Livre / L’impossible Monsieur Cassavetes : critique

Publié par Jacques Demange le 28 janvier 2019

Résumé : Que reste-t-il de John Cassavetes, gueule de cinéma magnifique, comédien intense et vénéneux, cinéaste des émotions et des fêlures ? Trente ans après la disparition du réalisateur, Sophie Soligny lui consacre un portrait aussi personnel qu’indispensable, loin de la réputation de monstre sacré pour rétrospectives de cinémathèques à laquelle on le cantonne parfois. De son enfance choyée dans le Queens aux collines d’Hollywood, des cours d’art dramatique new-yorkais aux premiers succès de comédien, de la bohème de Greenwich Village, qui inspira Shadows (1959), aux tourments existentiels d’Une femme sous influence (1974), des chassés-croisés de Faces (1968) à la fresque baroque Love Streams (1984), l’œuvre de Cassavetes ouvrit la voie au cinéma indépendant made in USA. Une vie incandescente où l’on croise évidemment Gena Rowlands, la compagne et l’actrice fétiche, mais aussi Peter Falk, Ben Gazzara, Jonas Mekas, Judy Garland, Mia Farrow et Martin Scorsese. L’analyse de Sophie Soligny, nourrie des dessins de Fred Peltier et de nombreuses photographies, nous guide dans le labyrinthe d’une filmographie dont Paul T. Anderson, Pedro Almodóvar ou encore Xavier Dolan ont revendiqué l’influence essentielle.

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Cassavetes - Seguier

L’impossible Monsieur Cassavetes – Séguier

Ce nouvel ouvrage consacré à John Cassavetes a pour premier avantage d’offrir une vue d’ensemble particulièrement complète sur sa carrière de réalisateur et plus généralement d’artiste. Se référant aux nombreuses sources anglo-saxonnes disponibles, Sophie Soligny, journaliste et responsable du blog Another Film, Another Planet, retrace le parcours de Cassavates, de ses débuts d’acteur à l’ensemble de ses réalisations qui de Shadows à Big Trouble sont étudiés chronologiquement, chapitre par chapitre. Cette approche traditionnelle a le mérite d’appuyer la clarté d’une écriture qui oscille sans cesse entre le récit biographique et l’étude monographique. Les nombreux retours sur les contextes de tournage favorisent ainsi une exploration documentaire qui souligne l’originalité méthodologique et stylistique de l’irréductible indépendant que fut Cassavetes. Sur ce point, on regrettera l’absence d’un panorama historique plus complet qui aurait permis d’inscrire l’œuvre du réalisateur à l’intérieur d’un contexte élargi (le cinéma américain des années soixante, par exemple, et l’explosion du cinéma indépendant entre avant-garde artistique et films d’exploitation). Au fil des pages, c’est aussi le portrait de l’homme qui est ainsi privilégié. À l’excentricité assumée et à l’assurance de façade se substitue bien vite la découverte de zones d’ombre écaillant la surface du tableau. La difficulté à financer ses films se couple ainsi d’un désarroi existentiel qui trouve  son réconfort auprès d’une consommation excessive d’alcool qui aura raison de la santé puis de la vie du réalisateur. L’étude se prolonge alors à travers la découverte ses plus proches collaborateurs. Chez Cassavetes, vie professionnelle et vie privée se confondent. Aux membres attestés du cercle familial (son épouse et actrice Gena Rowlands, ses enfants Nick, Alexandra et Zoe qui, chacun à leur manière, profiteront de l’héritage cinématographique légué par leur père) s’ajoutent amis et partenaires d’une vie vouée à la quête d’une sorte d’absolu artistique (les acteurs Peter Falk et Ben Gazzara, ou le protéiforme Al Ruban, véritable homme orchestre qui assura tour à tour les rôles de monteur, chef-opérateur et acteur). Cette recherche généalogique s’affirme encore à travers la présence de nombreuses photographies d’archive qui, aux côtés des jolis dessins de Fred Peltier confèrent à.l’ouvrage la forme d’un petit livre de famille s’accordant parfaitement avec l’approche habituelle du réalisateur dans la conception de ses films. Trente ans après le John Cassavetes de Thierry Jousse (Éditions Cahiers du cinéma), et aux côtés des nombreuses études consacrées à un film en particulier (Shadows par Nicole Brenez en 2005 chez Armand Colin, ou plus récemment Meurtre d’un bookmaker chinois par Gilles Mouellic chez Yellow Now en 2017), cet Impossible Monsieur Cassavetes permet de rendre à l’inégalable talent du.réalisateur une certaine actualité. Un objectif qui tout comme son résultat se révèle en tout point estimable.

 

 

 

  • L’IMPOSSIBLE MONSIEUR CASSAVETES
  • Auteure : Sophie Soligny
  • Éditions : Séguier
  • Date de parution : 17 janvier 2019
  • Format : 218 pages
  • Tarif : 21 €

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