Capitaine Phillips retrace l’histoire vraie de la prise d’otages du navire de marine marchande américain Maersk Alabama, menée en 2009 par des pirates somaliens. La relation qui s’instaure entre le capitaine Richard Phillips, commandant du bateau, et Muse, le chef des pirates somaliens qui le prend en otage, est au cœur du récit. Les deux hommes sont inévitablement amenés à s’affronter lorsque Muse et son équipe s’attaquent au navire désarmé de Phillips. À plus de 230 kilomètres des côtes somaliennes, les deux camps vont se retrouver à la merci de forces qui les dépassent…

 

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Capitaine Phillips afficheQuatre ans après Green Zone, le Britannique Paul Greengrass revient à la charge et sort l’artillerie lourde avec Captain Phillips, inspiré du livre biographique A Captain’s Duty : Somali Pirates, Navy SEALS, and Dangerous Days at Sea, qui relate la prise d’otages du cargo américain Maersk Alabama par des pirates somaliens en avril 2009. Il était d’emblée l’homme de la situation pour porter à l’écran un récit de ce calibre, adapté par Billy Ray. Le réalisateur de Vol 93 en a fait sa marque de fabrique et a balisé ses terrains de jeu avec les deux derniers volets de la trilogie Jason Bourne. Si l’on connaît l’issue de cette histoire vraie, Greengrass nous fait passer 2h stressantes tant l’action pousse le tensiomètre au maximum. Il nous livre d’une main de maître un survival d’action en haute mer réaliste et palpitant, qui relate avec puissance deux histoires bien distinctes, celles du Capitaine Richard Phillips et d’un piratage raté. Le cinéma de Greengrass ne s’est jamais encombré de fioriture pour séduire son audience. Son style n’a pas besoin d’aller vers cet excès inutile de virtuosité. Et pourtant tout ici n’est que virtuosité. Il traite son sujet frontalement avec cette habituelle caméra à l’épaule (shaky cam) bien nerveuse en permanence qu’il contrôle parfaitement. Elle en devient tellement vibrante, vraie et intense qu’elle sonne sans cesse l’état d’urgence.

 

Capitaine Phillips - Tom Hanks

 

A l’instar de Kathryn Bigelow (Démineurs, ZERO DARK THIRTY – notre critique), Greengrass passe maître de ce cinéma vérité avec cette faculté innée à savoir placer l’humain au centre de ce processus docu-fictif. Il gère habilement le timing, le cadrage et l’espace entre les personnages et leur environnement. On reste dans le feu de l’action jusqu’à son paroxysme. Cet exercice de style frénétique atteint son sommet d’efficacité avec un magistral Tom Hanks sous pression d’une justesse épatante dans la peau de ce capitaine de navire chevronné, capturé par ces quatre ravisseurs somaliens, armés de mitraillettes, menés par l’incroyable Barkhad Abdi. Ce Mogadiscien, qui vit à Minneapolis, obtient ici son premier (grand) rôle au cinéma. Mais si Greengrass a toujours su diriger efficacement ses acteurs, c’est tout le déroulé de l’action qui consolide ce face à face captivant et génère le suspense. Les meilleures scènes proviennent certainement des échanges entre ces deux meneurs qui rendent le conflit d’autant plus profond, intéressant et tendu. Car le réalisateur montre les deux parties : l’équipage désarmé d’un cargo transportant de l’eau et de la nourriture dans les eaux internationales et ces pêcheurs somaliens appauvris, contraints de détourner des navires de passage pour alimenter le business de leurs patrons. Si la question sur leurs conditions de vie et leur situation est soulevée, Greengrass et Ray rééquilibrent avec cette notion de commandement et de pouvoir qui transcendent les politiques et les cultures locales. Ils nous dispensent de fait d’une quelconque apologie du héros, d’un excès de patriotisme ou d’une dénonciation poussive de la piraterie.

 

Capitaine Phillips - Barkhad Abdi

 

De cette course-poursuite effrénée où ces pirates tentent d’atteindre le navire, au jeu du chat et de la souris dans la salle des machines jusqu’à l’espace exigu et oppressant du canot de sauvetage qui sonne le glas de ces pirates encerclés par la Marine, Greengrass ne lâche jamais son capitaine. Il n’offre aucune minute de répit si ce n’est celles du dernier acte lorsqu’il succombe au stress post-traumatique dans une scène finale salvatrice, dénuée de musique et où seul le bruit des vagues résonne, s’enchaînant sur les questions en rafale d’une infirmière. Ces derniers instants sont d’une intensité émotionnelle sans pareil. Capitaine Phillips, alors en pleine course aux Oscars, offre sans doute l’un de ses meilleurs rôles à Tom Hanks mais aussi à Barkhad Abdi. Quant au virtuose Greengrass, il réaffirme ici toute son authenticité à savoir coordonner réalisme, politique et divertissement qui constituent l’essence de son cinéma.

 

 

 

CAPITAINE PHILLIPS de Paul Greengrass en salles le 20 novembre 2013 avec Tom Hanks, Catherine Keener, Barkhad Abdi, Barkhad Addirahman, Faysal Ahmed, Mahat M. Ali, Yul Vazquez, Chris Mulkey, David Warshofsky. Scénario : Billy Ray d’après la biographie de Richard Phillips de Stephan Talty. Producteurs : Scott Rudin, Dana Brunetti, Michael De Luca. Producteurs exécutifs : Kevin Spacey, Eli Bush, Gregory Goodman. Photographie : Barry Ackroyd. Compositeur : Henry Jackman. Décors : Peter Russell. Costumes : Mark Peterson. Distriubtion : Sony Pictures : Durée : 2h14.

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