Le Château de verre de Destin Daniel Cretton : critique

Publié par CineChronicle le 25 septembre 2017

Synopsis : Jeannette Walls, chroniqueuse mondaine à New-York, a tout pour réussir et personne ne peut imaginer quelle fut son enfance. Elevée par un père charismatique, inventeur loufoque qui promet à ses enfants de leur construire un château de verre mais qui reste hanté par ses propres démons, et une mère artiste fantasque et irresponsable, elle a dû, depuis son plus jeune âge, prendre en charge ses frères et sœurs pour permettre à sa famille dysfonctionnelle de ne pas se perdre totalement. Sillonnant le pays, poursuivis par les créanciers, et refusant de scolariser leurs enfants, les Walls ont tout de même vécu une vie empreinte de poésie et de rêve, qui a laissé des marques indélébiles mais qui a créé des liens impossibles à renier.

♥♥♥♥♥

 

Le Chateau de verre - affiche

Le Château de verre – affiche

Définir la liberté par la capacité à pouvoir regarder les étoiles et à en savourer leur éclat est une jolie approche de la question. Lorsqu’on entend la voix de Woody Harrelson l’exprimer et évoquer leur chance, au regard des citadins prisonniers d’un monde sans ciel, on serait prêt à tomber d’accord sur le champ. Bien que simpliste, elle exprime une vérité. Mais ce regard et cette entrée en matière séduit autant qu’elle repousse. Repousse, car ce n’est pas la première fois qu’on entend ce motto, en particulier dans le cinéma indépendant américain. Le film générationnel Into the Wild en est un parfait exemple. On ne juge pas de la sincérité de leur auteur, seulement, il est délicat de se défaire d’une route si souvent parcourue. Le Château de verre de Destin Daniel Cretton, qui retrouve Brie Larson pour son troisième long métrage, se détache de cette trame narrative, dès les premières scènes, en dessinant les contours des personnages principaux. Rapidement, nous comprenons que le parfum de liberté qui se dégage du père, pseudo-ingénieur, et de la mère, artiste, se mêlent difficilement aux devoirs parentaux. Les conséquences de ce laisser-aller ont des effets directs sur les enfants Walls, qui portent sur eux les responsabilités de leurs géniteurs. Visible sur la peau même de la jeune Jeannette Walls (Brie Larson), qui se brûle par inadvertance. Prise par la faim, elle est contrainte de se faire à manger seule, et est touchée par l’eau de cuisson. La scène a l’hôpital, qui suit cet épisode malheureux, donne un aperçu de la complexité de la relation père-fille qui se développe dans le reste du film. La famille débarque dans la chambre de la jeune fille, questionnée par l’assistante sociale et son docteur, telle une horde de loups, prête à libérer le louveteau et dévorer ceux qui l’en empêcheraient. Elle montre un père dont le talent est de créer un sourire d’un drame, mais est aussi incapable de prendre la mesure de l’acte et de porter quelconque responsabilité. Une certaine magie enveloppe néanmoins le personnage interprété par Woody Harrelson, qui croît à mesure que ce dernier dresse son plan de château de verre. Lieu de tous les possibles, autosuffisant et où chacun aura sa place et la liberté de créer.

 

Le Chateau de verreLe Chateau de verreLe Chateau de verreLe Chateau de verre

 

Véritable serpent de mer, il faut peu de temps avant de s’apercevoir qu’il relève plus d’une bouée de sauvetage que d’un rêve. Rex Walls, le père, s’y rattachera ainsi dès que les réalités du monde lui paraîtront trop difficiles à surmonter. Réalités qu’il s’efforce de ne pas voir, de ne pas affronter. Le château devient alors un sas dans lequel se reclure. L’ambition d’une vie sur les routes, loin des institutions, où l’école se résume à lire des contes et contempler les étoiles ne tient pas. Et le réalisateur nous le fait comprendre en basant son film sur l’utilisation de flashbacks. Le réel point de départ est finalement celui d’arrivé. L’âge adulte de Jeannette Walls, où cette dernière semble couper des racines familiales tenaces et est prête à se marier à un jeune banquier. Les parents Walls apparaissent alors grimés en SDF parcourant New York à la recherche de trésors, loin des grands espaces initiaux. Un monde semble alors opposer père et fille. Par un usage fin de retours en arrière et un jeu d’ellipses temporelles, un château de verre met alors en place le récit d’une femme cherchant à décrypter son héritage familial afin de trouver sa vraie place. Le passé de Jeannette Walls est composé d’épisode douloureux.

 

Dominé par la figure de Rex Walls qui alterne entre la figure de pionnier joyeux et poète à celui de monstre violent et autoritaire, rongé par l’alcoolisme. Woody Harrelson avait déjà prouvé par le passé sa capacité à cacher derrière une façade de bonhomie, une violence explosive (True Detective, Tueurs nés). Il réitère cette performance ici avec réussite. La caméra de Destin Daniel Cretton parvient à dépeindre la famille comme lieu de conflits, de création, de rêves et de cauchemars. La définition de la liberté qui se dessinait dans les paroles de Rex Walls au début gagne en gravité tout au long du film. Adressés à sa fille, ces mots prennent la forme d’une justification sur la vie chaotique imposée à cette dernière et les autres enfants Walls. La liberté est une excuse. L’enjeu est alors pour Jeannette de porter un regard lucide sur ce que ses parents ont été et sur qui elle est. Accepter un héritage fait de fausses promesses, mais aussi de fantaisies libératrices.

 

Thomas Danger

 

 

 

  • LE CHATEAU DE VERRE (The Glass Castle)
  • Sortie salles : 27 septembre 2017
  • Réalisation : Destin Daniel Cretton
  • Avec : Brie Larson, Woody Harrelson, Naomi Watts, Maw Greenfield, Josh Caras, Sarah Snook, Brigette Lundy-Paine, Ella Anderson…
  • Scénario : Destin Daniel Cretton, Andrew Lanham, Marti Noxon, d’après The Glass Castle de Jeannette Walls.
  • Production : Gil Netter, Ken Kao
  • Photographie : Brett Pawlak
  • Montage : Nat Sanders
  • Décors : Sharon Seymour
  • Costumes : Joy Cretton, Mirren Gordon-Crozier
  • Musique : Joel P. West
  • Distribution : Metropolitan FilmExport
  • Durée : 2h07
  • Site officiel du film

 

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