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[Copyright©ND – archive presse mars 2009] Depuis quelques mois, un nouveau format a investi nos écrans télévisuels : le 14/9. François Ede, réalisateur, chef opérateur et restaurateur de films pointe du doigt les méfaits et les dangers de ce format qui n’a jamais existé au cinéma.

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Membre du conservatoire des techniques cinématographiques et de la cinémathèque française, François Ede est un des professionnels qui aime le cinéma dans sa nature la plus pure. Il a d’abord été directeur de la photographie sur quatre longs-métrages de Raoul Ruiz avec lequel il a écrit le scénario des Trois couronnes du matelot. Il a réalisé plusieurs documentaires d’actualité et sur les œuvres des artistes de cinéma : Charlie Chaplin, Jacques Tati, Henri Cartier-Bresson et Willie Ronis. Il a également publié deux ouvrages consacrés à Jacques Tati aux Éditions Cahiers du Cinéma.

François EdeEn parallèle de son métier, il contribue à la sauvegarde du patrimoine cinématographique et soutient son développement en se chargeant de la restauration de films qu’il exerce en indépendant : Jour de fête et Playtime de Jacques Tati, Yoyo de Pierre Etaix et Lola Montès de René Clément, diffusé dernièrement au Festival de Cannes dans la section Cannes Classics et qui est ressorti au cinéma.

Chaque film de répertoire est un cas particulier lorsqu’il se lance dans le long processus de la restauration au niveau image et son. Un travail d’archéologue qui peut s’étendre sur plusieurs années et qui demande beaucoup de recherches, de moyens et de connaissances : « Les classiques du cinéma, dont les muets, ont forcément des imperfections » explique François Ede « On ne peut pas faire une restauration flambant neuve. Il faut respecter la patine du temps. Ces vieux films traînent les cicatrices de leur histoire. Les premiers films parlants ne sont plus vus dans leur format d’origine et d’autres ne peuvent même pas être restaurés car ils ont été dupliqués et mal dupliqués ».

Conspué à sa sortie en 1955, Lola Montès notamment a subi bon nombre de mutilations par les producteurs qui ont détourné les intentions de départ du réalisateur : raccourci et remonté à plusieurs reprises en modifiant format, couleurs, langues et bande-son, amputé de ses flash-back en racontant l’histoire de manière chronologique accompagnée d’une voix off et de dialogues réenregistrés, ce film est d’autant plus à voir ou à revoir dans sa version d’origine.

Depuis ses débuts, le cinéma a évolué avec différents formats de pellicules ; en premier lieu, un format presque carré (1,33) pour les films muets tels que ceux de Chaplin ou de Méliès. Les premiers films sonores proposèrent un ratio de 1,25 afin de pouvoir intégrer la bande son. Ce n’est que vers les années 1940 que les films de cinéma ont pu être tournés au ratio 1,37. La télévision l’a repris en l’adaptant légèrement au format 4/3. Mais sa popularité aux Etats-Unis poussa l’industrie du cinéma à faire preuve d’innovation pour éviter la baisse de fréquentation dans les salles en proposant des formats panoramiques tel que le cinémascope d’origine, crée par la Fox (2,55).

Aujourd’hui, les normes sont le 1,77 (écrans télévisuels 16/9), 1,66 (Europe, France), 1,85 (USA) et 2,35 (cinémascope actuel) ; ils représentent l’essentiel de la production cinématographique.

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Création et incidence du format 14/9

L’œuvre restaurée et diffusée sur grand écran reprend donc corps devant un public amateur et se destine également à la nouvelle génération, passionnée de cinéma. Malheureusement, le format de projection qui correspond aux choix artistiques des réalisateurs n’est pas forcément adopté en télévision, voire même en DVD. Un mal qui s’aggrave avec l’apparition récente du format 14/9, créé à l’origine pour la publicité : « Lorsque les téléspectateurs regardent les publicités sur leur poste 16/9, précise François Ede, l’image 4/3 est légèrement moins haute et étirée en largeur pour se rapprocher du 16/9 et remplir la largeur de l’écran. Ce format est un compromis pour ne pas couper le texte en bas des messages publicitaires.

Cette pratique douteuse s’est étendue maintenant à la diffusion des longs-métrages ». Paris brûle-t-il, diffusé en 14/9 en septembre 2008 sur France 3, a donc été l’élément déclencheur de la lettre ouverte de François Ede. Pour lui, il est essentiel de sensibiliser tous les professionnels de l’audiovisuel. En effet, aucune information n’a été transmise et chacun s’est retrouvé devant le fait accompli. Résultat : Sa diffusion a dénaturé la mise en scène initiale.

Les industries techniques telles que la FICAM et la CST (Commission supérieure technique) qui ont pour vocation de faire des expertises qui dépendent du CNC, ont rédigé une recommandation visant à laisser l’initiative aux diffuseurs de recadrer les films : « Cette recommandation, qui n’est pas une norme, a été écrite dans un coin entre quelques bureaucrates. Aucun professionnel n’a été consulté. Le 14/9 est une règle qui aurait dû s’appliquer uniquement pour les écrans publicitaires et non pour les films de cinéma. Elle est complètement dérogatoire car les films en scope et en 1,85 peuvent être recadrés au bon vouloir des diffuseurs.

Jusqu’à présent, les chaînes publiques respectaient peu ou prou le format alors que les chaînes privées taillaient allègrement. Elles passaient par exemple le début d’un film en cinémascope, au format scope pour laisser le téléspectateur lire le générique du début, puis recadraient en 4/3 ». Même si le recadrage en 16/9 ne dénature pas complètement l’œuvre du réalisateur en 2,35, il provoque à fortiori une perte de 30 % de l’image. De plus, lorsque les chaînes publiques diffusent ces mêmes films en 4/3 pour une diffusion en télévision, ils utilisent le procédé pan&scan, qui consiste à les recadrer avec de faux mouvements de caméra pour passer d’un visage à un autre, remplaçant gauchement le plan fixe du format originel. L’opération pulvérise alors l’œuvre du réalisateur.

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President de Lionel Delplanque 2,35

Président de Lionel Delplanque - Format originel cinémascope 2,35

President de Lionel Deplanque 1,77

Président en 16/9 (format 1,77) - Photogramme tronqué

Président en 4/3 (format 1,33) - photogramme tronqué

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Dans un texte concernant « La nouvelle ambition du service public (réforme des cahiers des charges) », la SACD donne en exemple le métrage Président de Lionel Delplanque et ajoute après illustration, que lorsque Claude Rich se recule très légèrement sur son siège, il disparaît complètement du cadre et devient alors une voix off.

La SACD s’interroge : les formats originels sont parfaitement respectés sur les DVD et sur les chaînes payantes de cinéma, avec les spectateurs au rendez-vous. Pourquoi n’est-ce pas le cas sur les chaînes hertziennes et en particulier sur le service public ? « Ce qui risque de se passer, c’est que les gros propriétaires de catalogues ressortent des versions remasterisées en 14/9 ou en 16/9 pour que les films s’intègrent dans les lucarnes télévisuelles », ajoute François Ede. Le danger est là : voir des films totalement dénaturés dans quelques années. La projection cinématographique va devenir de plus en plus numérique. Les majors hollywoodiennes l’utilisent de plus en plus, ce qui leur permet de mieux protéger les films du piratage. C’est un de leurs arguments principaux. On verra donc de moins en moins de projections avec ce support photochimique. L’image numérique peut être manipulée n’importe comment à la télévision. Ces masters ne respecteront ni le format, ni l’image, ni le son, ni la couleur. Un film de répertoire restauré et remasterisé avec le son stéréophonique 5.1 en DVD, ce n’est pas non plus respecter le format d’origine. « Ce qui me choque très souvent, poursuit François Ede, ce sont les documentaires d’actualité comme la première et seconde guerres mondiales. La plupart du temps, ils sont recadrés en 16/9 dénaturant le format d’origine (4/3, 1,33 ou 1,37). J’avais arrêté une projection de Jour de fête qu’ils avaient recadré en 1,66. Tati était coupé au ras du képi. Des films sont massacrés par les exploitants ou les projectionnistes car ils n’ont pas le matériel pour projeter la fenêtre ou le bon objectif ».

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Commission d’étude à venir ?

Par ailleurs, les éditeurs de DVD indépendants posent un autre problème. Dans un article sur le site DVDrama, le réalisateur Pascal Laugier dénonce la mauvaise réédition du DVD Full Circle de Richard Loncraine, sorti en 1978 en 2,35, conçue par l’éditeur PVB qui annonce le film au format d’origine 1,77 respecté. Le cinéaste poursuit que PVB « disposant d’un vieux master 4/3, tient tout de même à sortir le film en 16/9, donc recadre au format 1,77 et pan&scan. Puis zoomboxe dans l’image, ce qui la rend totalement floue et coupe de l’information en haut et en bas ; donc plus aucun plan large, uniquement des plans moyens et serrés. L’image, étrangement anamorphosée, a pour effet d’étirer en écrasant les visages des acteurs. La version française proposée n’est pas non plus le doublage d’origine, mais une post-synchro refaite des années auparavant ». Résultat : 50 % d’image en moins pour visionner ce film réédité en Zone 2 français, première édition au monde.

Soutenu par l’AFC, la Fondation Groupama Gan, la SACD et la presse, l’objectif de François Ede est d’organiser une commission d’étude avec les interlocuteurs les plus aptes à défendre les droits d’auteurs et le droit moral (SRF, réalisateurs, ayants droits, chefs opérateurs, CST, AFC, SACD…) pour sauvegarder, protéger et respecter le patrimoine cinématographique en diffusant enfin les films correctement.

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