La Dame de Fer : critique

Publié par Nathalie Dassa le 23 janvier 2012

Margaret Thatcher, première et unique femme Premier ministre du Royaume-Uni (de 1979 à 1990), autrefois capable de diriger le royaume d’une main de fer, vit désormais paisiblement sa retraite imposée à Londres. Agée de plus de 80 ans, elle est rattrapée par les souvenirs. De l’épicerie familiale à l’arrivée au 10 Downing Street, de succès en échecs politiques, de sacrifices consentis en trahisons subies, elle a exercé le pouvoir avec le soutien constant de son mari Denis aujourd’hui disparu, et a réussi à se faire respecter en abolissant toutes les barrières liées à son sexe et à son rang. Entre passé et présent, ce parcours intime est un nouveau combat pour cette femme aussi bien adulée que détestée.

 

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Quelle autre comédienne aurait pu incarner la Première Ministre britannique Margareth Thatcher hormis Meryl Streep ? On a beau chercher, on revient toujours à elle. Celle qui a remporté récemment le Golden Globe de la meilleure actrice pour le rôle a retrouvé la réalisatrice Phyllida Lloyd, après son premier long-métrage sur l’adaptation de la comédie musicale Mamma Mia. Méconnaissable et efficace, sa performance en fer et en os de Margareth Thatcher – saluée par tous – est remarquable dans l’ambition féroce d’une femme – fille d’un épicier et diplômée d’Oxford – pour la conquête du pouvoir et du monde politique régi exclusivement par des hommes issus de milieux privilégiés, avec toute la retenue, l’élégance et l’envolée humoristique britannique. Dès son entrée au 10 Downing Street, l’actrice américaine – outre le maquillage, la coiffure et les costumes – manipule avec brio la gestuelle et les manies, le timbre de voix et l’accent, la fragilité poignante, la posture droite et engagée d’une leader charismatique et invulnérable, puis celle recroquevillée d’une vieille dame avec le regard qui se perd. Meryl Streep incarne sans conteste dans toute son intériorité une magistrale Lady Thatcher cinématographique et, aurait pu l’être davantage si Abi Morgan (SHAME – notre critique) avait creusé le sillon de son scénario plus profondément et autrement que par l’angle d’une retraitée dans une résidence protégée à Londres, se laissant aller à ses souvenirs de sa vie en flashback tout en essayant de laisser partir l’âme de son mari Denis Thatcher (Jim Broadbent), mort des années auparavant et avec lequel elle discute. Car si la musique engageante de Thomas Newman joue un rôle essentiel pour transcender l’ascension de l’une des dirigeantes les plus puissantes du monde occidental – incarnée jeune par Alexandra Roach -, la dramatisation du biopic de Phyllida Lloyd sous la plume d’Abi Morgan se voit étrangement dépolitisée, survolant les faits entre images tournées et images d’archives des onze années de politique conservatrice rigoureuse menée par la femme admirée et détestée, qui a eu le plus long mandat du XXe siècle au Royaume-Uni.

 

La Dame de Fer se concentre sur Margareth Thatcher, délaissant l’ère thatchérienne pour se focaliser au final sur la représentation d’une femme de pouvoir sur le déclin souffrant de démence, qui mène alors un autre combat personnel, celui du handicap et des effets inévitables de la maladie liée à la vieillesse. Mais Meryl Streep parvient à repousser les limites du scénario dans une prestation fabuleuse avec tout le talent qu’on lui connaît et le film tient uniquement sur ses épaules. Le spectateur le pressent dès la séquence d’ouverture qui devient rapidement captivante grâce à elle. On découvre Thatcher, vieille et fragile qui marche à petits pas, acheter du lait dans une épicerie, rentrer chez elle et prendre son petit déjeuner avec son mari en évoquant la hausse du prix de la brique. Une matinée comme tant d’autres, sauf que son mari n’est pas vraiment là et on le comprend quelques scènes plus tard. Au delà de la sphère privée et de ces instants d’intimité avec son mari ou sa fille June (Susan Brown), Phyllida Lloyd et Abi Morgan nous offrent tout de même des moments clés importants comme la spectaculaire scène de la Chambre des Communes, où Thatcher dans la fosse aux lions se confronte seule à tous les hommes, celle de la mort de son ami et conseiller Airey Neave tué dans sa voiture dans un attentat à la bombe, les émeutes, la grève des mineurs, la guerre des Malouines qui fut déterminante dans sa réélection pour un second mandat et la trahison de son parti qui la poussa à démissionner.

 

 

 

LA DAME DE FER (The Iron Lady) de Phyllida Lloyd en salles le 15 février avec Meryl Streep et Jim Broadbent. Scénario : Abi Morgan. Producteurs : Damian Jones. Directeur de la Photographie : Elliot Davis. Chef Costumière : Consolata Boyle. Chef Décorateur : Simon Elliott. Compositeur : Thomas Newman. Création des Maquillages et des Costumes : Marese Langan. Maquillages et Coiffures de Meryl Streep : J. Roy Helland. Conception Prothèses : Mark Coulier. Chef Monteuse : Justine Wright. Distribution : Pathé. Durée : 1h44.

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