Synopsis : Mickey est ce qu’on appelle un « expendable », un employé jetable d’une expédition humaine envoyée pour coloniser la planète Niflheim. Après la mort d’une itération, un nouveau corps est à chaque fois régénéré, avec la plupart des souvenirs de Mickey.
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Mickey 17 signe le retour de Bong Joon-ho, six ans après le phénomène Parasite, lauréat de la Palme d’Or en 2019 et de quatre Oscars en 2020, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur. Pour son troisième long-métrage en langue anglaise, après Snowpiercer (2017) et Okja (2017), le réalisateur sud-coréen décide d’adapter le roman Mickey7 d’Edward Ashton, paru en 2022. Dans cette œuvre de science-fiction, il poursuit son exploration des thèmes de la condition humaine et de l’injustice sociale en proposant une réflexion sur la mort et la réincarnation. L’action, située dans un futur lointain, met en scène Mickey Barnes (Robert Pattinson), un jeune homme cherchant à fuir la Terre à tout prix. Cela le pousse à accepter la fonction d’un « expendable » pour une mission spatiale vers la planète glacée Niflheim. Ce rôle, banni depuis plusieurs années sur Terre pour des raisons éthiques, permet à ceux qui l’emploient de l’envoyer mourir à volonté ; son corps et son esprit étant sauvegardés pour être réimprimés à l’infini. Cet aspect philosophique est introduit par la rencontre de Mickey 17 avec sa 18ème itération. Dès les premières minutes, le film de Bong Joon ho se présente comme une comédie noire dans laquelle l’apathie pour la mort et la condition humaine sont mises en avant. Cela se manifeste aussi bien du point de vue de son ami Timo (Steven Yeun), venu récupérer l’arme qu’il avait sur lui plutôt que de le sauver, que des autres membres d’équipage qui le négligent et le considèrent comme une marchandise. L’intérêt du réalisateur est d’utiliser son personnage pour interroger notre humanité. Le fait que Mickey puisse être réincarné constamment le rend de fait moins humain que les autres. Ce propos est illustré dans la toute première partie du film, où un montage dynamique permet de vivre les différentes versions de Mickey et de constater une souffrance décomplexée qu’il subit. La mort d’un autre “humain” provoque d’ailleurs plus d’émotions au sein des passagers que ses différentes morts.
L’élément central du film est la performance de Robert Pattinson (The Batman, Tenet, The Lost City of Z). L’acteur réussit à incarner un Mickey 17 à la fois introverti et fataliste, rendant palpable l’épuisement et l’usure d’un personnage pris dans un cycle sans fin de souffrance. Cependant, Mickey 18, une version plus assurée et charismatique, semble vraiment marquer un tournant pour le personnage et l’intrigue, créant une tension intéressante entre les deux. La gestion de ce duo est particulièrement réussie. Les différentes itérations de Mickey permettent à Robert Pattinson de jouer sur des gestuelles et des tics de langage différents.
Le long métrage prend ensuite un tournant politique et social avec une satire grossière du capitalisme et de la politique. L’image de Mickey, telle une force ouvrière sacrifiée au service d’une société capitaliste, n’est pas nouvelle, mais elle est ici traitée avec cynisme et détachement. Le personnage de Kenneth Marshall, interprété par Mark Ruffalo (Pauvres Créatures, Dark Waters), est une caricature de politicien raté et démagogue, prêt à tout pour propager ses idées d’une « communauté pure ». Comme toujours, l’acteur se délecte dans ce rôle, incarnant à merveille cet homme désinhibé et cynique, parodiant à outrance des figures modernes de la politique (on pense immédiatement à Donald Trump).
Cependant, le film peine parfois à équilibrer ses ambitions et souffre d’un nombre trop important de sous-intrigues. Certaines scènes auraient mérité un traitement plus lent et réfléchi. Notamment dans la relation entre Mickey et ses doubles, un angle qui aurait pu enrichir l’histoire de manière plus poignante.
Ce n’est en pas le cas de la place des femmes dans le récit. Ces dernières sont d’ailleurs les seules à percevoir la véritable valeur de Mickey, et elles jouent un rôle clé dans la dénonciation de l’oppression systémique. Leur présence devient un contrepoint nécessaire à la vision déshumanisée proposée par les autres personnages masculins, représentés par l’homme politique, le scientifique et le chef religieux.
En dépit de quelques petites faiblesses, Mickey 17 reste ainsi une œuvre ambitieuse et visuellement captivante, portée par une performance marquante de Robert Pattinson et une mise en scène aboutie. Bong Joon-ho combine habilement science-fiction, comédie noire et satire sociale, tout en offrant une réflexion profonde sur la condition humaine, l’exploitation et la réincarnation.
Florian Rouaud
- MICKEY 17
- Sortie : depuis le 5 mars 2025
- Réalisation et Scénario : Bong Joon-ho
- Avec : Robert Pattinson, Steven Yeun, Mark Ruffalo, Naomi Ackie, Toni Collette, Michael Monroe, Patsy Ferran, Cameron Britton, Daniel Henshall, Steve Park, Tim Key, Holliday Grainger, Christian Patterson, Anamaria Vartolomei
- Production : Bong Joon-ho, Choi Doo-ho, Dede Gardner, Jeremy Kleiner
- Photographie : Darius Khondji
- Montage : Yang Jin-mo
- Décors : Fiona Crombie
- Costumes : Catherine George
- Musique : Jung Jae-il
- Distribution : Warner Bros.
- Durée : 2 h 19


