La La Land de Damien Chazelle : critique

Publié par Antoine Gaudé le 23 janvier 2017

Synopsis : Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

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La La Land - affiche

La La Land – affiche

Dès le générique et l’écriture du mot Cinemascope, La La Land, qui s’est offert le grand chelem aux Golden Globes avec sept récompenses sur sept nominations, s’annonce comme un pur hommage à la comédie musicale hollywoodienne. Mais celle-ci contient en son sein des variantes : les années 1930 de Fred Astaire et Ginger Rogers (et de Busby Berkeley), les années 1950 de Gene Kelly et Vicente Minnelli, et les réminiscences s’égrainant de 1960 à aujourd’hui (West Side Story, Grease et Moulin Rouge). Le film débute ainsi par une séquence musicale colorée et sophistiquée tournée sur une freeway à L.os Angeles. La caméra virevoltante capture dans un plan-séquence de nombreux anonymes-danseurs sautant de voiture en voiture, skatant, chantant, jouant sous le soleil d’hiver californien. L’euphorie est à son comble. Damien Chazelle s’émancipe de sa rhétorique forcenée du montage pour célébrer le cinéma avec ses variétés de couleurs et de sonorités, d’espaces (filmer le déploiement de la chorégraphie) et de temporalités (filmer l’intégralité de la performance). Il y a chez ce jeune cinéaste une énergie et un savoir-faire technique indéniables. La comédie musicale, dans sa plus pure tradition formaliste, exalte les corps, le sentiment et le spectacle (de la vie). Les héros ont des aspirations, des rêves d’amour et de gloire souvent difficilement conciliables. Prônant l’idéologie américaine de la réussite sociale, le genre n’impose aucune limite à leurs désirs : Sebastien (Ryan Gosling) est un pianiste-puriste-jazzman du type qui joue jingle bells dans les restaurants huppés de L.A mais dont le rêve est de monter son propre bar pour y jouer du « vrai » jazz. Mia est l’archétype de la fille de la campagne qui se rêve star hollywoodienne et qui, en attendant, doit se contenter d’être serveuse dans un coffee shop dans les studios de la Warner.

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La La Land

La La Land

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À l’instar du cinéma de Chazelle, ce sont deux fétichistes. Ils aiment les objets à valeurs historico-artistiques, les références saillantes (Ingrid Bergman, La fureur de vivre) et le name-dropping. Mais n’aiment pas la culture de masse et le commercial – bien qu’il fasse hélas gagner sa vie un moment ou à un autre. Comme espace compensatoire, La La Land fonctionne à plein régime. Un cinéma narratif qui reprend les schémas et les archétypes du genre dont les manques doivent être comblés (qu’ils soient de richesse, de gloire ou d’amour). L’exhibition des « coulisses », sorte de mise en abyme (ces comédies musicales que l’on appelait auparavant « backstage musical »), renforce le mythe d’Hollywood comme industrie du rêve, et de L..A comme ville-cinéma où l’on peut revivre les scènes de nos films préférés, à l’image de celle à l’observatoire Griffith. Le cinéaste y fait littéralement envoler ses héros dans les étoiles pour subitement tendre vers une abstraction typique de la comédie musicale hollywoodienne. Chazelle s’affirme donc comme un cinéphile sous influence en reprenant les codes génériques dans un jeu d’emprunt et de renvoi. Très marquées années 1930, les numéros musicaux sont arrachés de la réalité, il y a un ralentissement volontaire de la narration mélodramatique avant ces fameuses séquences.

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La La Land

La La Land

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L’attraction et notre plaisir de spectateur tiennent donc davantage dans notre rapport à la star plongée dans ce genre si particulier. Il y a une véritable attente autour de Gosling et de Stone. Le corps de Gosling est burlesque. Le côté débraillé d’un Gene Kelly et le romantisme d’un Fred Astaire, dans ses numéros musicaux, possèdent cependant rarement la dimension légère et aérienne des deux maîtres. Plus naturelle, truculente et sensuelle, Stone est bien meilleure danseuse, mais peut pêcher au niveau du chant. Malgré cela, ils tirent assez remarquablement leur épingle du jeu. Car de manière plus générale, le déclin de la comédie musicale se situe dans le manque de renouvellement de ces acteurs-performeurs en tant que dignes successeurs. Hollywood ne semble plus posséder d’acteurs sachant danser et/ou chanter (John Travolta était probablement le dernier). La comédie musicale contemporaine doit combler un manque. Le postmodernisme du film provient dès lors de l’attrait envers la tradition hollywoodienne, de cette esthétique « pop-kitsch » et qui ne va pas sans une certaine mélancolie. La séquence finale – ce flash-forward fantasmagorique – est un pur moment d’extase où Chazelle retrouve les joies du montage sous une forme clipesque – le rapprochant d’un Baz Luhrmann. La fiction offre soudain à Chazelle différents mondes des possibles et laisse ainsi entrevoir toute la force immersive et émotionnelle du cinéma.

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Communiqué information : La La Land est le premier film américain à être diffusé sous le format « Eclaircolor ». Nouveau standard d’image issu de procédé HDR (High Dynamic Ranges). Association de nouvelles technologies d’étalonnages liées à des projecteurs numériques nouvelle génération ultra-puissants. Bénéfices pour le spectateur : plus de couleurs, plus de lumière, plus de définition. Le film est projeté en éclaircolor pour l’instant dans 4 salles : Gaumont Marignan et Pathé Wepler (Paris), Cinema Confluence (Varennes sur Seine) et Le Siruis (Le Havre).

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  • LA LA LAND écrit et réalisé par Damien Chazelle en salles le 25 janvier 2016.
  • Avec : Ryan Gosling, Emma Stone, J.K. Simmons, Rosemary DeWitt, John Legend, Callie Hernandez, Sonoya Mizuno, Finn Wittrock…
  • Production : Fred Berger, Jordan Horowitz, Gary Gilbert, Marc Platt
  • Photographie : Linus Sandgren
  • Décors : David Wasco
  • Costumes : Mary Zophres
  • Montage : Tom Cross
  • Musique : Justin Hurwitz
  • Distribution : SND
  • Durée : 2h06

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