Savages d’Oliver Stone : critique

Publié par Nathalie Dassa le 16 septembre 2012

Laguna Beach, Californie : Ben, botaniste bohème, Chon, ancien Navy Seal, et la belle O partagent tout. Ben et Chon sont à la tête d’un business florissant. Les graines ramenées par Chon de ses missions et le génie de Ben ont donné naissance au meilleur cannabis qui soit. Même s’il est officiellement produit pour des raisons thérapeutiques, ils en dealent partout avec la complicité de Dennis, un agent des stups. Leur affaire marche tellement bien qu’elle attire l’attention du cartel mexicain de Baja, dirigé d’une main de fer par Elena. Face à leur proposition d’ »association », Chon est partisan de résister par la force, mais Ben préfère tout abandonner. Pour les contraindre à coopérer, le cartel kidnappe O. Elena a eu raison d’utiliser les liens très forts du trio, mais elle a aussi sous-estimé leur capacité à réagir… C’est le début d’une guerre entre l’organisation du crime dont le bras armé, Lado, ne fait aucun cadeau et le trio. Qu’il s’agisse de pouvoir, d’innocence, ou de la vie de ceux qu’ils aiment, tout le monde a quelque chose à perdre.

 

♥♥♥♥♥

 

Oliver Stone n’avait rien réalisé de bien convaincant ni de bien florissant depuis une dizaine d’années dans sa filmographie si l’on cite dans ses derniers films en date l’épopée historique Alexandre, le drame réel World Trade Center, le biopic politique W : l’improbable président ou encore le thriller financier Wall Street 2, qui marquait pourtant le retour du grand Gordon Gekko. Aujourd’hui, il revient avec Savages, un thriller coloré entre sexe, drogue, violence, vengeance et rêve américain, renouant de manière sauvage avec un certain cinéma qu’il a délaissé dans les années 90 situé entre Tueurs Nés et U-Turn. Le récit, toujours en lien avec ses thèmes de prédilection (guerre, politique et cartel), ici en arrière plan, est tiré du roman de l’auteur américain de polar Don Winslow, coécrit par Oliver Stone et Shane Salerno (ArmaggedonShaft). Savages est une plongée dans l’existence de deux amis et cultivateurs de marijuana (Aaron Johnson et Taylor Kitsch) à Laguna Beach (Californie) qui partagent une relation amoureuse avec Ophélie dit O (Blake Lively), une blonde à l’esprit libre, dont la mère devait être jouée par Uma Thurman, hélas coupée au montage. Leur train de vie hédoniste et fructueux est interrompu par l’arrivée de Lado (Bénicio Del Toro), homme de main d’un cartel mexicain qui les force à travailler pour sa patronne (Salma Hayek), après avoir kidnappé la belle O.

 

 

Oliver Stone marque ici son retour en proposant l’une de ses meilleures performances depuis longtemps, somme toute éphémère mais qui procure néanmoins du plaisir si on regarde le film dans son ensemble, car le traitement scénaristique fluctue dans le déroulement de l’intrigue et peut se perdre en densité dans le dénouement un peu surfait. Le cinéaste multiplie les techniques entre caméra à l’épaule, effets webcam et téléphone portable, voix off de la narratrice (Blake Lively) qui raconte l’histoire dans un long flashback parsemé de plusieurs flashbacks, gros plans, distorsion du temps, montage épileptique et images tantôt en noir & blanc, tantôt en couleurs désaturées. Dès la première demie heure de visionnage, Savages peut donner l’impression d’un foutoir visuel qui ne rime pas à grand chose en suivant ce triangle amoureux de manière superficielle. D’aucuns diront que le mélange de ces quelques caractéristiques étaient précurseurs dans certaines de ses œuvres des années 90 comme JFK, mais devenues aujourd’hui une tendance bien trop courante. Pourtant Savages fonctionne assez bien dans son ensemble.

 

 

Dans ce trio(lisme), si la rayonnante Blake Lively (The Town) est au cœur de l’intrigue, c’est Aaron Johnson (Kick-Ass) qui, dans son rôle de botaniste pacifiste avec des dreadlocks s’affirmant au fil de l’histoire de manière agressive, parvient le mieux à se démarquer par rapport à Taylor Kitsch (John Carter, Battleship) dans son interprétation d’ancien Navy Seal de la guerre en Irak. Cependant Savages monte en gamme dès l’apparition de Benicio del Toro en excellent trafiquant/tueur et de John Travolta dans son rôle d’agent corrompu de la DEA, dont le jeu renvoie à son personnage dans Pulp Fiction. Si les deux acteurs sont dans leur registre habituel, ils deviennent ici le sel du film, mais le mérite revient en partie à la performance de Salma Hayek, qui impose son jeu de reine et matriarche du cartel. Elle est à la fois émouvante, convaincante et intimidante avec son élégance vestimentaire et sa coupe de cheveux façon Mia Wallace et Cléopâtre.

 

 

Ce thriller gagne en rythme particulièrement grâce à son excellente bande son, éclectique et omniprésente, d’Adam Peters, qui a notamment travaillé avec Hans Zimmer sur Rango. Celle-ci est nourrie par des titres variés tels un remix de Paradise Circus de Massive Attack, Romance In Durango de Bob Dylan, Legalize It de Peter Tosh ou encore un remix hip-hop interprété en espagnol et où se mêlent piano et guitares. Cette bande originale, qui a une place très importante, donne un véritable élan à la narration lui conférant un style en plus un peu clipesque. Oliver Stone ajoute à cela des scènes d’action explosives et de tortures mafieuses mexicaines imbibées de sang. Si le récit de Savages s’éloigne de la plume incisive et dynamique de notre scénariste de Scarface, Oliver Stone s’en sort bien et déploie une mise en scène dans cette adaptation toutefois impulsive, nerveuse et sanglante de 2h10 saupoudrée d’humour où se confrontent amour et violence, manipulation et vengeance, enfer et utopie…

 

 

 

 

SAVAGES d’Oliver Stone en salles le 26 septembre avec Aaron Taylor-Johnson, Taylor Kitsch, Blake Lively, Benicio Del Toro, Salma Hayek, John Travolta. Scénario : Don Winslow, Shane Salerno, Oliver Stone d’après l’oeuvre de Don Winslow. Production : Moritz Borman, Eric Kopeloff. Compositeur : Adam Peters, Photographie : Daniel Mindel. Montage : Joe Hutshing. Décors : Nadia Kock. Costumes : Cindy Evans. Superviseurs des effets visuels : Paul Graff. Superviseurs effets spéciaux : Mark Byers. Distribution : Pathé. Durée : 2h10.

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