Il y a huit ans, Batman a disparu dans la nuit : lui qui était un héros est alors devenu un fugitif. S’accusant de la mort du procureur-adjoint Harvey Dent, le Chevalier Noir a tout sacrifié au nom de ce que le commissaire Gordon et lui-même considéraient être une noble cause. Et leurs actions conjointes se sont avérées efficaces pour un temps puisque la criminalité a été éradiquée à Gotham City grâce à l’arsenal de lois répressif initié par Dent. Mais c’est un chat – aux intentions obscures – aussi rusé que voleur qui va tout bouleverser. À moins que ce ne soit l’arrivée à Gotham de Bane, terroriste masqué, qui compte bien arracher Bruce à l’exil qu’il s’est imposé. Pourtant, même si ce dernier est prêt à endosser de nouveau la cape et le casque du Chevalier Noir, Batman n’est peut-être plus de taille à affronter Bane…

 

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Monumental, intense, apocalyptique ! Le troisième et ultime volet THE DARK KNIGHT RISES est à l’image d’une trilogie hors du commun. Après le succès du reboot original Batman Begins en 2005 et l’anarchie de The Dark Knight portée à son paroxysme trois ans plus tard, Christopher Nolan impose bien son cachet de réalisateur de blockbuster d’auteur, qui a marqué un réel tournant dans la conception des super héros au cinéma, juste après la parenthèse INCEPTION (notre critique). Si les attentes étaient hautes, il signe ici une montée en puissance fulgurante dans la continuité d’une saga qui l’est tout autant. Le cinéaste a su extraire toute l’essence de cette figure iconique, qui a vu le jour en 1939 par Bob Kane, de son univers comics pour non seulement l’ancrer dans une réalité psychologique, politique et économique, souvent en phase avec l’actualité, mais lui donner aussi une envolée spectaculaire. A l’instar de ses prédécesseurs, THE DARK KNIGHT RISES use des mêmes ingrédients qui ont séduit l’assistance et entraîné l’accomplissement du premier volet et l’apothéose du second. Si certains le lui reprochent à juste titre de céder à la facilité dans ce dernier chapitre, l’ensemble narration/action/émotion s’entremêle pourtant avec force et densité. Jonathan et Christopher Nolan signent un scénario intelligent et bien ficelé qui prend le temps d’installer le background et l’objectif des personnages, en dépit de quelques longueurs dans certains dialogues et/ou monologues explicatifs. Ce qui peut devenir dommageable pour le rythme de la narration. Toutefois, chaque personnage a son opposant générant ainsi du conflit dans les intrigues secondaires qui donnent de la profondeur à l’histoire principale, alimentée par des twists scénaristiques plutôt bien agencés. Et pour les non initiés, les auteurs parviennent à replacer certains éléments clés antérieurs dans le récit pour se connecter aisément aux précédents opus sans les avoir visionnés préalablement. Ils créent ainsi un équilibre intelligent, fort et profond. Bien sûr, le summum est dans la mise en scène au rythme tendu. Christopher Nolan maîtrise totalement sa caméra et plonge l’auditoire dans cette apocalypse qui envahit les rues new yorkaises avec des scènes d’action magistralement filmées, des effets visuels et spéciaux prodigieux et une photographie léchée qui magnifient les nouveaux bat-joujoux hi-tech sophistiqués : de la première séquence aérienne dans l’avion à la manifestation viscérale entre les forces de police et les mercenaires de Bane dans le quartier de Wall Street en passant par la pulvérisation du stade de football jusqu’à l’explosion des ponts.

 

THE DARK KNIGHT RISES se regarde comme une œuvre conflictuelle en perpétuelle opposition, à l’image de l’évolution de notre super héros sombre et son alter égo. Car huit ans après avoir sacrifié sa vie en endossant les crimes du procureur adjoint Harvey Dent aka Double-Face (Aaron Eckhart) afin d’éradiquer la criminalité dans Gotham City et suite à la mort de Rachel (Maggie Gyllenhaal), Bruce Wayne/Batman est devenu un homme brisé, à la fois traumatisé, coupable et rongé par les remords de ses propres choix inévitables. On découvre alors un individu physiquement diminué, devenu l’ombre de lui-même et fuyant toujours autant ce pourquoi il est destiné. Il vit replié dans son manoir/refuge, avec toujours à ses côtés son fidèle majordome Alfred (formidable Michael Caine), à la fois figure paternelle et conscience de Wayne. Mais de nouveaux enjeux l’obligent à reprendre ses fonctions et revenir au devant de la scène médiatique : les activités financières en berne de Wayne Enterprises et la montée de la violence dans Gotham assaillie pour un colosse malveillant du nom de Bane. C’est dans ce décorum entre crise financière et terrorisme post 9/11 que Nolan plonge son personnage pour achever sa trajectoire initiatique. Mais s’il doit repartir en quête de son identité, l’homme de retour, toujours en proie à ses peurs intérieures, est excessivement affaibli et en perte totale de repères. Christian Bale excelle toujours autant à dépeindre le tourment mental et psychologique de son héros mélancolique toujours en désillusion.

 

 

Pendant ce temps, ça laisse quartier libre à ses ennemis avec d’abord l’arrivée de la mystérieuse cambrioleuse Selina Kyle à la beauté féline, délicieusement jouée par Anne Hathaway qui est la véritable étincelle de l’oeuvre pleine de désespoir de Nolan. Elle se réapproprie superbement le rôle mythique de Catwoman et lui redonne souffle et fraîcheur depuis l’excellente interprétation de Michelle Pfeiffer sous la direction de Tim Burton en 1992. Intelligente, agile et séductrice, elle retranscrit à merveille tout le symbolisme de ce personnage de femme émancipée, indépendante et élégante qui joue avec brio sur l’ambigüité amie/ennemie. Son jeu pétille comme des bulles de champagne et sa rencontre avec Bruce Wayne/Batman en est d’ailleurs détonante et gagne en émotion grâce notamment au score Mind if I Cut in, doux et voluptueux, de Hans Zimmer. Car si les orchestrations de la bande originale du compositeur, qui collabore cette fois en solo, reflètent bien l’atmosphère brutale et apocalyptique de THE DARK KNIGHT RISES, on retient particulièrement ce morceau au son des violons, des cymbales et du piano. Le score, qui se démarquait déjà des autres extraits musicaux dévoilés sur la toile, prend ici d’autant plus d’intensité qu’il est le thème de Selina Kyle et de sa rencontre avec Bruce Wayne.

 

Mais le face à face principal est avec son adversaire Bane (Tom Hardy), pure incarnation du mal et machine de destruction ingénieuse, dont le masque garni de tuyaux lui injectant l’oxygène pour respirer rappelle la plus sombre figure mythique du cinéma, Dark Vador. Ce personnage charismatique, principalement connu comme ‘le seul malfrat a avoir vaincu la chauve-souris’ a fait une apparition dans le mauvais Batman & Robin de Joel Schumacher en 1997. Il a fallu attendre ce troisième volet pour lui donner une vraie place à l’écran. Si Bane n’est pas aussi monumental et impressionnant que le Joker sacralisé par feu Heath Ledger, Tom Hardy parvient néanmoins à en faire ici un monstre indestructible qui voue une haine profonde à cette ville qu’il veut anéantir. Ce membre de la ligue des Ombres dirigée par Ra’s al Ghul (Liam Neeson), d’où a été formée Wayne, se montre parfaitement redoutable face au Chevalier Noir jusqu’à une certaine révélation dans le récit qui pourrait faire déchanter plus d’un spectateur. Pourtant, c’est aussi là la grande force de Nolan et de son THE DARK KNIGHT RISES qui tient ses promesses et déjoue intelligemment les attentes du public. Parmi les autres nouveaux personnages, si le jeune policier John Blake (Joseph Gordon-Levitt) qui partage un traumatisme en commun avec Batman s’en tire très bien, on regrette néanmoins le traitement brouillon de celui de Miranda Tate (Marion Cotillard) qui gâche probablement l’une des révélations précitée plus haut. Cependant les personnages récurrents de Gary Oldman et Morgan Freeman sont toujours aussi formidables et particulièrement celui de Michael Caine qui, pour clore le dernier volet le plus long de la trilogie, procure l’une des plus belles émotions…

 

 

 

THE DARK KNIGHT RISES de Christopher Nolan en salles le 25 juillet avec Christian Bale, Gary Oldman, Tom Hardy, Joseph Gordon-Levitt, Marion Cotilliard, Morgan Freeman, Michael Caine, Matthew Modine, Juno Temple, Liam Neeson. Scénario : Jonathan Nolan et Christopher Nolan, d’après l’histoire de Christopher Nolan et David S. Goyer, basée sur le personnage des BD Comics créée par Bob Kane. Production : Emma Thomas, Christopher Nolan, Charles Roven. Photographie : Wally Pfister. Décors : Nathan Crowley, Kevin Kavanaugh. Montage : Lee Smith. Musique : Hans Zimmer. Superviseur effets visuels : Paul Franklin. Superviseur effets spéciaux : Chris Corbould. Costumes : Lindy Hemming. Distribution : Warner Bros. Durée : 2h44.

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Source: CBO Box office

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