Synopsis : Quatre ans se sont écoulés depuis les événements de No Way Home, et Peter, désormais adulte, vit entièrement seul, s’étant volontairement effacé de la vie et des souvenirs de ses proches. Dans un New York qui ne le reconnaît plus, il lutte sans relâche contre la criminalité, entièrement dévoué à la protection de sa ville. Mais à mesure que ses responsabilités s’intensifient, la pression devient de plus en plus pesante et provoque une étrange mutation physique pouvant s’avérer mortelle, tandis qu’une mystérieuse série de crimes donne lieu à l’une des menaces les plus redoutables qu’il ait jamais affrontées.
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Cela faisait cinq années que l’araignée sympa du quartier s’était effacée de nos toiles comme de la mémoire collective des New-Yorkais. Il faut dire que l’homme-araignée avait atteint le sommet de sa gloire avec Spider-Man : No Way Home, véritable phénomène de pop culture offrant aux millennials le crossover appelé de leurs vœux entre les trois incarnations du Tisseur. Aussi généreuse qu’opportuniste, l’orgie de fan service fut si totale qu’elle propulsa le troisième volet de la tétralogie du Marvel Cinematic Universe (MCU) au sixième rang des plus gros succès de l’Histoire du box-office mondial, au seuil des deux milliards de dollars de recettes engrangés par Avengers : Infinity War. Depuis lors, la Multiverse Saga (phase IV et V du MCU) ne semble plus susciter qu’une certaine superhero fatigue, dont il est urgent pour Marvel de nous extirper à l’approche imminente du grand raout choral promis par Avengers : Doomsday, qui pourrait bien sonner l’heure de vérité dans moins de cinq mois maintenant. C’est donc dans une Big Apple frappée d’amnésie quant à son identité que l’on retrouve un Peter Parker anonymisé, endeuillé, aux prises avec ses sacrifices. À bonne distance de son grand amour de lycée MJ, et de son meilleur ami fusionnel Ned, il scrute les moindres détails de leur entrée dans l’âge adulte par stories interposées, réduit au statut de simple follower dont eux ignorent jusqu’à l’existence même. S’oubliant derrière sa combinaison de spandex, il noie sa mélancolie en se jetant à corps perdu dans une lutte sans relâche contre le crime. Mais voilà qu’une mutation incontrôlable s’opère en lui. Et si cette mue était la clé de son affrontement avec l’insaisissable entité télépathe qui menace de prendre possession de tout Manhattan ?
Après une trilogie entière de services pas toujours franchement bons mais certes loyaux, le faiseur Jon Watts raccroche les lance-toiles. Issu de l’indépendance (l’acclamé States of Grace, qui révéla Brie Larson, notamment), le cinéaste Destin Daniel Cretton avait déjà eu l’occasion de faire ses preuves au sein du MCU aux manettes d’un Shang-Chi et la Légende des dix anneaux plutôt inspiré. De ses origines indés et de cette première incursion concluante dans le divertissement mainstream, il tire une maîtrise certaine de l’introspection intime comme de l’action virtuose. Revendiquant l’héritage de Sam Raimi, il relocalise l’action dans le terrain de jeu de prédilection de Spidey : la ville, et renoue avec une verticalité tant négligée par son prédécesseur.
Il en résulte des scènes de voltige entre les gratte-ciels littéralement vertigineuses (même en 2D), comme on n’en avait plus vues depuis Spider-Man 2. À cela s’ajoutent de nombreux clins d’œil vidéoludiques aux jeux Insomniac Games sous licence PlayStation, permis par une caméra à l’épaule ou carrément embarquée à l’intérieur même du masque afin de garantir une immersion subjective. Avec un goût avéré pour l’artisanat, Cretton conçoit son action comme on chorégraphie un ballet, puis la sublime au moyen d’un montage d’une fluidité organique qui rend sa géographie clairement lisible. Le combat opposant le héros aux ninjas de la Main dans le huis clos d’une cage s’avère à cet égard particulièrement abouti.
Sur le terrain de l’intime, qui dit opus de la maturité dit aussi une certaine mue vers une noirceur de ton qu’on ne connaissait pas à un super-héros précisément affectionné pour sa légèreté. En proie à un état d’hypervigilance avancé, son spidey-sense ne se contente plus de le picoter, mais le submerge entièrement, tandis que ses poignets émettent désormais des jets de toile organique intempestifs. Tom Holland incarne cette vulnérabilité nouvelle avec une conviction qui force l’empathie, tant et si bien que quand MJ lui brise le cœur malgré elle à pas moins de trois reprises, on saigne avec lui. Son alchimie et sa complicité naturelles avec ses partenaires de jeu tranche avec la solitude profonde dont souffre atrocement Peter. C’est d’ailleurs sur eux qu’il faudra compter pour nous servir un comic relief salutaire, à l’image d’une Veuve noire qui reçoit ses rendez-vous professionnels depuis le confort de son bain russe.
Mais au terme d’une première moitié de métrage franchement réussie, alors même qu’on se réjouissait d’avoir cadenassé les portails des intrigues multiverselles à double tour, le scénario de McKenna et Sommers délaisse le sujet de la santé mentale de Peter, dont l’esquisse s’avérait pourtant engageante. Rattrapé par le cahier des charges du MCU dont il semblait s’émanciper, le récit rentre dans le rang dans son second acte, quitte à y incorporer des membres de l’écurie Marvel au chausse-pied.
Il en est ainsi de Bruce Banner, qui semble avoir été parachuté dans l’intrigue, comme un simple prétexte au maintien sous perfusion de l’arc narratif de Hulk, à défaut de pouvoir lui consacrer un film solo pour des problématiques de droits. Mais surtout de l’antagoniste interprétée par Sadie Sink, dont on se gardera de divulgâcher le rôle. Si la révélation de Stranger Things livre une prestation d’une remarquable intensité, l’introduction forcée de son personnage semble nier au film une autonomie pourtant prometteuse, le réduisant à un éternel incubateur de plus, instrumentalisé pour poser les jalons vers la phase VII du MCU.
Dommage que le droit à l’oubli ne s’applique pas au MCU. Frappé de la malédiction Marvel qui, passé l’origin story, n’autorise plus aucun de ses opus à exister pour eux-même, Brand New Day ne déroge pas à la règle. Ambitieux, généreux et élégant dans l’action, Spider-Man : Brand New Day n’en demeure pas moins un divertissement globalement plaisant à la facture solide.
Justine Autissier
- SPIDER-MAN : BRAND NEW DAY
- Sortie salle : 29 juillet 2026
- Réalisation : Destin Daniel Cretton
- Avec : Tom Holland, Zendaya, Sadie Sink, Jacob Batalon, Jon Bernthal, Tramell Tillman, Michael Mando, Mark Ruffalo, Liza Colon-Zayas, Zabryna Guevera, Billy Clements, Florence Pugh, Marisa Tomei, Jamaal Burcher, Eman Esfandi
- Scénario : Chris McKenna & Erik Sommers
- Production : Kevin Feige, Amy Pascal, Avi Arad et Rachel O’Connor
- Photographie : Brett Pawlak
- Montage : Nat Sanders & Gina Samson
- Décors : Charles Wood
- Costumes : Sanja Milkovic Hays
- Musique : Michael Giacchino
- Distribution : Sony
- Durée : 2 h 25



