Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot de Gus Van Sant : critique

Publié par Sévan Lesaffre le 4 avril 2018

Synopsis : Après un accident de voiture l’ayant rendu tétraplégique, John Callahan, un caricaturiste de Portland apprend à se reconstruire, et notamment à gérer son alcoolisme. Soutenu par sa compagne et un mentor charismatique, il finit par suivre une cure de désintoxication. John crée des dessins à l’humour noir, satirique et insolent, qui lui vaudront un succès international dès leur publication dans la presse. En dessinant, Callahan découvre une nouvelle manière de voir la vie…

 

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Dont Worry He Wont Get Far on Foot - affiche

Don’t Worry He Won’t Get Far on Foot – affiche

Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot, biopic dramatique adapté de l’autobiographie de John Callahan, dresse un portrait soigné et poignant du caricaturiste originaire de l’Oregon. L’oeil de Gus Van Sant (Elephant, La Forêt des Songes, Promised Land) retourne à un cinéma plus classique et distille le vécu d’un homme détruit peu à peu par l’alcool, se découvrant un don pour le dessin après un accident de voiture responsable de sa paralysie. Dans ce récit humaniste à la dimension pirandellienne, John Callahan doit s’oublier pour se connaître et exister. Les questions de l’amitié, de l’entraide et de la bienveillance sont au coeur de l’oeuvre de Gus Van Sant et Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot ne déroge pas à la règle. À l’instar de Will Hunting, le réalisateur filme ici avec recul la dépendance du protagoniste ainsi que son long chemin vers la rédemption, le pardon et le pouvoir de guérison de l’art. John Callahan apparaît comme une victime déterminée à surmonter son handicap, à retrouver l’appétit de vivre. La séquence introductive annonce les enjeux de Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot, film bavard, entremêlé de saynètes animées, dans lequel l’ennui est tragique. Le discours mainstream prévisible ne parvient pas réellement à palier l’originalité esthétique quasi absente. Flashbacks et caricatures mettent simplement en scène l’intériorité du personnage à la sensibilité exacerbée et à la vie chaotique, toujours impuissant et infériorisé face aux autres. Le tracé du feutre semble néanmoins symboliser le trajet parcouru —interminable chemin de croix— par cet anti-héros touchant, mis à nu par la valeur thérapeutique du croquis (« Les idées et les images circulent en moi et vont sur le papier »).

 

Dont Worry, He Wont Get Far on Foot

Dont Worry, He Won’t Get Far on Foot

 

Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot est un long métrage vansantien : le cinéaste reprend les motifs qui lui sont chers. Ainsi, la ville de Portland et ses habitants sont des éléments narratifs qui conduisent, tout comme John manoeuvre son fauteuil, la touche tendre et lyrique de l’ensemble. Gus Van Sant affirme de nouveau son attrait pour les marginaux, les amours contrariées et les histoires édifiantes. La mort omniprésente rappelle le caractère autodestructeur de Callahan (qui évoque celui du personnage central de Last Days, inspiré du chanteur suicidé Kurt Cobain).

 

Film touchant mais dépressif, Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot est porté par la justesse de l’interprétation de Joaquin Phoenix (A Beautiful Day, Marie Madeleine, ), qui réalise une performance remarquable, sans doute son meilleur rôle depuis Inherent Vice. Son jeu traduit la force de la fragilité, contradiction qui colle avec le concept d’ascenseur émotionnel —et de résilience— que forme le film. Jack Black (Jumanji : Bienvenue dans la jungle, Rock Academy) incarne Dexter, l’ami de John, responsable de sa tétraplégie, Jonah Hill (Ave César !, 22 Jump Street, Le Loup de Wall Street) est irritant dans celui de Donnie, un gourou christique efféminé, tandis que Rooney Mara (Marie Madeleine, Millenium, A Ghost Story), sous les traits d’Annu, la petite amie de John, illumine de son sourire radieux ce constat pessimiste. Le spectateur reconnaît également au passage Beth Ditto, la chanteuse du groupe de rock Gossip, dans le rôle de Reba (sa première apparition au cinéma) et Kim Gordon dans celui de Corky (déjà présente dans Last Days).

 

L’ambiance musicale jazz et soul illustre à merveille le contexte des années érotiques américaines. La sublime partition du maître Danny Elfman accentue le caractère tendre du film de Van Sant et les costumes clinquants de Danny Glicker mettent l’accent sur la nostalgie de l’époque. Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot souffre cependant d’une sorte de flottement et de décalage entre ce qu’il donne à voir et les émotions du spectateur. Il retient toutefois l’aura indéniable de Joaquin Phoenix.

 

Sévan Lesaffre

 

 

 

  • DON’T WORRY, HE WON’T GET FAR ON FOOT
  • Sortie salles : 4 avril 2018
  • Réalisation : Gus Van Sant
  • Avec : Joaquin Phoenix, Jonah Hill, Rooney Mara, Jack Black, Carrie Brownstein, Beth Ditto, Kim Gordon, Christopher Thornton…
  • Scénario : Gus Van Sant, d’après l’oeuvre de John Callahan
  • Production : Charles-Marie Anthonioz, Mourad Belkeddar, Nicolas Lhermitte, Steve Golin
  • Photographie : Christopher Blauvelt
  • Montage : David Marks, Gus Van Sant
  • Décors : Jahmin Assa
  • Costumes : Danny Glicker
  • Musique : Danny Elfman
  • Distribution : Metropolitan FilmExport
  • Durée : 1h53

 

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