Palo Alto de Gia Coppola: critique

Publié par Nathalie Dassa le 22 avril 2014

Synopsis : Piégés dans le confort de leur banlieue chic, Teddy, April, Fred et Emily, adolescents livrés à eux-mêmes, cherchent leur place dans le monde. Ils ont soif de sensations fortes et testent leurs limites. L’alcool, les drogues et le sexe trompent leur ennui. Ils errent sans but dans les rues ombragées de Palo Alto incapables de voir clair dans le tourbillon confus de leurs émotions. Sauront-ils éviter les dangers du monde réel ?

 

♥♥♥♥♥

 

Palo Alto de Gia Coppola - affiche

Palo Alto de Gia Coppola – affiche

De Francis Ford à Sofia en passant discrètement par Roman, la famille Coppola a toujours posé un regard fort et intimiste sur les plaisirs et les affres de l’adolescence. Gia Coppola, respectivement petite fille et nièce, ne déroge pas à la règle de la dynastie. Pour ses débuts derrière la caméra, la scénariste-réalisatrice livre une première œuvre magnétique, pleine de retenue et de réminiscences, adaptée du recueil de nouvelles du polyvalent James Franco, lequel fait bien sûr partie du casting dans le rôle d’un entraîneur de football qui aime franchir les interdits avec certaines de ses élèves. Palo Alto dresse une peinture sur la jeunesse de la banlieue chic californienne, qui renvoie aux oeuvres de Gus Van Sant, voire de celles de Larry Clark, sans y franchir les dérives et la déchéance. Mais la cinéaste américaine de 27 ans impose son identité propre en puisant elle-même ses sources dans certains teen movies qui l’ont profondément marquée comme Fast Times at Ridgemond High – avec un clin d’oeil direct -, Breakfast Club, La Dernière Séance ou encore American Graffiti. Elle ébauche ainsi un premier regard plutôt mature, empreint d’un certain lyrisme onirique si cher à sa tante, qui dépeint trois catégories de personnages : ‘les filles en quête d’amour’, ‘les garçons qui cherchent les problèmes’ et ‘les hommes qui veulent les deux à fois’. Sa caméra se focalise sur quatre personnages principaux campés par des enfants-de et des acteurs anonymes. On découvre ainsi Emma Roberts (nièce de Julia) et Jake Kilmer (fils de Val, lui-même au générique du film, après avoir collaboré avec Francis Ford Coppola dans TWIXT – notre critique), aux côtés de Nat Wolff et Zoé Levin. Ils esquissent à eux quatre des portraits à la fois sensibles et filandreux, soumis aux rites habituels (cigarettes, alcool et drogues).

 

Emma Roberts et Jake Kilmer dans Palo Alto de Gia Coppola

Emma Roberts (April) et Jake Kilmer (Teddy) dans Palo Alto de Gia Coppola / © Pathé Distribution

 

Coppola ouvre le film sur Teddy (Kilmer), un garçon timide, passif et embrouillé dans sa tête avec un penchant pour l’alcool au volant mais dont la bienveillance et le béguin pour April n’attendent que de s’exprimer, et Fred (Wolff), un survolté agressif qui révèle déjà des tendances malsaines voire carrément sociopathes. Puis le cadre s’élargit sur April (Roberts), une joueuse de football douce et fragile qui va expérimenter une liaison avec son prof (Franco) tout en éprouvant des sentiments pour Teddy, et Emily (Levin), une sexe-addict précoce et impassible qui va établir une relation mouvementée avec Fred. Un méli-mélo sentimental et sexuel intéressant mais qui tombe cependant un peu dans la facilité du point de vue de la caractérisation de ces deux couples garçons et filles. Car si les premiers dévoilent des talents artistiques prédominants (dessin, peinture, guitare, piano…), les secondes se contentent d’être des baby-sitters crédules ou des princesses se transformant en nymphomanes par défaut ou dépit. Nonobstant ces clichés dont Coppola aurait pu s’affranchir, elle pose un regard empathique sur ces jeunes filles qui tentent de surmonter les conséquences de leurs relations tordues et complexes avec les garçons. Dans ce tableau brossé, la figure parentale reste bien sûr hors champ la plupart du temps, mais elle les dépeint malgré tout brièvement comme pour expliciter certains dommages émotionnels évidents chez ces enfants.

 

Nat Wolff et Zoe Levin dans Palo Alto de Gia Coppola

Nat Wolff (Fred) et Zoe Levin (Emily) dans Palo Alto de Gia Coppola / © Pathé Distribution

 

Gia Coppola signe une première oeuvre avec certes quelques défauts inévitables comme des ruptures dans la réalisation, un manque de cohésion entre les intrigues secondaires et un traitement trop en surface pour d’autres personnages, mais Palo Alto se rattrape sur le développement de sa thématique, la bande son envoûtante de Dev Hynes et la photographie délicate d’Autum Cheyenne Durald. Car dans cette volonté de nous immerger dans la vie de ces ados avec leurs utopies et leurs questionnements sur leurs relations amoureuses et sexuelles, elle fait refléter à la fois toute l’inertie, la nonchalance, l’impulsivité et la désinvolture de cette jeunesse déjà déboussolée et en proie à ses doutes face à un avenir incertain. Entre désespoir, ennui et rébellion, elle fait ainsi doucement éclore les émotions de ses personnages amenés à se dévoiler et à trouver leur voie logique ou malgré eux. Ainsi les histoires s’entremêlent agréablement, captant le potentiel de Gia Coppola à représenter les errances de la jeunesse américaine, à la fois apathique et impulsive, qui parvient à sonner vrai et juste.

 

 

 

  • PALO ALTO écrit et réalisé Gia Coppola, d’après le recueil de nouvelles de James Franco, en salles le 11 juin 2014.
  • Casting : Emma Roberts, James Franco, Nat Wolff, Jack Kilmer, Zoé Levin, Val Kilmer, Chris Messina, Christian Madsen…
  • Production : Sebastian Pardo, Vincent Jolivette, Miles Levy, Adriana Rotaru.
  • Photographie : Autum Cheyenne Durald.
  • Montage : Leo Scott
  • Musique : Dev Hynes
  • Décors : Sara Jamieson
  • Costumes : Courtney Hoffman
  • Son : Richard Beggs
  • Distribution : Pathé
  • Durée : 1h36

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