Un officier de l’armée américaine et pilote d’hélicoptère se réveille dans le corps d’un autre homme, avec pour mission trouver une bombe à l’intérieur d’un train à Chicago. Il est forcé de revivre sans cesse les 8 dernières minutes de sa vie avant l’explosion jusqu’à trouver le moyen de la désamorcer.

 

♥♥♥♥

 

Duncan Jones est le réalisateur qu’on ne veut pas rater depuis son premier petit bijou SF réalisé, Moon (lire notre critique), sorti dans un direct-to-video incompréhensible en France, malgré un BAFTA du meilleur premier film et les bonnes critiques à Sundance, présenté en première mondiale, et à Gerardmer où il a reçu le prix du jury et de la critique. Aujourd’hui, le fils de David Bowie fait son retour avec Source Code, un thriller psychologique de science-fiction tout aussi efficace et intelligent, qui soulève la thématique du voyage dans le temps et des réalités alternatives. Si le film est une résonance à Moon dans l’idée de la surexploitation et des expériences menées non plus sur des clones mais sur des soldats, Duncan Jones et son scénariste Ben Ripley lui octroient une nervosité et une tension beaucoup plus soutenues.

 

A l’instar de son premier film, Source Code – bénéficiant d’un budget certes plus important – évite la vitrine tape-à-l’œil des effets spéciaux et s’adresse à l’intellect. Le cinéaste mêle physique quantique, théorie du battement d’aile du papillon – renvoyant à son confrère L’effet papillon -, légitimité des expériences de l’armée – rappelant L’Echelle de Jacob -, l’identité, l’humanité et l’amour, principal moteur de tout individu réel, virtuel ou imaginaire. Il confirme ici sa pleine maîtrise du langage visuel de la science-fiction, manipulant avec habileté, répétitions d’une même épreuve dans un temps limité, montage nerveux, couleurs désaturées dans les tons bleu-gris-vert, cadrages serrés et plans larges, sens de l’intime et du spectaculaire. Le tout grandement mené par un trio d’acteurs choisi sur mesure, Jake Gyllenhaal (qui effectue son second voyage dans le temps après Donnie Darko), Michelle Monaghan et Vera Farmiga.

 

 

Si le scénario montre des signes de faiblesse dans les premières séquences de répétitions avec des ficelles visibles et trop accentuées qui posent les bases de la mission de notre pilote d’hélicoptère Colter Stevens, Source Code s’échappe néanmoins très vite de ce cercle infernal et bascule vers un récit bien ficelé et plus complexe. Jones sait jouer avec le potentiel cinématographique qui donne le pouvoir de modifier le passé certifié immuable. Il explore ainsi la psychologie et l’inconscient de ce personnage – enfermé dans sa nacelle expérimentale – en quête de son identité et de son passé, pour reconstruire le puzzle et sauver les voyageurs contre la volonté d’un gouvernement souhaitant éviter toute action superflue pour anticiper un attentat terroriste. Entre servir son pays, accepter la fatalité tel un super héros ou changer l’avenir, le destin de cet homme semble paradoxalement tout ‘tracé’.

 

Jones manipule habilement ces univers parallèles avec ces répétitions pour résoudre les énigmes et la dimension romance entre Jake Gyllenhaal et Michelle Monaghan, qui parvient parfaitement de manière linéaire à rejouer plusieurs fois la même scène, s’intègre sans mal à l’action menée tambour battant dans l’espace exigu du train. Cependant, Vera Farmiga s’empare haut la main du rôle le plus difficile et complexe, confinée dans un espace de la salle de contrôle encore plus restreint que celui du train. Par écran interposé, cette capitaine de l’US Air Force – qui représente le guide du personnage entre les deux mondes – joue constamment la nuance entre sa fonction et ses sentiments personnels.

 

 

Le cinéaste de 29 ans – un des héritiers de Philip K. Dick – pousse au-delà sa théorie du code source, selon laquelle tout individu possède une mémoire à court terme, qui peut être développée dans une réalité alternative et interagir avec l’environnement dans un cycle de 8 minutes, mais comme un souvenir ou un événement passé, ne peut influer sur l’avenir. A l’arrivée, si Source Code évoque à la fois Matrix, Inception, Un jour sans fin, Minority report ainsi que les films cités plus haut, Jones se réapproprie les genres pour en faire une œuvre originale, brillante et réjouissante, à part entière.

 

 

‘Source Code’ de Duncan Jones, en salles le 20 avril, avec Jake Gyllenhaal, Michelle Monaghan, Vera Farmiga, sur un scénario de Ben Ripley. Production : Philippe Rousselet, Mark Gordon, Jordan Wynn. Distribution : SND. Durée : 1h33.
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