Après un été qui aura duré des années, le royaume des sept couronnes est sur le point de connaître son plus terrible hiver : par-delà le mur qui garde sa frontière nord, une armée se lève, celle des Marcheurs Blancs qui menacent de tout détruire sur leur passage. Mais il en faut plus pour dissuader les rois, les reines, les chevaliers et les renégats qui se disputent le trône de fer. Et au jeu des trônes, tous les coups sont permis et seuls les plus forts ou les plus fourbes peuvent espérer survivre…

 

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Depuis le début des années 2000, le petit écran nous a offert des séries qu’on pouvait avoir du mal à imaginer sur ce support. Certaines se sont imposées comme de véritables perles aussi importantes que les œuvres les plus marquantes du cinéma. Innovantes, dotées de scénarios particulièrement bien pensés, réalisées avec brio et remarquablement bien interprétées, ces séries ont su faire souffler un vent nouveau sur la production télévisuelle. Qu’il s’agisse de Farscape, de Battlestar Galactica, de Carnivale et de bien d’autres encore, elles atteignent un niveau de qualité que l’on croyait exclusivement réservé au grand écran. Parmi toutes les sociétés de production qu’il faut saluer pour leur travail, HBO s’avère peut-être plus méritante que les autres étant donné les risques qu’elle prend. Elle ose la série la plus chère de l’histoire de la télévision avec Rome (125 millions de dollars pour la seconde saison tout de même), elle ose l’histoire très étrange et captivante de Carnivale (également interrompue en raison de son budget trop important), elle ose une série aussi déjantée que True Blood… elle ose surtout produire des programmes résolument adultes. Six feet under, Sex and the City, Les Sopranos, Boardwalk Empire, Deadwood… toutes ces séries sont devenues des références. Véritable monument de la littérature anglo-saxonne, Game of Thrones (A song of fire and Ice) est une œuvre grandiose dont les premiers tomes ont déjà donné naissance à un jeu de plateau, un jeu de cartes, un jeu de rôle et un jeu vidéo. Il ne manquait plus qu’une adaptation au cinéma ou à la télévision mais la tâche semble difficile à accomplir tant le récit de Martin compte de personnages et de moments épiques.

 

Alors, quand HBO annonce son intention de s’attaquer à cette saga, on est inquiet mais aussi relativement confiant quand on connait le soin que cette société apporte à ses productions. Le choix de l’adaptation télévisée semble d’emblée le meilleur. Il ne fait aucun doute que pour retranscrire le plus fidèlement possible de telles œuvres, le cinéma n’est pas très adapté. Si l’on compare la version cinéma de Dune à sa mini-série, on ne peut qu’admettre que malgré des effets spéciaux minimalistes, c’est bien la version du petit écran qui a su au mieux retranscrire l’esprit de cet autre chef-d’œuvre de la littérature. Alors disons-le tout net, Game of Thrones est certainement une des plus grandes réussites de HBO et de la télévision en général. Et, ce, à tous points de vue. Si on doit reconnaître qu’il existe de véritables chefs-d’œuvre du petit écran, cette série en fait indéniablement partie. Elle se hisse à la hauteur des plus grands moments de cinéma malgré un budget étriqué (par rapport à l’ampleur de la saga, puisque chaque saison a tout de même coûté environ 60 millions de dollars) qui ne permet pas de rendre toute la puissance du récit et notamment des batailles. Alors, bien entendu, il est regrettable que la flotte de Stannis Baratheon se limite à des silhouettes de navires aperçues dans le noir et que la bataille de Port-Réal se cantonne à quelques feux d’artifices et à une poignée de figurants qui s’affrontent au pied d‘un rempart. C’est dommage mais là n’est pas l’essentiel, car Game of Thrones, c’est avant tout une histoire passionnante. Une fois commencée, difficile de ne pas aller jusqu’au bout.

 

Tyrion Lannister (extraordinaire Peter Dinklage)

C’est une véritable saga qui évoque des œuvres magistrales comme Dune, Les Rois Maudits, Guerre et Paix, Le Seigneur des Anneaux et même Les Misérables tant on a l’impression de vivre l’aventure et tant le moindre personnage s’avère absolument captivant. George R.R. Martin a su donner une véritable crédibilité à tous ses héros et à tous ceux qui les entourent. D’ailleurs, des héros il n’y en a pas à proprement parler, il n’y a que des gens avec leur part de courage, de noblesse, de médiocrité ou de malfaisance. Tous commettent des erreurs, de bonnes et de mauvaises choses ; tous ont des doutes et sont avant tout profondément humains. Bien entendu certains sont plus gratinés que d’autres et ont clairement de sérieux problèmes comportementaux à l’image de la « Montagne » Clegane ou de Joffrey Baratheon (Jack Gleeson). Mais on ne pourra que se passionner pour des héros tourmentés comme Ed Stark (Sean Bean), Jaime Lannister (Nikolaj Coster-Waldau), Daenerys Targaryen (Emilia Clark), Sandor Clegane (Rory McCann), Cersei Lannister (Lena Headey), Tyrion Lannister (extraordinaire Peter Dinklage) et bien d’autres encore. Et ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que, malgré la profusion de personnages, on ne s’y perd que rarement et on arrive même à s’en rappeler certains qui ne sont mentionnés qu’épisodiquement.

Si la série Game of Thrones est aussi mémorable, on le doit en partie à une adaptation du livre absolument magistrale. Les scénaristes (dont l’auteur lui-même) ont su extraire l’essentiel du roman qui, porté à l’écran, ne se trouve en rien dénaturé (à part la disparition de quelques personnages secondaires). Mieux, mais c’est un avis personnel, quelques protagonistes s’avèrent plus intéressants dans la série que dans le livre (grâce à leurs interprètes). Quant au travail de casting, il est tout bonnement impeccable et on a vraiment l’impression de voir évoluer les héros du livre. Le niveau d’interprétation est magistral à l’image d’un Sean Bean qui incarne à la perfection Eddard Stark, d’un Peter Dinklage qui semble être né pour interpréter Tyrion Lannister, d’un Jason Momoa beaucoup plus crédible en Khal Drogo qu’en Conan, d’une Emilia Clark émouvante en Daenery Targaryen ou encore d’une Lena Headey irréprochable dans son interprétation de Cersei. Pas un acteur, pas une actrice ne vient ternir le tableau. Impossible de citer tous les noms et c’est bien dommage car chaque interprète et son personnage mériteraient une chronique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cersei Lannister (Lena Headey)

 

Cependant, il nous faut nous attarder sur une des caractéristiques de Game of Thrones : la place laissée aux femmes dans ce monde brutal où les hommes règnent presque sans partage. L’auteur George R.R. Martin aurait pu développer un univers classique d’hommes tous plus virils les uns que les autres, en reléguant les femmes au second plan. Bien au contraire, dès la première saison, on s’intéresse de près à cinq personnages féminins dont le destin et les motivations sont au cœur du récit. Il y a d’abord Cersei Lannister épouse tourmentée du Roi Robert Baratheon. Femme méprisée par son mari qui en aime une autre morte depuis longtemps, elle œuvre dans l’ombre pour s’emparer du pouvoir en ne trouvant le réconfort que dans les bras de son frère jumeau, Jaime le Régicide. Magnifiquement interprétée par Lena Headey, elle incarne celle dont tous les rêves de princesse se sont fracassés contre le mur de la réalité. Sa souffrance et ses regrets se sont mués en haine et en amertume. L’amour qui lui reste, elle le donne à ses enfants qui sont la seule chose à laquelle elle soit encore attachée. Catelyn Tully (Michelle Fairley) est aussi une femme dont le mariage a été arrangé avec un autre seigneur, Eddard Stark. Mais pour elle, les choses se sont mieux passées et au fil des années un véritable amour est né entre les deux. Femme forte qui n’hésite pas agir quitte à provoquer une guerre, seule sa famille compte pour elle malgré la blessure d’un enfant bâtard auquel elle refusera toujours son amour.

 

 

Daenerys Targaryen (Emilia Clarke)

 

Un des personnages les plus forts de la série est sans aucun doute Daenerys Targaryen (Emilia Clarke), fille du roi fou Aerys, dont presque toute la famille a été massacrée. Vendue par son frère à Khal Drogo, le chef de redoutables guerriers nomades, les Dothrakis, on la voit passer d’une femme soumise et craintive à la redoutable fille du dragon dont le seul désir est de reconquérir son royaume perdu. Tout d’abord innocente, elle prend son destin en main jusqu’à s’imposer dans le cœur de son barbare de mari qui, très rapidement, ne va plus la considérer comme à peine moins qu’un cheval. Quant au pouvoir, elle va très rapidement en comprendre les différents leviers et être prête à prendre les mesures qui conviennent pour s’imposer (notamment dans la seconde saison). Enfin, les deux filles Stark, Sansa et Arya, nous présentent deux personnages diamétralement opposés. Sansa, d’une part, est la parfaite petite princesse qui vit dans un conte de fée et qui rêve d’épouser le jeune Joffrey, fils du roi. Arya, par contre, refuse le destin qui lui est promis d’être mariée à un quelconque seigneur. Elle ne comprend pas pourquoi seuls les hommes pourraient se battre et choisir leur avenir. Toutes deux vont apprendre à leurs dépens la dure réalité.

 

Dans la seconde saison, plusieurs autres femmes font leur apparition, dont Mélisandre, la prêtresse de R’hllor au service de Stannis Baratheon qu’elle manipule comme une marionnette. Mais la plus remarquable est sans nul doute Brienne (Gwendolyne Christie), une guerrière redoutable dont les hommes se moquent car son seul souhait est que l’on oublie qu’elle est une femme pour ne la considérer que comme un chevalier.

 

Arya Stark (Maisie Williams)

La série Game of Thrones est réalisée de main de maître avec un montage qui ne souffre aucun temps mort et qui laisse le spectateur avide d’en voir plus après chaque épisode. La palme revient aux cliffhangers de fin de saison. Pour la première, on se disait déjà qu’il allait être difficile d’attendre la suite mais pour la seconde, on n’a envie que d’une chose, c’est d’hiberner un an pour savoir ce qui va se passer… une solution s’impose : lire les romans. Par ailleurs, il n’y a pas grande différence entre les deux premières saisons puisque la seconde s’inscrit totalement dans la continuité de la première. Bien entendu, l’histoire prend de plus en plus d’ampleur, les forces en présence se réunissent et de nouveaux protagonistes font leur apparition. Alors que dans la saison 1, la série nous conduit vers le conflit inévitable entre les Stark et les Lannister, avec en arrière fond la menace de ce qui se trouve au-delà du mur, dans la saison 2, les Sept royaumes s’embrasent et la guerre devient globale. Les Marcheurs blancs ne sont plus une vague menace mais une puissance qui se lève au nord et que les rois ne pourront plus ignorer très longtemps.

 

Si l’aspect fantastique était à peine évoqué dans la première saison, dans la seconde il prend une place beaucoup plus importante par l’intermédiaire de Mélisandre, de Daenerys Targaryen et de ses dragons, de Jaqen H’gar le Sans Visage ou des créatures que devra affronter la Garde de nuit (voir le final de la saison). Certains personnages sont plus développés à l’image de Tywin Lannister (Charles Dance, magistral), de Sandor Clegane ou de Theon Greyjoy. L’évolution des personnages est aussi flagrante. Façonnés par les événements, tous gagnent en profondeur à l’image d’un Tyrion Lannister dont toute la force et toute la fragilité se révèlent au fil des épisodes, d’une Cersei rongée par le pouvoir et par sa rancœur, d’une Daenerys que toute pitié abandonne peu à peu, d’un Jaime Lannister de plus en plus fascinant, d’un Jorah Mormont désespérément épris de la fille du dragon ou d’un Jon Snow auquel le destin réserve bien des surprises dans le grand nord.

 

Il reste à espérer que la troisième saison sera du même niveau et qu’une petite rallonge de budget permettra à HBO de mettre en scène certains des éléments majeurs et grandioses du livre 3. Bref, vous l’aurez compris, la série Game of Thrones non seulement ne trahit pas l’œuvre originale mais s’avère en être le parfait complément. Elle parvient à donner envie à ceux qui n’ont pas lu les livres de s’y atteler (c’est assez volumineux tout de même) et à ceux qui les ont déjà lus de s’y replonger. Au-delà de ça, c’est une des meilleures séries qui ait jamais été produite et qui saura séduire un très large public tant l’histoire qui nous est contée est passionnante et peut se lire à de multiples niveaux. Incontournable, mémorable, voici deux termes qui résument le récit de George R.R. Martin que ce soit sous sa forme littéraire ou télévisuelle.

 

Philippe Tessier

 

 

 

 

Série américaine créée par David Benioff et D.B. Weiss d’après la saga littéraire de George R.R. Martin de 20 épisodes (pour les deux premières saisons) de 52 à 66 minutes et diffusée sur HBO à partir du 17 Avril 2011 avec Sean Bean, Peter Dinklage, Michelle Fairley, Lena Headey, Mark Addy, Emilia Clarke et beaucoup d’autres qui mériteraient tous et toutes d’être cités.

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