Xavier a maintenant 40 ans. On le retrouve avec Wendy, Isabelle et Martine quinze ans après L’Auberge Espagnole et dix ans après Les Poupées russes. La vie de Xavier ne s’est pas forcément rangée et tout semble même devenir de plus en plus compliqué. Désormais père de deux enfants, son virus du voyage l’entraîne cette fois à New York, au beau milieu de Chinatown. Dans un joyeux bordel, Xavier u cherche sa place en tant que fils, en tant que père… en tant qu’homme en fait ! Séparation. Famille recomposée. Homoparentalité. Immigration. Travail clandestin. Mondialisation. La vie de Xavier tient résolument du casse-tête chinois ! Cette vie à l’instar de New York et de l’époque actuelle, à défaut d’être cohérente et calme vient en tout cas nourrir sa plume d’écrivain…

 

♥♥♥♥♥

 

Casse tete chinois afficheDans l’Auberge Espagnole (2002) et Les Poupées Russes (2005), la vie de notre cher Xavier (Romain Duris) n’était déjà pas simple, mais ce n’est rien à côté de ce Casse-tête Chinois que l’écrivain baroudeur vit à l’aube de la quarantaine. Séparé de Wendy (Kelly Reilly), il doit déménager à New-York pour pouvoir vivre auprès de leurs deux enfants, y retrouver son amie Isabelle (Cécile de France) qu’il aide à devenir mère homoparentale, tout en gérant à distance sa carrière en vivant de petits boulots clandestins. Comme dans le premier opus, c’est pourtant ce parcours mouvementé qui va le faire avancer et influencer positivement sa créativité. En est-il de même pour Cédric Klapisch qui souhaitait éviter le piège du ‘mauvais troisième épisode’ ? De son propre aveu, la tâche a été assez compliquée. Et comme son personnage, le réalisateur du Péril Jeune (1995) et de Ma part du Gâteau (2011) a du mal à prendre ses marques au départ. Après un générique dynamique qui nous ramène au souvenir de L’Auberge Espagnole, les premières situations new-yorkaises s’enchaînent, pas désagréables mais sans réelles substances, faisant éventuellement sourire ceux qui ont apprécié les premières aventures de Xavier. Puis, sans que tout soit immédiatement perceptible, le propos du cinéaste se dessine, ponctué de scènes amusantes et un rien cyniques sur la complexité du système américain. Il faut par exemple voir la scène où notre anti-héros des temps modernes fait face aux manipulations de son avocat lui conseillant le mariage blanc et le travail au noir et celle où il parvient à être embauché devant un Espagnol grâce à une relation et à son auto-défense. Amérique, ton univers impitoyable !

 

casse tete chinois - romain duris

 

Cédric Klapisch évite aussi d’enjoliver l’image d’une ville aussi galvanisante qu’oppressante, gardant le protagoniste et son entourage au premier plan sans que ceux-ci ne disparaissent dans la jungle. Derrière les couleurs vives de Chinatown, où il trouve refuge, c’est d’abord son appartement qu’il doit se réapproprier, comme le prouve notamment cette belle idée de mise en scène : Xavier transportant un matelas en plein quartier chinois. Quant à l’amour, s’il peut renaître, c’est davantage sur l’asphalte ou dans la promiscuité que sous les arbres de Central Park ou les lumières de Broadway. Le réalisateur de Chacun Cherche son Chat (1996) garde en ce sens une certaine cohérence avec cette déclaration de Wendy sur un quai de gare dans la plus belle scène des Poupées Russes et avec ce groupe cosmopolite qui contribuait déjà à une harmonie hétéroclite dans l’Auberge Espagnole. Certains échos à la première aventure fonctionnent plutôt bien, quitte à être excessivement vaudevillesques, à l’instar de ce moment où Xavier fonce en pleine rue pour sauver le couple de sa pote Isabelle… et se retrouver face au service d’immigration. D’autres séquences mettent en avant le côté ‘Antoine Doinel’ de Xavier. Après tout, il est le seul être de cinéma, depuis l’alter égo de François Truffaut, qui soit au centre d’un processus de vieillissement à travers plusieurs films français, et entouré de femmes qui ont évidemment leur place en tant que spectatrices et éléments catalyseurs. Martine (Audrey Tautou), l’ex et amie de longue date, parle chinois pour décrocher un marché, dévoilant derrière l’amusement de façade un indice qui prend tout son sens à la fin. Elle succède ainsi à Kelly Reilly qui, dans les derniers instants des Poupées Russes, finissait un puzzle hautement symbolique.

 

Casse tete chinois-Cécile de France-Romain Duris-  Kelly Reilly-Audrey Tautou

 

Casse-tête chinois tient donc la route malgré ses failles. Un peu laborieux au départ, ne présentant ni la fraicheur du premier épisode, ni l’émotion procurée par la belle histoire entre Wendy et Xavier dans le second, le long-métrage souffre en plus de quelques longueurs à mi-parcours. On ne quitte pas pour autant l’âme centrale de ces pérégrinations, sans doute grâce à la présence de Romain Duris. D’abord un peu distant dans ses retrouvailles avec ce personnage devenu générationnel, l’acteur parvient à toucher et illustre bien à quel point, sans avoir complètement changé, Xavier a évolué naturellement. Au détriment, peut-être, de certains personnages, en particulier celui d’Isabelle qui témoigne de cette évolution tout en restant cette femme instable et volage. Une certaine tendresse subsiste pourtant dans ce troisième chapitre qui aurait gagné à être plus abouti. Sans doute aussi aurait-il fallu laisser les comédiens vieillir encore un peu pour le rendre plus marquant. Mais si Casse-tête chinois doit rester le dernier volet, New-York était bel et bien le choix idéal pour poser ses valises. Dans la cité des voyageurs, Xavier a matière à organiser son existence désordonnée pour de nombreuses années.

 

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CASSE-TETE CHINOIS de Cédric Klapisch en salles le 4 décembre 2013 avec Romain Duris, Audrey Tautou, Cécile de France, Kelly Reilly. Scénario : Cédric Klapisch. Producteur : Bruno Lévy. Directeur artistique : Matteo De Cosmo. Photographie : Natasha Braier. Montage : Anne-Sophie Bion. Costumes : Anne Schotte. Décors Paris : Marie Cheminal. Décors New-York : Roshelle Berliner. Musique : Loïk Dury, Christophe ‘Disco’ Minck. Distribution : Studio Canal. Durée : 1h54.

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