Jeannie, 15 ans, fugue pour rejoindre un groupe de jeunes gens rassemblés autour d’idéaux alternatifs tels que la folk music, la libération sexuelle et les drogues douces. Lorsque son père, Larry (lui-même en pleine crise de la quarantaine), part retrouver sa trace à travers Manhattan, il découvre toute une population déviante et fait l’expérience de nouveaux mondes, de nouveaux lieux, et intègre un important réseau associatif de parents à la recherche de leurs enfants disparus…

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Depuis le 14 juillet 2010, le cinéma Le Champo avec Carlotta Distribution ressort sur ses écrans Taking Off, le premier long-métrage américain du cinéaste d’origine tchèque Milos Forman, gratifié du Grand Prix du Jury au Festival de Cannes en 1971 (ex-aequo avec Johnny s’en va-t-en guerre de Dalton Trumbo). Lors de sa sortie dans les salles vers la fin du mouvement Flower Power, Taking Off a reçu un accueil mitigé de la part du public américain. Le scénario, coécrit avec John Gare, John Klein et surtout Jean-Claude Carrière – scénariste sur plusieurs films de Milos Forman (ValmontLes fantômes de Goya), de Luis Bunuel (Le charme discret de la bourgeoisie…), de Pierre Etaix (Yoyo…) et de Jacques Deray (La piscineBorsalino…) – fut rejeté par les studios Paramount, pour être finalement produit et distribué par Universal qui, à l’époque était en phase de changement de politique sur les productions indépendantes, réalisées pour moins d’un milion de dollars, suite au succès d’Easy Rider. Résultat, le père de Vol au-dessus d’un nid de coucou, Hair, Larry Flynt ou encore Amadeus, livre là une véritable satire contemplative sur la société américaine et plonge le spectateur en plein cœur du conflit générationnel parent/enfant. Trente ans plus tard, Taking Off est un récit jubilatoire, sur la classe moyenne bourgeoise, aux antipodes des portraits dramatiques qui relatent la disparition d’un enfant. Plus qu’un teen movie, Forman tire le portrait parental de Larry Tyne (Buck Henry) – en pleine crise de la quarantaine – et de Lynn Tyne (Lynn Carlin) – un modèle d’épouse et de mère de famille – en pleine prise de conscience des changements politico-socio-culturels de l’Amérique borderline, avec la fugue de Jeannie comme point d’ancrage. Forman brise ainsi cet individualisme maniaco-dépressif dans lequel chacun s’était réfugié au profit d’un nouvel éveil délirant, décalé et plein d’humour.

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Le récit narratif prend le contrepied de tous les clichés, avec des répliques et des situations inattendues qui s’entrecroisent. Idem pour la caractérisation des personnages, où la force et la prise de responsabilité sont attribuées au père plutôt qu’à la mère, devenue elle brutalement, une jeune fille fragile en perte de repères : ceux qui doivent grandir ne sont pas forcément les adolescents…Forman et Carrière vont pourtant les libérer de ce carcan étriqué des bonnes règles de la société et leur faire découvrir le joyeux mixe alcool et drogue. Dès l’ouverture du film, le cinéaste oppose, dans un montage parallèle, l’univers artistique et lyrique de la Flower Génération à celui des adultes (voire des parents), conservateur et bloqué dans un temps révolu et ce, tout au long du film afin de rendre compte de ce décalage. Forman offre ainsi plusieurs scènes d’anthologie, dont la plus mémorable réunit les parents de l’association à la recherche de leurs enfants fugueurs, en tenues de soirée et smokings nœuds paps, pour une expérience extraordinaire : comment fumer la marijuana dans les règles de l’art et ainsi mieux appréhender les problèmes de son enfant face à la drogue. Forman nous propose un cours magistral donné par l’acteur italo-américain Vincent Schiavelli, présent dans la plupart des films du cinéaste (voir l’extrait ci-dessous).

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Le cinéaste offre également un casting anonyme de choix avec Lynn Corlin (Faces), Buck Henry (acteur et scénariste de Le Lauréat), la jeune Linnea Heacock quasi silencieuse, Paul Benedict (La Famille Adams), l’apparition de Kathy Bates en chanteuse hippie alors âgée de 22 ans et cerise sur le gâteau la présence de Tina Turner dans son propre rôle. Premier de la longue lignée de chefs d’œuvres, Taking Off plante le drapeau de la nouvelle vague du cinéma indépendant et dresse l’étendard de la brillante carrière de Milos Forman, qui aborde la thématique principale de sa filmographie : « la soif de liberté individuelle, étouffée par les tendances conservatrices des structures collectives, familiales ou sociales ». Son film suivant Vol au-dessus d’un nid de coucou avec Jack Nicholson, récompensé de 5 Oscars, fera à nouveau sauter les verrous, cette fois dans le milieu psychiatrique, avec l’institut tenu par Miss Ratched, une infirmière en chef, procédurière et sadique.

 

 

Réactualisé : Sortie DVD et Blu-ray de ‘Taking Off‘ (1971) de Milos Forman depuis le 23 mars chez Carlotta, avec en suppléments, la préface de Luc Lagier (6mn) et deux documentaires Avant Taking Off : Milos Forman en route pour l’Amérique (30mn) et Deux Européens à New-York (16 mn) avec Jean-Claude Carrière.

 

 

Extrait de Taking Off
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Extrait ‘Comment fumer un joint ?’

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