Super 8 : critique

Publié par Nathalie Dassa le 6 juillet 2011

Eté 1979, une petite ville de l’Ohio. Alors qu’ils tournent un film en super 8, un groupe d’adolescents est témoin d’une spectaculaire catastrophe ferroviaire. Ils ne tardent pas à comprendre qu’il ne s’agit pas d’un accident. Peu après, des disparitions étonnantes et des événements inexplicables se produisent en ville, et la police tente de découvrir la vérité… Une vérité qu’aucun d’entre eux n’aurait pu imaginer.

 

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Le thriller de science-fiction de J.J Abrams est un hommage affectueux au cinéma américain des années 70/80 et en particulier aux films de Steven Spielberg, qui a balisé la route pour tous ses héritiers en tant que pionnier du genre. Mais pas seulement. Super 8 est également une belle et douce mise en abyme avec l’histoire et la fabrication du film de zombies des enfants. J.J. Abrams fait une place d’honneur à la caméra Super 8 lancée par Kodak en 1965 et qui a révolutionné le cinéma, aux teen movies, à George Romero, aux bricoleurs-amateurs, à tous les faiseurs de rêves made in USA qui ont bercé la jeunesse d’une génération et même au walkman puisque le film se déroule en 1979, date de son lancement par Sony. Il a fallu le roi du buzz – né en 1966 et biberonné aux films de Spielberg, Cameron et Scott -, avec son imagination fertile et ses ambitions démesurées, pour raviver sur grand écran la flamme – qui ne s’était pourtant jamais éteinte – des trentenaires et quadragénaires nostalgiques. Et à cela, s’adjoindre les services et les encouragements du maître – attaché à la production – sans en copier la signature, le résultat est probant et satisfaisant. Car si le film reproduit l’héritage culturel de l’institution créée par papa Steven, dans les personnages, la narration et les thèmes tels l’éveil des premières amours et le passage à l’âge adulte, Abrams a su injecter sa part intrinsèque de… mystère, véritable marque de fabrique. Bien qu’il dirige son troisième long-métrage en tant que réalisateur après M:i:III et Star Trek, il signe ici son premier scénario original. Le récit suit six adolescents, véritables petits amateurs de cinéma, qui bricolent leur premier film de zombies en super 8 pour le présenter dans un festival local. Alors qu’ils tournent de nuit une scène d’adieux dans une gare, ils se trouvent au centre d’une catastrophe ferroviaire et vont être confrontés à quelque chose qu’ils n’auraient jamais dû voir, immortalisé sur la bobine de la caméra qui continue de tourner. Des évènements étranges et des disparitions vont alors perturber l’ordre des choses dans leur petite ville industrielle paisible de l’Ohio et faire grandir tant les enfants que les parents.

 

 

A l’instar de Rencontre du Troisième Type, E.T, Les Goonies, Poltergeist ou encore War Games, Abrams se réapproprie et manipule habilement – et de manière presque innée – tous les ingrédients de l’innocence de certains blockbusters Amblin ressuscitant le cinéma familial, optimiste et sentimental, à l’image des valeurs établies par Spielberg de la fin des années 70 au début des années 80. On retrouve les couleurs et le grain de l’image typiques et bluffants des films de l’époque, le jeu d’éclairage et du clignotement des phares, des néons, des voyants d’alertes, cette effervescence et ce bruit incessants des enfants en famille, des enfants qui circulent à vélo, une grande sœur sexy, des visages ébahis, des parents absents et autocentrés qui ne comprennent rien, un objet totem, un héros rêveur au visage d’ange – ici nommé Joe Lamb (agneau, en français) -, l’armée et les scientifiques derrière tout ça…

 

 

J.J Abrams n’omet rien et parvient à redonner vie et empathie à tous les personnages – certainement de manière moins profonde et touchante que dans E.T – au travers d’un casting de jeunes acteurs anonymes. Si l’impressionnante Elle Fanning (Alice Dainard) – sœur cadette de Dakota Fanning qui avait joué dans La Guerre des Mondes de Spielberg – est la plus connue après ses interprétations dans Benjamin Button ou dernièrement dans Somewhere, le reste de la bande au masculin parvient à capter le public. En particulier Joel Courtney, tout juste âgé de 15 ans, avec sa bouille d’ange, son regard attendrissant et émerveillé, qui fait ici des premiers pas convaincants en décrochant l’un des rôles principaux. Joe Lamb est le fils du shérif adjoint, joué par Kyle Chandler (Demain à la Une), qui a le béguin pour Alice, la fille d’un ouvrier d’usine alcoolique, interprété par Ron Eldard (Sleepers), indirectement responsable de l’accident mortel de la mère de Joe. On retiendra également Riley Griffiths (Charles), le réalisateur tyrannique et meilleur ami de Joe qui craque aussi pour Alice, le blondinet Ryan Lee (Cary), un jeune ‘expert en pétard explosif’ – qui évoque les premières lueurs d’un futur Michael Bay – et enfin Zach Mills (Preston), le plus en retrait du groupe, dont le visage ressemble étrangement à celui de Barret Oliver, principalement connu dans D.A.R.Y.L, Cocoon ou encore L’Histoire sans Fin.

 

 

Si J.J Abrams ne réinvente pas le genre, il en dégage néanmoins des éléments nouveaux qui donnent un cachet résolument contemporain au film : ainsi la scène incroyable de l’explosion du train avec les wagons et les débris projetés dans tous les sens, et au centre les enfants. Abrams a en quelque sorte créé le paradigme de sa passion et sa machine à voyager dans le temps, en puisant dans ses souvenirs d’enfance et sa cinéphilie originelle. Le tout dans des décors typiques, avec des costumes, des accessoires et des coiffures vintage, des VFX bluffants conçus par l’une des légendes Dennis Muren, lauréat de six Oscars dont E.T, et une bande son immersive caractéristique du cinéma de l’époque, composée par l’oscarisé Michael Giacchino, qui collabore souvent avec Abrams. Si le récit dans son développement reste aux trois-quarts trop mystérieux avec ce monstre tapi dans l’ombre, conçu par Neville Page à qui l’on doit celui de Cloverfield, les prédateurs de Piranha 3D ou encore la créature volante Banshee d’Avatar, Super 8 aborde les thèmes du deuil, de l’enfance, de la reconstruction et les exorcise sur grand écran en laissant opérer la magie du cinéma. Et avec cela, Abrams offre en bonus l’une des plus belles surprises calées au générique de fin…

 

 

 

‘Super 8’ écrit et réalisé par J.J. Abrams en salles le 3 août 2011, avec Kyle Chandler, Elle Fanning, Joel Courtney, Gabriel Basso, Noah Emmerich, Ron Eldard, Riley Griffiths, Ryan Lee et Zach Mills. Production : J.J Abrams, Steven Spielberg, Bryan burk. Conception de la Créature : Neville Page. Effets Spéciaux : Steven Riley. Effets Visuels : Kim Libreri, Dennis Murren. Photographie : Larry Fong. Décorateur : Martin Whist. Musique : Michael Giacchino. Distribution : Paramount Pictures. Durée : 1h52.
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