Cloclo : critique

Publié par Nathalie Dassa le 8 mars 2012

Cloclo, c’est le destin tragique d’une icône de la chanson française décédée à l’âge de 39 ans, qui plus de trente ans après sa disparition continue de fasciner. Star adulée et business man, bête de scène et pro du marketing avant l’heure, machine à tubes et patron de presse, mais aussi père de famille et homme à femmes… Cloclo ou le portrait d’un homme complexe, multiple ; toujours pressé, profondément moderne et prêt à tout pour se faire aimer.

 

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Florent-Emilio Siri livre, dans son cinquième long-métrage, une œuvre magistrale qui explore pendant 2h30 les principaux traits de la vie de l’une des plus grandes icônes de la chanson française. C’est d’autant plus surprenant à l’heure des biopics qui se multiplient à l’envi sur grand écran. Mais le réalisateur de Nid de Guêpes, Otage et L’Ennemi intime surprend et réussit un exploit en signant dans ce nouveau registre, une véritable renaissance de Claude François, portée par un Jérémie Rénier totalement bluffant dans sa prestation, qui défie les limites de la ressemblance confondante. Cloclo serait-il ressuscité ? Car il n’est nullement question de sosie ni de mimétisme mais réellement d’incarnation. L’acteur belge EST Cloclo et habite le rôle dans les moindres détails et ce, jusqu’à s’y perdre dans sa part physique et psychologique, sa gestuelle, ses intonations et sa voix nasillarde. A la frontière entre réalité et fiction, Siri a su en jouer à bon escient mêlant avec intelligence des images d’archives du chanteur, tirées de la presse ou de pochettes de disques, avec celles de Jérémie Rénier. Le point d’ancrage de cette réussite émane du scénario bien structuré de Julien Rappeneau, certes classique et linéaire mais complet donc efficace, qui prend littéralement son envol dans une mise en scène quant à elle étincelante et maitrisée. Florent-Emilio Siri parvient alors à reproduire dans son ensemble une œuvre iconique d’envergure à l’image du chanteur là où Olivier Dahan pêchait avec La Môme dans un récit beaucoup trop elliptique, laissant tout le bénéfice et la primauté de l’interprétation à une Marion Cotillard éblouissante qui fut multirécompensée.

 

Cloclo est un portrait incandescent, fouillé et bien documenté, sur l’homme parti de rien derrière l’artiste aux multiples casquettes, tout en identifiant pleinement en toile de fond le star-system des années 60 et 70 via des décors entre sobriété et paillettes, des multiples costumes faits sur mesure, sans oublier les fameuses chaussures à talonnettes et les accessoires à gogo. Le film s’ouvre ainsi sur cette jeune tête blonde qui mène une vie aisée dans le confort d’une villa en Egypte avec son père Aimé (Marc Barbé), sa mère italienne Chouffa (Monica Scattini) et sa sœur Josette (Sabrina Seyvecou). Mais leur destin bascule lorsque le président Nasser décide de nationaliser le Canal de Suez en 1956. La famille est alors expulsée du pays, s’installe en France sans un sou et tente de retrouver une vie décente. Le cinéaste marque dans cette première partie les relations conflictuelles entre Claude et son père, qui l’ignore et dénigre son potentiel artistique mais en lui inculquant de toujours d’être soigneux et ordonné. Le cadre est ainsi posé. Siri n’aura de cesse de démontrer dans l’ascension sociale de ce personnage toujours pressé, son besoin insatiable de reconnaissance, de plaire et de séduire, son perfectionnisme, son narcissisme, sa maniaquerie, son travail acharné, mais également sa peur de l’échec et de vieillir, ses coups de sang et sa quête d’un amour absolu.


 

Le cinéaste nous embarque dans un récit de sa naissance le 1er février 1939 en Egypte, à Monte Carlo en passant par le moulin de Dannemois dans l’Essonne jusqu’à son électrocution le 11 mars 1978 à son domicile parisien Boulevard Exelmans. Il nous dépeint la rencontre avec son impresario Paul Lederman qui lança sa carrière, joué par Benoît Magimel révélant l’acteur fétiche du réalisateur, métamorphosé mais pas très ressemblant et parfois trop caricatural avec un faux accent pied-noir, ainsi que ses relations révoltées avec les femmes de sa vie et sa jalousie maladive : d’abord sa mère aimante, douce et addicte au Poker, sa première épouse Janet Woollacott (Maud Jurez) qui l’a quitté pour Gilbert Bécaud, France Gall (Joséphine Japy) qui a fait naître Comme d’habitude suite à leur rupture et sa dernière épouse Isabelle Foret (Ana Girardot), dont il a eu deux enfants Claude junior et Marc, qui ont initié ce projet de biopic. Siri ne manque d’ailleurs pas de nous montrer ce dernier qui fut dissimulé des médias pendant des années pour sauvegarder l’image d’un père sex-symbol. Sans compter les innombrables admiratrices pubères en pamoison agglutinées (et plus si affinités) de nuit comme de jour devant son domicile. Mais derrière tout ce décorum pailleté et ses tentations, Rappeneau et Siri mentionnent également la vie saine qu’il entretenait sans fumer ni boire, hormis un verre de Whisky Coca avant de monter sur scène, et cette exigence physique incommensurable pour garder la forme et tenter d’effacer des défauts qu’ils réprouvaient.

 

 

A l’arrivée, le biopic de Siri et Rappeneau, qui harmonise les tubes de Claude François à la bande son d’Alexandre Desplat, remet en lumière sans phare la trajectoire d’une star née, visionnaire et adepte de l’exigence, qui puisait ses références tant dans la musique black que chez son dieu suprême Franck Sinatra, interprété par Robert Knepper hélas pas tellement crédible physiquement, qui sacralisa l’adaptation avec My Way. Chanteur, danseur, musicien, chorégraphe, auteur, directeur de presse, business man ou encore photographe, Claude François, qui a su bâtir sa propre image seul, a avant tout su rythmer avec un savoir-faire grandiose et naturel sa vie comme ses chansons tant dans sa sphère privée que publique…

 

 

 

CLOCLO de Florent-Emilio Siri en salles le 14 mars 2012 avec Jérémie Rénier, Benoît Magimel, Monica Scattini, Sabrina Seyvecou, Ana Girardot, Joséphine Japy, Marc Barbé. Scénario : Julien Rappeneau et Florent-Emilio Siri. Production : Cyril Colbeau-Justin, Jean-Baptiste Dupont. Musique : Alexandre Desplat. Photographie : Giovanni Fiore-Coltellacci. Décors : Philippe Chiffre. Montage : Olivier Gajan. Costumes : Mimi Lempicka. Coiffure : Gérald Portenart. Distribution : StudioCanal. Durée : 2h28.

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