La sanction est très lourde : L’Iran condamne le réalisateur à une peine de 6 ans d’emprisonnement et une interdiction d’exercer son métier ou de quitter son pays pendant 20 ans, le Septième Art iranien vient d’être bâillonné pour de nombreuses années et la liberté bafouée. Une pétition de soutien est en circulation, signez !

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Jafar Panahi

Le monde est indigné depuis que cinéaste iranien Jafar Panahi, 50 ans, a été condamné le 18 décembre 2010 par le Tribunal de la République Islamique à Téhéran, à 6 ans de prison ferme, 20 ans d’interdiction d’écrire et de réaliser des films, de donner des interviews aux médias, de quitter le territoire et d’entrer en relation avec des organisations culturelles étrangères. Selon Bernard-Henri Lévy, Téhéran invente « le délit de synopsis ». Le ministre de la culture Frédéric Mitterrand s’élève « vigoureusement contre cette atteinte inacceptable à la liberté de pensée et de création artistique », les politiques réclament la libération immédiate, le cinéma français et les intellectuels se mobilisent contre cette condamnation inique.

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Un communiqué rédigé par le Festival de Cannes, la SACD (société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques), la Cinémathèque Française, l’ARP (Auteurs, Réalisateurs, Producteurs), la Cinémathèque Suisse, le Festival international du Film de Locarno, le Forum des Images, Positif, les Cahiers du Cinéma, et Citéphilo à Lille souligne que « tout le cinéma iranien est manifestement visé. Cette condamnation nous révolte et nous scandalise ». La Société des Réalisateurs de Films (SRF) dénonce « les pratiques arbitraires du gouvernement iranien et demande la libération immédiate » des deux réalisateurs, Jafar Panahi et son jeune collaborateur Mohammad Rasoulof.

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Les signataires français et suisses d’une pétition de soutien au cinéaste appellent « tous les professionnels du cinéma ainsi que tous les hommes et femmes épris de liberté » à les rejoindre « pour exiger la levée de cette condamnation. SIGNEZ LA PÉTITION ACCESSIBLE ICI !

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Jafar Panahi y traite de la condition des femmes en Iran

Que lui reproche-t-on ? Explications.

« rassemblement et collusion contre la sécurité nationale et propagande contre la République islamique » selon la déclaration faite à l’agence de presse iranienne ISNA par son avocate Farideh Gheyrat. Un jeune réalisateur, Mohammad Rasoulof, qui collaborait avec M. Panahi avant son arrestation, a subi la même condamnation pour les mêmes chefs d’inculpation, selon son avocat Iman Mirzadeh. Les deux avocats comptent interjeter appel.

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« Rassemblement et collusion contre la sécurité nationale » = 6 ans de prison.

Jafar Panahi avait soutenu Mirhossein Moussavi, le candidat de l’opposition et l’un des candidats officiels de la République islamique, lors de l’élection présidentielle de 2009. Il avait ensuite participé aux manifestations qui avaient suivi la réélection contestée du Président Ahmadinejad. Il avait été arrêté début mars 2010, en même temps que sa femme, sa fille et Mohammad Rasoulof qui ont été ensuite libérés, pendant que lui-même était écroué à la prison d’Evin à Téhéran. Il a débuté une grève de la faim au mois de mai, pendant le festival de Cannes et une quarantaine d’acteurs et cinéastes, dont Marjane Satrapi, Jim Jarmush, Robert Redford, Isabelle Huppert, Bertrand Tavernier, Juliette Binoche, Steven Spielberg, Martin Scorsese, Michael Moore, les frères Coen, et Robert de Niro avaient alors signé une pétition largement relayée par le site de BHL, La Règle du Jeu.

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Cette mobilisation avait permis sa libération sous caution (150 000 €) fin mai, après 88 jours exactement d’incarcération, mais l’avait empêché d’être présent en tant que membre du jury au Festival de Cannes 2010. Lors de la cérémonie d’ouverture, Kristin Scott Thomas avait présenté devant les caméras du monde entier, le fauteuil vide qui lui avait été réservé. Amnesty International, de grands noms du cinéma hollywoodien, de nombreux réalisateurs iraniens Abbas Kiarostami (son mentor), Moshen Makhmalbaf ou encore Bahman Ghobadi, les ministres Bernard Kouchner, Frédéric Mitterrand, les responsables du festival avait également focalisé l’attention sur le Régime islamique. Le cinéaste avait été libéré, mais ce n’était qu’un répit et il était étroitement surveillé.

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« Propagande contre la République islamique » = 20 ans de condamnation au silence

« On m’interdit de faire des films depuis cinq ans. Quand un réalisateur n’est pas autorisé à faire des films, il est emprisonné mentalement. Il n’est peut-être pas confiné dans une petite cellule, mais il erre cependant dans une prison plus grande » avait écrit le cinéaste dans un message qui a été lu avant la projection de son court-métrage L’accordéon à la Mostra de Venise en septembre 2010, où il n’avait pu se rendre, privé de son passeport.

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Les films de Jafar Panahi parlent et témoignent de la société iranienne mais ne sont pas des critiques directes du pouvoir ou de la religion. Cinéaste populaire, figure de la nouvelle « vague iranienne » c’est un artiste reconnu et soutenu dans le monde, qui a remporté de nombreuses récompenses.

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  1. En 1995, Caméra d’Or au Festival de Cannes pour son premier long métrage, Le Ballon blanc, sur un scénario de Abbas Kiarostami qui raconte l’odyssée de la jeune Razieh à Téhéran.
  2. En 1997, Léopard d’Or au Festival international du Film de Locarno pour Le Miroir, la jeune Mina est perdue, sa mère n’est pas à la sortie de l’école et elle ne connaît pas le chemin.
  3. En 2000, Lion d’Or du Meilleur Film à Venise pour Le Cercle, qui parle de la condition des femmes en Iran.
  4. En 2003, Prix du jury – Un certain regard au Festival de Cannes pour Sang et Or qui évoque l’écart qui existe entre les classes sociales.
  5. En 2006, Ours d’Argent pour Hors Jeu (voir le trailer ci-dessous) qui évoque le combat d’iraniennes, interdites de pénétrer dans un stade de football.

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Tout comme le festival de Cannes ou la Mostra de Venise 2010, Jafar Panahi ne pourra pas se rendre à Berlin où il a été invité pour faire partie du jury de la 61e Berlinale du 10 au 20 février 2011. « Le raid effectué chez moi, mon emprisonnement et celui de mes collaborateurs symbolisent le rapt du pouvoir effectué contre l’ensemble desartistes du pays » a-t-il plaidé lors de son procès le 7 novembre. « Nous juger serait juger l’ensemble du cinéma engagé, social et humanitaire iranien ». « Nous avons été frappés par la censure, mais c’est une première que de condamner et d’emprisonner un cinéaste pour l’empêcher de faire son film » ajoutait-il encore lors de son plaidoyer à lire ici.

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Par GGJ et Nathalie Dassa

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