Frank Strobel

Ils étaient quelques 1600 privilégiés à assister au concert hommage à John Williams et son plus célèbre acolyte, Steven Spielberg, ce vendredi 15 mars à la salle Pleyel. Une soirée exceptionnelle proposée dans le cadre de l’exposition Musique et Cinéma : le mariage du siècle ?, ouverte à la Cité de la Musique jusqu’au 18 août prochain. Une belle découverte qui consolera ceux qui n’auront pas pas pu assister à ce rendez-vous fabuleux, auquel nous avons eu le privilège d’assister pour la presse. L’événement donnait d’autant plus de frissons que c’est l’Orchestre Symphonique de Londres, collaborateur de longue date du compositeur américain, qui est venu se produire pour revisiter en musique quelques-uns des airs les plus célèbres que Williams a créé pour le cinéaste légendaire.

 

 

Il est environ 20h05 lorsque l’Orchestre symphonique de Londres fait son entrée dans la gigantesque salle Pleyel pour ce concert hommage à John Williams et à l’associé le plus célèbre du compositeur, Steven Spielberg. L’attente et l’excitation du public sont énormes tandis que les musiciens entrent en scène avant l’arrivée de Frank Strobel, le chef d’orchestre vedette de l’ensemble sous les applaudissements. Au-dessus de la scène, un grand écran se tient prêt lui aussi à raviver bien des souvenirs de cinéma aux amoureux du septième art, de musique et surtout aux fans du duo mythique, la véritable star de la soirée. Puis, le silence s’installe dans l’espace. Les premiers cuivres se réveillent, suivis des instruments à vent et des violons. Le thème principal de Jurassic Park prend son envol, avec l’hélicoptère du film qui fait irruption sur l’écran, suivi d’autres images nous replongeant sur cette île fascinante et effrayante, avec cette famille et ces monstres que Spielberg ressuscita en 1993. Frissons et sourire garantis !

 

Les dents de la merMoins de 10 minutes plus tard, c’est la plongée dans l’angoisse. La voix grave d’un premier violoncelle nous plongent d’emblée dans les eaux sombres des Dents de la mer. Les titres ‘‘En mer’’ et ‘‘Fugue de la cague du requin’’ se succèdent à leur tour, l’écran et la lumière qui entourent l’orchestre se maculent de rouge sang, les images du film fusent en quelques minutes, des nageurs affolés, jusqu’au combat à la vie à la mort entre les trois protagonistes et le requin le plus connu de l’Histoire. Séquence émotion avec La liste de Schindler. Des images figées du long-métrage aux sept oscars apparaissent, tandis que le LSO livre sans doute sa prestation la plus nuancée du concert, et un violoniste soliste fait une démonstration virtuose de son talent, laissant l’assistance béate d’admiration. Ensuite vient du lourd, du très lourd, avec un long hommage à la saga Indiana Jones. Le thème principal vrombissant, incontournable, envahit la salle avant que les thèmes du Royaume du crâne de cristal puis des Aventuriers de l’Arche perdue ne laissent place à l’amusement et à cette énergie si contagieuse des images des quatre volets qui défilent avant l’entracte.

 

Un quart d’heure de pause plus tard, le voyage peut continuer plus impressionnant encore dans cette deuxième partie. Bienvenue au pays imaginaire avec la musique espiègle et aérienne de Hook ! Puis succède La Guerre des Mondes, troublant épisode apocalyptique dont la bande originale n’est pas sans rappeler celle de Minority Report. Il suffit d’écouter et regarder l’orchestre, dont les cuivres et les percussions s’emportent à un rythme effréné, pour faire la course avec Tom Cruise et ses enfants, sur le thème ‘‘la Fuite de la ville’’, avec à l’appui les plans de la séquence correspondante. Pour finir, cet épilogue, dans lequel des instruments plus calmes mais toujours graves soulignent les traces laissées par le passage des créatures venues d’ailleurs. S’ensuivent Rencontres du troisième type et sa musique teintée d’inquiétude, de mystère et d’émerveillement. Les extraits interprétés rappellent toute la palette de sensations générées par Spielberg et Williams, y compris ce final sublime. Ensuite ? Retour en enfance, avec ‘‘La nouvelle vie de Jim’’, LA note d’espoir de l’émouvant Empire du Soleil. La parenthèse enchantée d’après, encore plus rare en concert, est issue de la bande originale du Terminal. Douceur, burlesque et mélancolie sont au rendez-vous grâce au titre le plus marquant du film, ‘L’Histoire de Victor Navorski’, alors que Tom Hanks apparaît sur l’écran au milieu de l’aéroport JFK de New-York.

 

Enfin, c’est l’apothéose avec le bouleversant E.T. Les aventures sur terre du petit extra-terrestre refont surface avec ce thème, si beau et connu de tous. Commence la longue évasion à bicyclette, avec cette symphonie triomphante, entre suspense et exaltation et soudain à l’écran, E.T. et Elliot sur leur vélo devant la Lune scintillante, accompagnés de ces cuivres et ces instruments à vent, au sommet eux aussi. Et puis cet au revoir déchirant, E.T. monte dans sa soucoupe et repart tandis que les membres du groupe célèbrent en chœur l’ode à l’amitié, en apesanteur. Difficile de ne pas avoir les larmes aux yeux. Les notes faiblissent, la standing ovation retentit et l’enthousiasme croît de plus belle lorsque le visage de John Williams prend place sur l’écran. Les acclamations ont à peine faibli lorsque le chef d’orchestre quitte la scène et revient pour un bis attendu… mais lequel ? Ce sera l’émouvante mélodie de Munich. Et puis Frank Strobel et son ensemble nous gratifient encore d’un autre beau moment. Ou plutôt, un drôle de moment, le plus loufoque du concert : la bagarre chorégraphiée entre Wally Stephens/Bobby Di Cicco et Sitarski/Treat Williams sur ‘‘La marche’’ de 1941. Un point final dans la bonne humeur en somme.

 

Enfin Strobel offre un troisième bis en conclusion, incroyable ! Les cuivres de Star Wars explosent. Les spectateurs exultent. Sacré cadeau de sortie pour un rendez-vous géant qui aura duré près de 2h15 et aura laissé le public avec le cœur et les oreilles en fête.

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