À la fin des années 60, Howard Marks quitte son Pays de Galles natal pour la prestigieuse université d’Oxford, où il découvre les plaisirs des soirées psychédéliques. Pour rendre service, il s’improvise passeur de marijuana. Il y prend goût. S’appuyant sur ses amitiés dans les services secrets et avec un chef de l’IRA, il développe un réseau de transport de cannabis entre le Pakistan et Londres. Il se retrouve bientôt à la tête du plus grand trafic de marijuana d’Europe. Howard Marks se fait alors appeler MR. NICE : un contrebandier non violent et plein d’humour, qui deviendra une figure de la contre-culture britannique.

 

♥♥♥

 

L’adaptation à l’écran de la vie d’Howard Marks, tirée de son autobiographie (disponible chez Mama Editions), par le cinéaste de Paperhouse et de Candyman, est à l’image de ce personnage emblématique à la silhouette filiforme. Bernard Rose signe un biopic à la nonchalance heureuse. Mais dans le bon sens du terme. Le choix de Rhys Ifans pour incarner ce héros de la contre-culture britannique sonne comme une évidence. L’acteur gallois – révélé dans Coup de Foudre à Notting Hill -, fan depuis longtemps de Marks, s’approprie le rôle à merveille, tant physiquement que par son jeu et ce, de la première à la dernière taffe de cannabis. Le film s’ouvre sur une scène théâtrale et l’on découvre Howard Marks, de dos micro en main, qui raconte son histoire via son one-man show avant de demander à l’assemblée s’il y a des policiers en civil dans la salle. La question reste en suspens et fait la transition sur la séquence suivante qui démarre le récit dans un flash-back s’étirant pendant toute la durée du métrage. De l’écolier naïf souffre douleur, filmé en noir et blanc, en passant par l’étudiant diplômé d’Oxford jusqu’à l’âge adulte, Rhys Ifans incarne ce contrebandier non violent, qui parvint à la tête du plus grand trafic de marijuana en Angleterre et aux Etats-Unis dans les années 70.

 

 

A la différence des portraits cinématographiques de dealers de stupéfiants déjà réalisés tel Blow, avec Johnny Depp et Penelope Cruz, Bernard Rose évite ici tout sensationnalisme et transpose de manière linéaire et chronologique l’ascension de Mr. Nice, qui est toujours resté dans le commerce des drogues douces. Les personnages évoluent dans un décor vintage – presque cheap – des années 70, qui apporte un cachet naturel, avec certaines images d’époque dans lesquelles notre protagoniste est numériquement inséré.
Le réalisateur dresse le portrait d’un homme, devenu agent du MI6 à Oxford multipliant les identités, en relation avec l’IRA – via David Thewlis (Kingdom of Heaven) en trafiquant d’armes – et les dealers afghans, accro à la drogue et à l’argent, qui profita d’une société libertaire et permissive pour devenir en quelques années l’un des « barons de la drogue les plus sophistiqués ».

 

Si le parti pris de Bernard Rose n’est pas dans la surenchère de la réussite, conservant une certaine homogénéité humble quant aux signes extérieurs de richesse, le scénario pêche par son manque d’intrigues parmi toutes ces situations riches en péripéties qui caractérisent pourtant le personnage : le trafic, l’espionnage, la vie de famille nombreuse avec son épouse, incarnée par Chloë Sevigny (Brown Bunny) ici relativement effacée. Cependant, Bernard Rose donne un ton cool et souvent drôle à son film sans prétention en suivant cet homme, dont l’allure et le background ne le prédisposaient pas à cette hallucinante carrière. Traqué par toutes les polices du monde, il échappa pourtant longtemps à ses poursuivants pour finalement être condamné à 25 ans de prison et incarcéré pendant 7 ans. Aujourd’hui, Howard Marks milite toujours pour la légalisation du haschich et demeure encore interdit de séjour aux États-Unis, en Australie et en Chine.

 

 

 

‘Mr Nice’ de Bernard Rose, en salles le 13 avril avec Rhys Ifans, Chloë Sevigny, David Thewlis, Crispin Glover. Scénario : Bernard Rose, d’après l’autobiographie de Howard Marks. Distribution : UFO Distribution.

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