Flight de Robert Zemeckis : critique

Publié par Nathalie Dassa le 28 janvier 2013

Whip Whitaker, pilote de ligne chevronné, réussit miraculeusement à faire atterrir son avion en catastrophe après un accident en plein ciel… L’enquête qui suit fait naître de nombreuses interrogations… Que s’est-il réellement passé à bord du vol 227 ? Salué comme un héros après le crash, Whip va soudain voir sa vie entière être exposée en pleine lumière.

 

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Flight affiche

Flight marque le superbe retour de Robert Zemeckis dans le live action, douze ans après Seul au Monde, qui abordait un autre genre de catastrophe humaine. Après avoir consacré ce temps à la motion capture comme Le Pôle Express, il signe ici un drame psychologique où se mêlent avec brio action et comédie, avec en vedette Denzel Washington dans l’un de ses rôles les plus profonds et les plus marquants après Training Daypour lequel il a reçu une citation à l’Oscar. Si le récit aborde le thème de l’héroïsme, il est davantage question ici de découverte de soi-même et de rédemption, mais aussi de capacité à mentir, à nier et à bluffer, véritable nourrisseur des addictions de notre protagoniste. En cela le scénario de John Gatins (Real Steel) est complexe et efficace car il évite soigneusement les pièges et revers du mélodrame dans lequel le film peut s’inscrire. Mais Flight gagne surtout en puissance et en intensité dans le premier acte, grâce à la mise en scène ingénieuse de Robert Zemeckis qui offre une expérience visuelle impressionnante dans l’exécution maîtrisée, précise et viscérale de la scène du crash aérien. Denzel Washington incarne un pilote d’avion chevronné qui parvient à sauver la majorité des passagers d’une catastrophe en plein ciel grâce à une manœuvre miraculeuse. S’il est considéré comme un héros par les médias, une enquête interne révèle un taux important d’alcool et de drogue dans le rapport toxicologique, qui le met face à des accusations et des négligences criminelles.

 

 Denzel Washington Flight

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Flight ne fait pas dans la demi-mesure et c’est tout son intérêt. Le réalisateur et le scénariste parviennent à pousser leur personnage à affronter ses démons jusqu’au bout, en abordant intelligemment les questions de moralité, de l’intervention divine et les conséquences du hasard. A contrario de Héros Malgré lui de Stephen Frears, on apprécie ici l’absence du rôle direct des médias à l’écran. Flight se focalise seulement sur son personnage. On découvre ainsi un Denzel Washington d’une intensité remarquable dans la peau d’un homme divorcé, alcoolique et drogué, qui se réveille dans une chambre d’hôtel après une nuit passée avec une hôtesse de l’air (Nadine Velasquez) et, juste avant d’embarquer, frais et pimpant, à bord d’un avion à destination d’Atlanta. Alors qu’il rassure les passagers inquiets par une tempête annoncée, il verse discrètement de la vodka d’une mignonnette dans son verre de jus d’orange et l’ingurgite dans le cockpit avant de piquer un somme. Le ton est donné dès les premières scènes du film. Si à sa sortie sur les écrans américains en novembre dernier, Budweiser et Stolichnaya, qui ne sont pas les seules marques à être représentées, ont reproché à Paramount de ternir leur image, Flight ne dresse pourtant pas une peinture sur l’alcoolisme comme Le Poison de Billy Wilder ou Leaving Las Vegas de Mike Figgis. Il s’agit ici d’un homme face à lui-même, sûr de lui en apparence et dont l’orgueil refuse obstinément toute rédemption, persistant à poursuivre les dédales de ses mensonges jusqu’à la situation extrême, ultime temps fort du dernier acte, dont il ne peut plus s’échapper. Pour accentuer la situation, Gatins et Zemeckis l’entourent de personnages qui le confortent dans sa condition et l’encouragent même à éviter d’assumer ses responsabilités, tels un ami pilote et représentant du syndicat des pilotes (Bruce Greenwood) et son avocat et conseiller (Don Cheadle) qui participent à effacer les preuves et à étouffer l’affaire pour le bien de la compagnie pour laquelle il travaille.

 

Flight Denzel Washington

 

Mais c’est sans doute le rôle de l’excellent John Goodman, aux allures de The Big Lebowski, qui atteint le paroxysme. Il incarne ici son ami le plus proche et dealer rock’n’roll, apparaissant à deux reprises sur Sympathy for the Devil des Stones pour le fournir en dope et en alcool à chaque fois que Whip a besoin de lui (après le crash de l’hôpital et le lendemain d’une cuite avant de passer devant la commission). Si l’intervention divine s’imbrique dans le récit comme une réponse plutôt facile au miracle et à l’inexplicable, John Goodman en devient le pendant démoniaque. Zemeckis et Gatins poussent d’ailleurs le vice jusqu’à démontrer que la cocaïne a même du bon dans certaines circonstances, servant d’énergisant après certaines nuits d’ivresse. Un autre point très intéressant est soulevé pendant l’enquête : aucun des pilotes confirmés sélectionnés spécialement, n’est capable de reproduire en simulation, la manœuvre effectuée par Whip sans causer la mort des passagers. Le crash démontre que l’effet conjugué de l’alcool et de la drogue peut lui avoir donné le sang froid, la détermination et l’énergie nécessaires, pour mettre en œuvre cette acrobatie et éviter la catastrophe. On salue particulièrement la performance de Washington qui exprime toutes en nuances les facettes de la maîtrise exemplaire de ce personnage lors de cette manoeuvre en plein ciel. Toutefois, sur ce chemin vers la rédemption, on peut reprocher l’histoire d’amour sous développée avec le personnage de Kelly Reilly incarnant une addict à l’héroïne qui cherche à décrocher après une overdose. Si la relation fonctionne bien à l’écran, elle ne sert pas vraiment à faire avancer le récit ni le personnage principal et se termine sans but précis. Le cinéaste de Forrest Gump et de Seul au Monde revient donc en grande forme avec cette comédie dramatique, dynamique et captivante, qui défie la gravité avec des images fortes tout en générant sa puissance sur une bande-son bien rock des Rolling Stones (Gimme Shelter, Sympathy for the Devil) et de Joe Cocker (Feelin’ Alright).

 

 

 

FLIGHT de Robert Zemeckis en salles le 13 février avec Denzel Washington, Don Cheadle, Kelly Reilly, John Goodman, Bruce Greenwood, Melissa Leo. Scénario : John Gatins. Producteurs : Walter F. Parkes, Laurie MacDonald, Steve Starkey, Robert Zemeckis, Jack Rapke. Photographie : Don Burgess. Distribution : Paramount Pictures. Durée : 2h18.

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