Synopsis : Au début des années 1960 arrive à New York un jeune homme de 19 ans, mystérieux et sans le sou. Muni uniquement de sa guitare et de son talent, Bob Dylan va révolutionner l’histoire de la musique américaine et devenir une star planétaire.
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Les biopics continuent d’avoir le vent en poupe. Après Freddie Mercury (Bohemian Rhapsody), Elton John (Rocketman) ou encore Elvis Presley (Elvis), c’est au tour de Bob Dylan d’être immortalisé sur grand écran. S’ils rencontrent presque toujours un succès indéniable, ces films posent aussi la question de la redondance et du formatage : comment renouveler un genre qui repose souvent sur les mêmes schémas narratifs ? Si certains parviennent à insuffler une énergie singulière, beaucoup se contentent d’un déroulé linéaire classique. Bob Dylan, en particulier, est une figure mythique de la musique américaine, dont le talent s’est toujours accompagné d’une capacité fascinante à entretenir le mystère autour de sa personne. Son influence dépasse le cadre musical : il a inspiré les plus grands auteurs et cinéastes, notamment Martin Scorsese, qui lui a consacré deux documentaires, No Direction Home (2005) et Rolling Thunder Revue : A Bob Dylan Story by Martin Scorsese (2019). Comment donc raconter l’histoire d’un artiste aussi insaisissable ? James Mangold tente de relever ce défi en choisissant un angle précis : les prémices de la percée de ce jeune homme plein de rêves dans l’industrie de la musique, à New York, au début des années 1960. Un Parfait Inconnu s’intéresse donc à son ascension fulgurante entre 1961 et 1965. Il revient sur les principales figures qui ont marqué son parcours, comme la reine du folk Joan Baez (Monica Barbaro), le pionnier de la musique folk Pete Seeger (Edward Norton) et sa première compagne Sylvie Russo (Elle Fanning).

Timothée Chalamet en Bob Dylan dans Un parfait inconnu de James Mangold / Crédits photo Searchlight Pictures
De plus en plus populaire, Bob Dylan commence ainsi à être tiraillé par les premiers grands dilemmes de sa carrière. Il ne se reconnaît plus dans le genre de musique qui a fait son succès ni dans les attentes du public. Face à sa notoriété soudaine, le jeune musicien se débat avec son image. Son passage du folk à l’électrique relève-t-il d’un véritable désir de liberté ou d’un égo devenu démesuré ? Hélas, ces interrogations restent ici en suspens, l’histoire préférant se concentrer sur la naissance du mythe plutôt que sur ses métamorphoses ultérieures. Son enfance et sa carrière post-folk ne sont pas évoquées, pouvant frustrer ceux qui espéraient une fresque plus complète.
Côté interprétation, Timothée Chalamet livre une très belle performance. Sans tomber dans l’écueil du mimétisme caricatural, aisé dans le cas de Bob Dylan, il capte son charisme magnétique, sa diction traînante, son regard fuyant. Son engagement est total, notamment dans les nombreuses séquences musicales qui rythment le film, où il démontre une nouvelle fois son talent en chantant lui-même. De même, Edward Norton est particulièrement touchant dans son rôle de Pete Seeger, mentor bienveillant mais exigeant. Les personnages féminins sont bien moins développés et nuancés, Elle Fanning et Monica Barbaro n’apparaissant souvent qu’au service de la tension dramatique, sans davantage de caractérisation.
Comme souvent dans son cinéma, James Mangold offre une mise en scène et une photographie soignée, aboutissant à une fidèle reconstitution du Greenwich Village des années 1960. Les clubs enfumés, la lumière tamisée et les tons sépia nous plongent efficacement dans cette époque foisonnante. Les scènes de concert sont tout aussi réussies, captant l’énergie brute de Dylan sur scène et la ferveur d’un public en quête d’un nouveau porte-voix. Une recherche appliquée a été effectuée pour restituer l’atmosphère et l’effervescence de l’époque, avec une direction artistique précise qui réussit l’immersion.

Monica Barbaro et Timothée Chalamet dans Un parfait inconnu de James Mangold / Crédits photo Searchlight Pictures
Pour autant, James Mangold n’échappe pas tout à fait à l’inévitable. Un Parfait Inconnu souffre malgré tout d’un scénario assez conventionnel. La narration manque d’audace et semble presque en contradiction avec l’esprit même du « Rimbaud du rock », musicien imprévisible et iconoclaste. L’ensemble manque souvent de relief, avec des enchaînements parfois trop secs et des scènes anecdotiques qui peinent à faire avancer le récit. Certaines longueurs se font ainsi ressentir. Il est dommage que le film ne prenne pas davantage de risques dans sa construction et n’explore pas plus profondément la personnalité ambiguë et changeante du chanteur. L’écriture des dialogues est aussi trop raisonnable et manque d’une certaine poésie brute qui habitait les textes musicaux de la star.
Au-delà de ces scories, Un Parfait Inconnu parvient à saisir l’essence du jeune Bob Dylan. Si l’approche reste plutôt classique et sage, elle permet d’apprécier la performance d’acteur solide de Timothée Chalamet et des prestations musicales immersives. Un biopic honnête, qui aurait gagné à embrasser davantage l’audace et le mystère de son sujet pour rendre son hommage plus vibrant. Il reste une œuvre agréable à suivre, portée par une belle direction artistique et un casting impliqué.
Norane Chiali
- UN PARFAIT INCONNU (A Complete Unknown)
- Sortie salles : depuis le 29 janvier 2025
- Réalisation : James Mangold
- Avec : Timothée Chalamet, Edward Norton, Elle Fanning, Monica Barbaro, Boyd Holbrook, Dan Fogler, Norbert Leo Butz, Eriko Hatsune, Scoot McNairy, P.J Byrne
- Scénario : Jay Cocks et James Mangold, d’après l’ouvrage Dylan Goes Electric d’Elijah Wald
- Production : Michael Bederman, Fred Berger, Bob Bookman, Timothée Chalamet, Alan Gasmer, Alex Heineman, Peter Jaysen, Brian Kavanaugh-Jones, James Mangold, Andrew Rona et Jeff Rosen
- Photographie : Phedon Papamichael
- Montage : Andrew Buckland et Scott Morris
- Décors : François Audouy
- Costumes : Arianne Phillips
- Musique : Steven Gizicki
- Distribution : The Walt Disney Company France
- Durée : 2 h 20
