 GARANCE 214 952 1 214 952
5 JUSTIN LE JUSTE 98 915 1 98 915
6 TOMBE DU CIEL 91 088 7 2 177 990
7 PRIMETIME 78 214 1 78 214
8 SPIDER-MAN : BRAND NEW DAY 76 403 9 8 388 607
9 L'ODYSSEE 76 278 11 8 012 314
10 LA VIE D'UNE FEMME 69 054 3 330 500

Source: CBO Box office

Nos Podcasts