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[Copyright©ND – archive presse juin 2008] Braqueur de banque, kidnappeur, criminel, sociopathe, ennemi public n°1 ou héros encensé par les médias, Jacques Mesrine n’a pas fini de faire parler de lui. Un biopic, scindé en deux longs métrages, retrace le parcours de cet homme aux mille visages, incarné par Vincent Cassel. Rencontre avec le scénariste, Abdel Raouf Dafri.

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Initiée par le producteur Thomas Langmann, l’idée d’adapter à l’écran la vie de Jacques Mesrine court depuis six ans. À l’origine, Guillaume Laurant, scénariste d’Amélie Poulain, devait écrire le scénario et Barbet Schroeder le réaliser. Mais le film présentait Jacques Mesrine comme un héros et faisait l’apologie de sa violence. Cet aspect n’intéressait pas Vincent Cassel, déjà pressenti pour le rôle, qui s’était retiré. Le projet resta en sommeil.

Abdel Raouf DafriAbdel Raouf Dafri est à l’époque un scénariste débutant au talent prometteur. Il a grandi dans les banlieues du Nord de la France et connaît bien l’esprit criminel, les voyous et les délinquants. Il n’avait encore rien prouvé. Il était en réflexion sur sa série La Commune (Canal+) mais c’est surtout le scénario Le Prophète, coécrit avec Nicolas Peufaillit, lu par Thomas Langmann et cautionné par Jacques Audiard, qui lui a donné une crédibilité dans la profession. Le projet Mesrine était alors une véritable opportunité et Dafri s’est impliqué à 100%. Une réunion a eu lieu plus tard avec le producteur, Vincent Cassel, le cinéaste Jean-François Richet (pressenti après la sortie de son film Assaut sur le Central 13, remake de John Carpenter) et Abdel Raouf Dafri. « Je n’avais encore rien écrit et j’avais très peu lu sur le personnage lorsque j’ai donné ma vision du film. Mais nous étions tous d’accord. Jacques Mesrine était un homme qui aurait pu avoir une belle vie, mais qui a préféré se forger un destin ». Ce projet de 45 millions d’euros est donc ressorti.

Dès le départ, Thomas Langmann voulait faire deux films car artistiquement, c’est plus intéressant. Aujourd’hui, les salles diffusent de moins en moins de films de 3 heures qui font perdre des séances. Ce biopic est donc scindé en deux longs métrages qui ne se définissent pas comme deux parties à suivre de manière chronologique. « Lorsque le premier film a été écrit, la question s’est tout de suite posée sur la pertinence du second », raconte Abdel Raouf Dafri. « C’est comme Kill Bill, les deux films sont très différents. Et nous avons eu de la chance car Mesrine n’est pas le même lorsqu’il revient du Canada. Dans le premier, c’est un jeune homme qui devient un homme et dans le deuxième, c’est un homme qui devient un personnage ».

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Deux films et des scoops

L’instinct de mort est la première adaptation cinématographique. Thomas Langmann a obtenu les droits auprès de la fille, Sabrina Mesrine. Frédérique Lo Ré, de La Petite Reine, a fourni une source d’informations très riche : le roman, les archives de presse de 1973 à 79, les livres de Sylvia Jeanjacquot et de Jeanne Schneider…

Vincent Cassel est Jacques MesrineDafri a vu et lu tout ce qui existait sur Mesrine pour savoir à qui il avait à faire. Ces deux films ont plusieurs particularités : ils divulguent des scoops qui n’ont pas été dits en presse. Tout a été vérifié et confirmé afin d’éviter d’être poursuivis en diffamation. Les témoins proches de Mesrine (gardiens de prison, policiers, personnes qui ont travaillé directement avec lui et certains de ses complices) ont été interviewés. Des révélations sont faites aussi sur les conditions de son évasion de la prison de la Santé. « À l’époque, il y a eu beaucoup de supputations et de corruption autour de cette affaire ».

Vincent Cassel a subi des transformations physiques. Mesrine changeait souvent de visage et en jouait pour ne pas être reconnu. Des citations extraites de son livre, d’articles et d’interviews sont reprises dans le scénario comme entre autres : « Ennemi public, ça ne veut rien dire. Je ne suis pas l’ennemi du public, je suis l’ennemi d’un service public : les banques. Et quand je vole les banques, j’ai l’impression de voler plus voleur que moi ». « Mesrine était un communicant », explique Abdel Raouf Dafri. « C’est entre guillemets le bon sens démago populaire français. Après sa mort, lors de la conférence de presse, le préfet aurait dit de lui : « Mesrine est un voyou qui avait le sens du marketing ». L’interview de Paris Match avec la séance photo faite par la journaliste passionnée de faits divers, Isabelle de Wangen, est également mise en scène.

Ces deux longs-métrages prometteurs au casting d’envergure (Cassel, Depardieu, C. de France, Le Bihan, Amalric, G. Wilson, Sagnier, Gourmet…), tournés en France et au Canada, sont le résultat d’un réel travail d’équipe et de recherche.

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L’instinct de mort

Le film démarre à la fin de la guerre d’Algérie et se termine au Canada quand Mesrine devient l’ennemi public n°1. On assiste à la constitution du personnage au travers des femmes qu’il rencontre : Sarah, la prostituée dont il est fou amoureux et pour laquelle il va tuer. Sofia, son épouse espagnole avec laquelle il aura des enfants. Et Jeanne Schneider (Cécile de France), qui fut sa campagne de sexe et d’action et la confidente qu’il a immensément aimée.

Le scénario a été écrit en 75 jours, une véritable performance. Il est basé essentiellement sur le livre, sur les archives canadiennes grâce auxquelles ils ont pu retracer son parcours et sur le témoignage de Jeanne Schneider. « L’instinct de mort a été publié grâce à elle », révèle Abdel Raouf Dafri. « En France, à l’époque, les femmes n’étaient pas encore fouillées au corps. Pendant les visites, elle glissait dans ses bas les pages qu’il griffonnait. Et le livre est sorti comme cela de la prison.

Mais je me suis affranchi sur l’adaptation du livre. Mesrine se vante d’exploits qu’il n’a pas faits. C’est le syndrome du gangster : il dit qu’il pêche une baleine alors qu’il pêche un requin. Au Canada, Mesrine commençait à faire parler de lui en kidnappant le millionnaire George Deslauriers ».

Abdel Raouf Dafri voulait avoir une vraie réflexion sur la société française et sur la part humaine du personnage. Toute l’esbroufe autour ne l’intéressait pas. « Mesrine braquait des banques ! Vous n’allez pas faire deux films de 2 heures uniquement pour voir un mec entrer dans une banque avec un flingue à la main ! ». Il a préféré saisir la complexité du personnage et être embarqué avec lui. Les péripéties sont présentes dans L’instinct de mort, mais quel est le propos de fond ? Un homme qui a été aimé ; il a eu des femmes, des enfants. Toutes les personnes qui l’ont rencontré disent encore aujourd’hui qu’il était formidable.

Jeanne Schneider a transmis à Dafri toute la correspondance qu’ils ont échangée pendant deux ans en 1973, alors qu’il était en prison. « Une pile de lettres d’amour hallucinantes, émouvantes avec des dessins de fleurs, de nuages, de campagnes un peu naïfs mais qui ne le sont pas dans le contexte dans lequel il se trouvait. Et je me suis demandé, mais qui est cet homme ? On nous vend un flingueur et je me retrouve face à un autre homme. Vincent Cassel joue parfaitement les différentes facettes. Il peut passer du type le plus adorable, le plus affectueux et le plus séduisant au type le plus violent ».

Dafri précise que Mesrine n’est pas un psychopathe mais un sociopathe. Le psychopathe tue pour le plaisir de tuer. Le sociopathe refuse les règles de la société. Il sait où est le bien et le mal mais il s’en moque. « Ce qui intéresse Mesrine, c’est sa conception personnelle de ce qui est bien et mal. Et il le revendique : « Je ne suis pas une victime de la société, je suis un professionnel du crime ». Ce type fait sourire, mais il le croit vraiment et le mentionne dans L’instinct de mort : « J’ai découvert que j’étais doué pour faire des braquages, donc je braque. Si j’avais découvert que j’étais doué pour la peinture, je serais peintre ». »

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L’ennemi public n°1

Le second scénario fut plus long à écrire. Le problème ne provenait pas de la structure, mais plutôt du parti pris. Le personnage perd tout contrôle sur lui-même. Mesrine a pris du poids, il est beaucoup plus sombre, plus dur, borderline, antipathique, arrogant car les journalistes l’encensent, notamment depuis son évasion de la prison de la Santé. « Toutes les décisions les plus folles qu’il prenait lui sauvaient la mise. Cette période de 1973 à 79 est une farce permanente. Mesrine était médiatisé et Paris était devenu son parc d’attractions.

L'ennemi public n°1Il y a une part de fascination/répulsion dans son comportement. Il fallait extraire le mensonge, la part de spectacle qu’il donnait aux médias comme l’interview de Paris Match. Vincent Cassel voulait saisir toutes ces zones d’ombres et ces ambiguïtés. Mesrine était lucide sur lui-même. Il ne se voyait pas comme un héros. Il l’a déclaré et il l’a écrit : « il n’y a pas de héros dans la criminalité ! » Et dans son livre, lui-même ne s’épargne pas ».

Le reflet politique est aussi en filigrane tout au long du film. Mesrine s’empare de la tribune que les médias lui donnent pour pointer les QHS (Quartiers de Haute Sécurité). « Les prisons représentent une violence de l’état de droit », explique Abdel Raouf Dafri. « Mesrine ne nie pas et n’est pas contre leur existence. Il était bien traité. Il avait deux cellules : son bureau et là où il dormait. Il était connu et son livre avait été un best-seller. Mesrine avait choisi de se battre pour les prisonniers qui, eux, étaient des victimes de la société et se rebellaient contre le système ».

La scène de l’assassinat Porte de Clignancourt, le 2 novembre 1979 par la brigade antigang a été tournée en deux jours un 15 août. « L’émotion a été intense, lorsque Sylvia Jeanjacquot (Ludivine Sagnier) est tirée de la voiture et se met à hurler. Un silence « de mort » a régné. Jean-François Richet a dit « Coupez ». Et les techniciens ont investi le plateau. Mais la foule autour continuait de regarder, silencieuse, saisie par l’action… Il n’y a pas à polémiquer sur l’assassinat, c’est un fait.

Mesrine a été condamné à mort sans avoir été jugé dans un état de droit qui se dit respectueux des droits de l’homme. En l’assassinant de cette manière, il prouve qu’il avait raison. Sa violence a lui est artisanale mais celle de l’état est orchestrée, préméditée, froide et calculatrice. Nous, ce que nous faisons, c’est du cinéma, on recrée une réalité en essayant d’être le plus précis et le plus honnête possible. Quand on regarde les images d’archives de l’époque après sa mort, les personnes interviewées disent qu’il n’avait aucune chance. Le public n’aime pas les gangsters mais quand la police emploie les mêmes méthodes que les gangsters, il peut légitimement se demander de quel côté est le bon droit… ».

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Biographie ABD

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