Le récit de la traque d’Oussama Ben Laden par une unité des forces spéciales américaines…

 

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Zero Dark Thirty afficheLa cinéaste oscarisée pour Démineurs passe maître dans l’art de savoir filmer les thrillers de guerre. Son nouveau long-métrage, salué par les critiques américaines, est une captivante procédure d’enquête à l’échelle mondiale tant sur le plan scénaristique que visuel, dans la traque par la CIA sur une décennie du numéro un d’Al-Qaïda jusqu’à sa mort lors du raid de la Seal Team Six. Kathryn Bigelow et son scénariste Mark Boal avaient dû reprendre la réécriture de ce projet, en réflexion depuis 2008, après l’annonce officielle le 1er mai par Barack Obama, de la mort de l’homme le plus recherché du monde dans sa résidence d’Abbottabad au Pakistan. Le récit, à l’origine basé sur l’échec des forces d’opérations spéciales pour le capturer et le tuer, a pu brillamment capitaliser sur l’actualité. Mais ici il ne s’agit pas tant de revenir sur les attentats du 11 septembre, ni de tracer une ligne politique de Bush à Obama, ni de proposer un film d’action d’espionnage bournien et moins encore un drame historique édulcoré à la Oliver Stone. Zero Dark Thirty est une machine à suspense bien rodée qui s’apparente au docu-fiction tout en s’affranchissant des règles du genre pour exposer cette opération complexe top secrète dans une histoire simplifiée de faits chronologiques, dont l’action est portée à son paroxysme dans un troisième acte haletant. Si le film s’ouvre sur le générique sur fond noir où se mêle plusieurs voix-off d’individus horrifiés lors des attentats du 11/09, le récit se concentre sur l’opiniâtreté féroce de Maya, une analyste de la CIA, magistralement campée par Jessica Chastain, qui n’a jamais abandonné sa piste pour retrouver le numéro un d’Al-Qaïda, caché à la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan.

 

Zero Dark Thirty

 

Le spectateur est rapidement propulsé dans une première séquence située sur un ‘Site Noir’ (Black Site) où un agent de la CIA (Jason Clarke) interroge sous la torture un homme nommé Ammar (le Français Reda Kateb vu dans Un Prophète), soupçonné d’avoir des informations sur le coursier qui pourrait conduire à la localisation d’Oussama Ben Laden. Ces premières scènes de torture, entre simulation de noyade (waterboarding), humiliation avec un collier de chien, enfermement dans une petite boîte, musique hurlante de Métal et privation de sommeil, ont récemment déclenché une nouvelle polémique chez les Républicains, s’insurgeant contre les auteurs. Ils leur reprochent de fournir des informations erronées qui ne seraient pas le lien direct, stipulé dans ‘le rapport de 6000 pages du Congrès’, pour retrouver la trace de Ben Laden. Le président Obama a mis fin à cette procédure en 2009 qui est d’ailleurs énoncée dans le film en quelques secondes. Pourtant Zero Dark Thirty, concurrent sérieux à la course aux Oscars avec ARGO de Ben Affleck (notre critique), a le mérite de ne pas faire de détour dans son traitement narratif, qui rythme son temps sur les grandes dates d’attentats terroristes. Le récit reste toujours focalisé sur les pistes stratégiques du personnage de Jessica Chastain, dont l’esprit de vengeance cathartique efface tout le background personnel, émotionnel et psychologique. On peut la percevoir comme une sorte d’alter égo de Kathryn Bigelow, c’est-à-dire une femme forte et tenace dans un monde d’hommes. Rien n’est vraiment dévoilé sur son passé hormis le fait qu’elle est nourrie par l’obsession et considérée par ses supérieurs comme ‘une tueuse’ dans son travail. Cependant, Bigelow et Boal ont l’intelligence de dégager toute orientation vers un conflit d’autorité homme/femme. Maya lutte envers sa hiérarchie non pas parce qu’elle est une femme mais pour imposer le plus souvent ses stratégies. Une sacrée ‘motherfucker qui a trouvé Ben Laden’, comme elle le formule si bien au patron de la CIA, joué par James Gandolfini. Un esprit de sacrifice qui aura pour conséquences un immense vide à combler.

 

Zero Dark Thirty

 

Zero Dark Thirty parvient à concentrer en 2h30 une traque d’une dizaine d’années qui mêle avec brio fiction et réalité, basée sur des sources directes d’informations dans l’administration Obama. Si la bande originale d’Alexandre Desplat, qui signe ici une excellente partition tendue et immersive après ARGO (notre critique), a également son importance dans cette montée de tension, le travail sur le son est d’une puissance magistrale. On salue particulièrement l’impact du bruit confiné de la déflagration lors des scènes d’explosions impressionnantes (au restaurant, sur une base de la CIA en Afghanistan) jusqu’à la séquence du raid dans le repère de Ben Laden avec l’arrivée sourde des hélicoptères des Navy Seals, dont l’un atterrit en catastrophe dans la cour sans réveiller ni ameuter qui que ce soit. Kathryn Bigelow maîtrise totalement sa caméra qu’elle maximise dans ce troisième acte tendu et crépusculaire, dénué de toute musique. Le spectateur, plongé dans la vision nocturne dense et saturée, est littéralement happé par l’assaut appliqué et stratégique des soldats qui abattent lentement un à un les membres jusqu’au leader. Zero Dark Thirty est un grand moment de cinéma d’une densité et d’une ténacité remarquable, porté par de grands acteurs dont le jeu reste toujours authentique et précis en dépit du temps limité de certains à l’écran tels Mark Strong (fonctionnaire de haut niveau de la CIA), Kyle Chandler (chef de la CIA à Islamabad) ou encore Joel Edgerton (un soldat de la Seal Team Six). Si le film reste empreint d’un élan de patriotisme inévitable, Kathryn Bigelow et Mark Boal relatent néanmoins un évènement important de notre époque dans un rendu visuellement maitrisé offrant au monde entier un magnifique dénouement salutaire…

 

 

 

ZERO DARK THIRTY de Kathryn Bigelow en salles le 23 janvier 2013 avec Jessica Chastain, Jason Clarke, Joel Edgerton, Jennifer Ehle, Mark Strong, Harold Perrineau, Kyle Chandler, Edgar Ramírez, James Gandolfini. Scénario : Kathryn Bigelow, Mark Boal. Producteurs : Kathryn Bigelow, Mark Boal, Megan Elisson. Musique : Alexandre Desplat. Photographie : Greg Fraser. Montage : William Goldenberg, Dylan Tichenor. Décors : Jeremy Hindle. Superviseur effets spéciaux : Richard Stutsman . Superviseur effets visuels : Chris Harvey. Distribution : Universal. Durée : 2h29.

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