Dans un futur proche, Frank vit en vieux solitaire grincheux jusqu’au jour où son fils lui impose un nouveau colocataire : un robot. Chargé de s’occuper de lui, celui-ci va bouleverser la vie du vieil ours, Frank va nouer une vraie relation avec son robot jusqu’à mettre au point un braquage des plus sophistiqués. Robot & Frank, le tandem le plus improbable de l’année !

 

♥♥♥♥

 

Robot & Frank est une des superbes surprises inattendues de 2012. Cette comédie dramatique d’anticipation touchante, drôle et poétique est le premier long-métrage réalisé par Jake Shreier sur un premier scénario de long de Christopher Ford. Passée forcément par Park City (Utah) au Festival de Sundance où elle a été récompensée par le prix Alfred P. Sloan en rapport avec les thèmes de la science ou de la technologie, cette petite pépite du cinéma indépendant présente l’excellent comédien de théâtre et de cinéma Frank Langella au sommet de son art, depuis ses exploits dans Frost/Nixon en 2008, et qu’on aimerait décidément voir plus souvent sur grand écran. Dans ce récit situé dans un futur proche, il incarne un retraité solitaire, espiègle et kleptomane, ex-cambrioleur et ex-taulard, séparé de sa femme, qui souffre d’une mémoire de plus en plus défaillante. Sa relation avec ses enfants, incarnés par James Marsden et Liv Tyler, évolue difficilement à cause de ce passé chaotique. Cependant inquiets de l’imaginer toujours seul, ils passent lui rendre visite de temps de temps pour s’occuper de lui jusqu’à ce que son fils, marié et père de famille, lui impose un robot-humanoïde, sorte d’auxiliaire de service à domicile programmé pour améliorer sa santé mentale et physique. D’abord réfractaire à l’idée d’être chaperonné s’accrochant solidement à son indépendance, Frank finit par établir un véritable lien de complicité et d’amitié avec ce robot à l’allure d’un cosmonaute avec une tête casquée comme les Daft Punk, porté par la voix de Peter Sarsgaard. Son caractère s’apparente au robot Gerty bienveillant et serviable dans l’excellent MOON – notre critique de Duncan Jones avec la voix de Kevin Spacey.

 

Jake Shreier créé une formidable alchimie à l’écran dans ce rapprochement entre l’homme et la machine, soutenue par le scénario de Christopher Ford qui surfe avec intelligence et authenticité sur plusieurs thèmes contemporains fondamentaux, sans jamais ankyloser son récit de lourdeur mélodramatique. Dans ce face à face, Robot & Frank explore ainsi les capacités et les limites de la mémoire humaine face à l’intelligence artificielle, le remplacement des hommes par les machines, la destruction des livres et de toutes formes de ressources d’impression par le tout-numérique et bien sûr la part humaine inexplicable chez un robot. Le duo évoquerait même cette idée que si l’homme perd progressivement son humanité, les robots sont peut-être, eux, en train de découvrir la leur. L’oeuvre s’engage ainsi dans des directions souvent inattendues comme la relation entre Frank et Jennifer, la belle bibliothécaire, jouée par Susan Sarandon, de prime abord pleine de légèreté avant de prendre une dimension émotionnelle bouleversante. Jennifer se trouve confrontée à un nouveau patron (Jeremy Strong) qui a décidé de transformer le bâtiment culturel et silencieux en un lieu conceptuel communautaire de réalité augmentée, détruisant tous les livres au format papier afin de les numériser, hormis les plus rares et anciens les considérant comme des accessoires de mode vintage. Ce riche yuppie condescendant sans réel intérêt éprouve le même sentiment à l’égard de Frank ; un modèle humain usité en voie d’extinction qui erre dans le nouveau monde 2.0. Il n’en faut pas plus à Frank, déjà peu enclin à accepter de quitter son ancienne vie, pour très vite enseigner à Robot l’art de crocheter les serrures et de pénétrer dans des lieux sécurisés pour mettre au point le parfait petit cambriolage. Si Robot & Frank possède l’imagination, la poésie, l’action, l’humour, en résumé les qualités d’un film indépendant qui aurait pu aussi être signé Spike Jonze, le duo propose une oeuvre minimaliste, originale et réjouissante, qui aborde la vieillesse et la crainte d’obsolescence de leur personnage principal, transcendé par les talents extraordinaires de Frank Langella, qui évolue dans une petite ville paisible et verdoyante où l’avenir semble néanmoins agréable se terminant sur l’idée réconfortante qu’il est parfois impossible d’être remplacé par un modèle plus récent…

 

 

 

 

ROBOT & FRANK de Jake Shreier en salles 19 septembre avec Frank Langella, Susan Sarandon, James Marsden, Liv Tyler, Peter Sarsgaard, Jeremy Sisto, Jeremy Strong. Scénario : Christopher Ford. Production : Galt Niederhoffer, Sam Bisbee, Jackie Kelman Bisbee, Lance Acord, Frank Langella. Photographie : Matthew J. Lloydn. Montage : Jacob Craycroft. Musique : Francis and the Lights. Décors : Sharon Lomofsky. Costumes : Erika Munro. Distribution : EuropaCorp. Durée : 1h25.

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