Synopsis : Ceci est l’histoire vraie de Tony Kiritsis, un homme ruiné à cause d’un emprunt. À Indianapolis, le 8 février 1977, il kidnappe le fils du courtier responsable de sa situation. Il réclame cinq millions de dollars et des excuses. La prise d’otage va durer 63 heures, sous les yeux de la télévision locale, puis nationale. L’Amérique se passionne pour cette affaire. Chacun choisit son camp. Tony est-il un criminel, ou simplement une victime qui réclame justice ?
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C’est grâce à ce film de commande, adapté d’une histoire vraie ahurissante et méconnue, que le prolifique Gus Van Sant sort de sa pré-retraite cinématographique de plus de sept ans, suite à l’abandon du projet par Werner Herzog et Nicolas Cage. Libéré des grimages de Grippe-sou ou de Nosferatu qui ont fait sa renommée dans le cinéma d’épouvante, Bill Skarsgård livre dans La Corde au Cou une partition sur le fil, solide et convaincante. Oscillant constamment entre agitation nerveuse et cordialité déconcertante, il campe un antihéros au bord du précipice, à la fois pathétique dans ses maladresses et attachant dans sa sincérité, que ne renieraient pas les comédies noires des frères Coen. Broyé par le système et épris de justice, ce laissé-pour-compte du rêve américain est mû par une révolte légitime et revendique sa dignité perdue. Difficile pourtant de cautionner la préméditation de son geste désespéré, tout comme la radicalité du dispositif qui réunit son destin de ravisseur à celui de son otage par un fil d’acier reliant la détente d’un fusil à pompe fixé sur chacune de leurs nuques. Révélé par le phénomène de pop culture Stranger Things, Dacre Montgomery lui donne la réplique, incarnant un nepo baby poupon flirtant dangereusement avec le syndrome de Stockholm. Son interprétation tout en retenue offre un contrepoint idéal à la relative flamboyance de son partenaire de jeu. C’est au légendaire Al Pacino que revient d’incarner le père de l’otage, figure cynique d’un ultralibéralisme impitoyable et carnassier.

Dacre Montgomery et Bill Skarsgård dans La Corde au Cou de Gus Van Sant – Crédit photo ARP – Stefania Rosini – SMPSP
Passé la tension de la prise d’otage, qui n’est pas sans rappeler le cultissime Un après-midi de chien de Sidney Lumet, l’épure de la situation de siège, retranché dans le huis clos de l’appartement miteux du héros, se démarque par sa cinégénie soudainement défaillante. Le rythme accidenté n’est alors plus entretenu que par les différents contacts avec l’extérieur, initiés par Tony Kiritsis, érigé en héros cathodique d’un cirque médiatique assoiffé de sang, dès lors que le fait divers défraye la chronique.
Malheureusement, ni l’animateur de radio locale qui s’improvise confesseur malgré lui, ni la reporter arriviste en quête du scoop qui la propulsera en prime time (Myha’la, révélée dans la série Industry), ni même les représentants des forces de l’ordre dépassés par l’escalade des événements, ne parviennent à s’émanciper des archétypes qui leurs sont assignés.
Formellement, l’exécution reste maîtrisée et bénéficie d’une esthétique seventies à la patine saturée et au grain d’époque élégamment rétro. Cet ancrage temporel n’entrave en rien la faculté du propos à résonner en creux avec une Amérique contemporaine plus que jamais fracturée. L’écho avec l’affaire Luigi Mangione, assassin du patron d’un grand groupe d’assurance santé en 2024, est à cet égard troublant, et atteste – s’il en était besoin – de la pertinence du récit.
Justine Autissier
- LA CORDE AU COU (Dead Man’s Wire)
- Sortie salle : 15 avril 2026
- Réalisation : Gus Van Sant
- Avec : Bill Skarsgård, Dacre Montgomery, Al Pacino, Colman Domingo, Myha’la, Cary Elwes, Kelly Lynch, John Robinson, Todd Gable, Mark Helms…
- Scénario : Austin Kolodney
- Production : Cassian Elwes
- Photographie : Arnaud Potier
- Montage : Saar Klein
- Décors : Stefan Dechant
- Costumes : Peggy Schnitzer
- Musique : Danny Elfman
- Distribution : ARP Sélection
- Durée : 1 h 45
