Synopsis : Frances, jeune New-Yorkaise, rêve de devenir chorégraphe. En attendant, elle s’amuse avec sa meilleure amie, danse un peu et s’égare beaucoup…

 

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Frances Ha afficheChaque année, quelques blockbusters surfent et parient sur la vague estivale, et chaque année, une poignée de pépites discrètes résistent encore et toujours au rouleau compresseur, portées par l’effet bouche-à-oreille et le soutien de la critique. C’est le cas de Frances Ha de Noah Baumbach, sur les écrans français depuis le 3 juillet et qui vaut bien une séance rattrapage. Car comment ne pas craquer face à tant de tendresse, de sarcasmes et de sincérité ? Comment ne pas craquer devant la nonchalance, le naturel et la moue de Greta Gerwig ? Retenez bien ce nom, car après Damsels in Distress (2012) de Whit Stillman, déjà centré sur un groupe de jeunes en vrille dans New-York, la comédienne et scénariste de 30 ans suit son p’tit bonhomme de chemin dans le cercle du cinéma US indépendant, dont elle pourrait bien devenir l’une des belles ambassadrices. Revoici donc Greta Gerwig au cœur de la ‘‘Big Apple’’, dans sa deuxième collaboration avec Noah Baumbach trois ans après Greenberg (2010). Dans la peau de Frances Ha, jeune femme incasable et inadaptée qui évolue entre séparations et retrouvailles, elle fait office de petite cousine Outre-Atlantique de Jean-Pierre Léaud. Ce dernier sera d’ailleurs cité dans le film, qui comprend également un des thèmes musicaux du Domicile Conjugal de François Truffaut.

 

Frances Ha

 

Prolixe face au silence de ses compagnons de route, danseuse de talent dont la carrière peine à décoller, fusionnelle avec sa meilleure amie Sophie qui pourtant va s’éloigner peu à peu, la jeune femme passe d’appartement en appartement dans sa ville, la quittant pour construire, ailleurs, des repères et mieux la retrouver. Artiste constamment entourée d’autres intellectuels très proches et cependant si éloignés, Greta Gerwig/Frances Ha s’apparente également à une fille cachée de Woody Allen. Elle présente en effet un accent autobiographique – Greta comme Frances a étudié la danse – et une mélancolie similaires. A l’instar de cette influence non avouée, ou du moins suffisamment digérée pour ne pas être taxée de fétichiste, Frances/Greta revient toujours à sa chère New-York, à ses relations anciennes et inachevées qui finiront par l’inspirer. Frances Ha, c’est un peu Annie Hall métamorphosée en ‘‘bromance’’ féminine, mais la relation centrale entre Frances et Sophie n’a rien d’exclusivement cinéphilique pour autant. La force des liens qui les unissent parlera à beaucoup, de même que les difficultés que Frances connaît pour se loger et consolider ses projets. Le long-métrage, sans tomber dans le misérabilisme, ne cherche justement pas à embellir la situation souvent précaire que connaissent les jeunes artistes actifs par intermittence, lesquels peuvent se montrer solidaires pour ne pas sombrer. Frances reste surtout une femme comme on ne peut en voir qu’au 21e siècle, pas vraiment adulte à 27 ans, éternelle célibataire qui s’assume, à la fois intelligente et immature, aussi sophistiquée que brute de décoffrage et maladroite.

 

Frances Ha2

 

Frances Ha, c’est aussi un moulin à paroles qui au prime abord peut rebuter et qui malgré tout, en moins d’1h30, sait reprendre son souffle. La profusion de dialogues s’avère en effet nécessaire pour traduire la logorrhée verbale de Frances, outil vain pour une communication qui ne fonctionnera jamais mieux que par la danse. Sur ce plan, tout coule de source et prend sens une fois le rideau tombé, tandis que Noah Baumbach sait éviter l’asphyxie en filmant avec humour les réactions de ceux qui croisent la route de son héroïne. Au cours d’une scène de dîner, la principale intéressée n’a pas peur de paraître ridicule, voire grossière, en disant tout ce qui lui passe par la tête. Entre affection et agacement les uns et les autres trouvent leur place et le comique de situation permet aux seconds rôles, tous très inspirés, de faire mouche. Au-delà de son scénario – coécrit par Greta Gerwig et Noah Baumbach – et de ses interprètes, c’est l’effet ‘‘prozac’’ que procure Frances Ha qui emballe jusqu’après son générique de fin. Par sa capacité à rebondir, conservant son courage en toutes circonstances, Frances émeut et devient terriblement attachante. Il faut la voir se jeter à corps perdu sur le Modern Love de David Bowie, emportant un peu de New-York et de son rêve de réussite dans chacun de ses pas. Le cinéaste la suit amoureusement tout en respectant son espace pour lui laisser le champ libre. Sincérité rime alors avec sobriété, et l’on a terriblement envie d’entrer dans ce cadre avec elle, véritable palette de couleurs ambulante au milieu d’une aventure filmée en noir et blanc. A tous points de vue, sa générosité fait de Frances Ha l’un des meilleurs antidépresseurs que vous pourrez voir sur grand écran en 2013.

 

 

FRANCES HA de Noah Baumbach en salles le 3 juillet 2013 avec Greta Gerwig, Mickey Sumner, Michael Esper, Adam Driver. Scénario : Noah Baumbach, Greta Gerwig. Production : Noah Baumbach, Lila Yacoub, Scott Rudin. Image : Sam Levy. Son : Paul Hsu. Décors : Sam Lisenco. Montage : Jennifer Lame. Musique : Sara Matarazzo. Distribution : Memento Films Distribution. Durée : 1h26.

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