Hunger Games : critique

Publié par Nathalie Dassa le 19 mars 2012

Chaque année le Capitole oblige chacun de ses douze districts à envoyer un garçon et une fille concourir aux Hunger Games. A la fois sanction contre la population pour s’être rebellée et stratégie d’intimidation de la part du gouvernement, les Hunger Games sont un événement télévisé national au cours duquel les tributs doivent s’affronter jusqu’à la mort. L’unique survivant est déclaré vainqueur. La jeune Katniss, 16 ans, se porte volontaire pour prendre la place de sa jeune sœur dans la compétition. Elle se retrouve face à des adversaires surentraînés qui se sont préparés toute leur vie. Elle a pour seuls atouts son instinct et un mentor, Haymitch Abernathy, qui gagna les Hunger Games il y a des années mais n’est plus désormais qu’une épave alcoolique. Pour espérer pouvoir revenir un jour chez elle, Katniss va devoir, une fois dans l’arène, faire des choix impossibles entre la survie et son humanité, entre la vie et l’amour…

 

♥♥♥♥♥

 

Après les adaptations phénomènes des romans Harry Potter et Twilight sous les plumes féminines respectives de J.K. Rowling et Stephenie Meyer, Hollywood enclenche la troisième et démarre une nouvelle saga populaire de l’édition jeunesse avec The Hunger Games de l’écrivaine Suzanne Collins. Le réalisateur Gary Ross – à qui l’on doit Pleasantville – transpose ici de manière plutôt convaincante et efficace le premier volet de la trilogie littéraire, paru aux États-Unis en 2008, qui suit le destin d’une héroïne de 16 ans, Katniss Everdeen, incarnée par la superbe Jennifer Lawrence. Le récit coécrit par Gary Ross, Billy Ray et Suzanne Collins également à la production, se déroule dans une Amérique du Nord dystopique régie sous l’autorité d’un gouvernement présidé par Snow (impeccable Donald Sutherland) qui, pour maintenir un régime dictatorial et réfréner toute rébellion, fait tirer au sort chaque année 24 garçons et filles de 12 à 18 ans, issus des douze différents districts du pays baptisé Panem. Ces jeunes adolescents doivent alors participer à un jeu de téléréalité sordide qui consiste à survivre dans des combats à mort pour laisser place à un seul vainqueur. Parmi eux, Katniss Everdeen du district 12, fille de mineur qui prend soin de sa mère et de sa sœur Primrose (Shields Willow), se porte aussitôt volontaire pour prendre la place de cette dernière lorsque son nom est appelé dans cette 74e édition des Hunger Games. Dans ce pitch alléchant illustré par toute la promo marketing autour, Hunger Games a tous les ingrédients littéraires pour retranscrire sur grand écran un thriller d’anticipation digne de Running Man à la sauce teenagers, mêlant les thématiques politiques et morales qui semblent annihilées et le conflit d’une adolescente face à elle-même et à la violence de la société.

 

Cependant, si la première partie installe excellemment bien les personnages entre l’émotion viscérale dans l’atmosphère concentrationnaire des districts pauvres et l’entraînement physique des tributs avec leur relooking pour séduire les sponsors au Capitole moderne et flamboyant, la dernière partie manque malheureusement d’emphase et de vitalité. Le traitement de la survie dans l’arène de cette forêt sauvage reste étrangement codifiée dans un classicisme sans réelle imagination ni originalité, survolant la fonction desdits sponsors et où Katniss, se révélant certes débrouillarde et autonome, se voit par deux fois sauvée de ses adversaires belliqueux par un autre concurrent. L’adaptation épique de Gary Ross perd alors son rythme dans le déroulement de l’action, qui montre pourtant la mise à mort en direct d’une vingtaine d’adolescents pour satisfaire l’ivresse publique, et son attraction dans une semi-romance naissante façon amants maudits entre Katniss et Peeta, incarné par Josh Hutcherson qui manque un peu de prestance. L’autre reproche émane également dans la caractérisation même de Katniss. Si ce personnage féminin est magnifiquement interprété par une Jennifer Lawrence puissante et courageuse, renvoyant à sa prestation dans Winter’s Bone, il reste néanmoins trop lisse avec ses qualités intrinsèques attendues sans être jusqu’au-boutiste ni avoir de part d’ombre. Cela fait automatiquement d’elle l’héroïne candidate favorite de cette compétition, face à des adversaires entraînés pour certains depuis toujours à devenir des machines à tuer. De ce point de vue, Hunger Games en devient presque trop manichéen.

 

Mais hormis ces anicroches, ce premier volet est une première mise en bouche appréciable et parvient à trouver son identité en corrélation avec les traits du personnage, plongé dans un contraste de décors entre les quartiers grisâtres et primitifs des districts et le Capitole sophistiqué, saturé de couleurs et envahi par les nouvelles technologies. Son caractère s’affirme également dans la conception des costumes so fashionable, des coiffures et du maquillage évoquant une certaine décadence de la monarchie sous Louis XVI qui subliment l’extravagance des personnages tels Stanley Tucci – excellent avec son sourire ultra-brite -, Toby Jones, Elizabeth Banks ou encore Lenny Kravitz, particulièrement étonnant dans le rôle de Cinna, doux et prévenant, à la hauteur de l’image qu’il véhicule. Au final, si l’on attendait plus d’élan cinématographique, d’originalité et de scènes de combats plus intenses, Gary Ross parvient toutefois à combiner avec subtilité une narration qui mêle l’intelligence, le spectaculaire et l’intime dans une conception visuelle riche sans être factice, au rythme d’une bande originale prenante et atmosphérique de James Newton Howard en collaboration avec T Bone Burnett, en charge des morceaux de l’album d’accompagnement.

 

 

 

THE HUNGER GAMES de Gary Ross en salles le 21 mars avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson, Liam Hemsworth, Woody Harrelson, Elizabeth Banks, Lenny Kravitz, Stanley Stucci et Donald Sutherland. Scénario : Gary Ross, Suzanne Collins, Billy Ray d’après le roman de Suzanne Collins. Production : Nina Jacobson, Jon Kilik. Directeur de la photo : Tom Stern. Décors : Philip Messina. Montage : Stephen Mirrione, Juliette Welfing. Compositeur : James Newton Howard avec T. Bone Burnett. Costumes : Judianna Makovsky. Distribution : Metropolitan FilmExport. Durée : 2h22.

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