Cedric Klapisch

Après ‘L’Auberge Espagnole’ et ‘Les Poupées Russes’, Cédric Klapisch replonge dans la vie de notre écrivain Xavier, toujours incarné par son acteur fétiche Romain Duris. ‘Casse-tête Chinois’ porte bien son titre puisque l’existence du protagoniste n’a jamais été aussi compliquée. Dans ce troisième acte d’une trilogie générationnelle, le réalisateur du ‘Péril Jeune’ a lui aussi dû s’adapter à la vie américaine avec ce premier tournage outre-Atlantique. A l’occasion de la sortie du film le 4 décembre, Cédric Klapisch se confie à CineChronicle sur la complexité de cette troisième aventure tout en revenant sur sa carrière, entre souvenirs et désir de renouveau.

 

 

 

Cedric Klapisch - Photo CineChronicle

Cedric Klapisch – Photo CineChronicle

CineChronicle : Vous faites désormais partie des réalisateurs français qui ont tourné aux Etats-Unis. Comment s’est déroulé ce tournage ? Vous a-t-il donné envie de renouveler l’expérience avec un film plus hollywoodien ?

Cédric Klapisch : Ce qui est sûr c’est que je me suis mis en danger car je voulais éviter « l’épisode de trop ». Je n’avais pas imaginé autant de difficultés, non pas sur le plan technique mais dans le fait de considérer un troisième film. Il fallait garder une certaine cohérence dans ce scénario qui a été le plus long à écrire (8 mois) par rapport aux précédents. C’est finalement la ville qui a tout initié. C’est à la fin du tournage des Poupées Russes à Saint-Petersbourg que j’ai pensé faire exister ce troisième volet. Les villes sont importantes pour moi, en tant que terrain de jeu. J’ai fait mes études de cinéma à New-York et depuis 25 ans je me disais que j’y réaliserai un film, même s’il existe une part d’inattendu dans ce tournage comme il en existe une dans cette trilogie qui évoque elle-même l’imprévisible. New-York est LA ville des voyageurs, et L’Auberge Espagnole, les Poupées Russes et Casse-tête Chinois parlent de ces gens. J’y ai vécu trois ans, dont un an pour tourner ce film. Et bien que je sois imprégné du cinéma de Martin Scorsese et de Woody Allen, je l’ai regardée avec les yeux d’aujourd’hui. New-York a de surcroît un aspect ‘ville de rêve’. Si je suis dans un univers réaliste, je veux aussi que le spectateur s’évade de temps en temps. Cet appartement à Central Park, par exemple, est clairement là pour lui donner une impression ‘bigger than life’. Cependant, je n’ai jamais eu de rêve américain. Le fait de concevoir un film hollywoodien n’est pas pour moi. Je reste très français. Même s’il n’est pas impossible que j’y retourne, je ne me sens pas à l’aise avec cette idée d’établir une carrière à Hollywood.

 

Casse tete chinois-Cécile de France-Romain Duris-  Kelly Reilly-Audrey TautouCC : ‘Casse-tête Chinois’ semble plus proche de ‘L’Auberge Espagnole’ que des ‘Poupées Russes’. Ce dernier possède une ligne directrice – les relations amoureuses – et une carrière d’écrivain en dents de scie. Les deux autres s’éparpillent avec toutefois un Xavier qui trouve davantage l’inspiration.

CK : C’est vrai, mais tout s’est fait de façon assez intuitive. Les Poupées Russes est davantage un film sur l’amour. C’est peut-être aussi parce que j’ai revu L’Auberge Espagnole entre les deux derniers alors que je ne reviens pas en arrière habituellement. Je suis assez nostalgique mais pas de cette manière. J’ai même du mal à revoir mes films. Pourtant, redécouvrir L’Auberge Espagnole et se replonger dans sa logique a été positif. Je ne pensais pas, à sa sortie, qu’il aurait un tel succès. Je pensais même que Ni pour, ni contre (bien au contraire), sorti quelques mois après, fonctionnerait beaucoup mieux. Après Les Poupées Russes, on m’a d’ailleurs demandé s’il y aurait une suite mais je voulais à l’époque laisser du temps. J’avais cependant l’envie de retrouver ces personnages avec ces acteurs que j’adore. Le destin est le même pour eux, à l’instar du spectateur et de moi-même. Trois regards pour un même plaisir. On regarde le temps s’écouler avec le goût du feuilleton. Je ne me doutais pas non plus que les acteurs avaient envie de retrouver ces personnages, même si Audrey a avoué en plaisantant qu’elle m’en voulait de la faire vieillir. Elle, qui n’a pas encore 40 ans. Finalement, tous adorent jouer ces êtres qui sont proches d’eux ou non, comme Cécile avec son Isabelle. Ce fut plus difficile pour Romain et Kelly car leurs personnages et leur relation ont évolué. Maintenant, est-ce qu’il y aura un quatrième épisode ? Ce n’est pas impossible mais je pense que trois suffisent.

 

Romain Duris (Xavier) - Casse tete chinoisCC : Votre trilogie a beau être actuelle et générationnelle, elle est la seule du cinéma français à suivre le parcours évolutif d’un personnage central film après film. Ou du moins, elle est la première depuis le cycle Antoine Doinel de François Truffaut. Est-ce un rapprochement que vous revendiquez ?

CK : Effectivement ce rapprochement et cette influence sont inévitables lorsqu’on passe derrière Truffaut. A partir des Poupées Russes, Romain et moi avons d’ailleurs regardé ensemble certains de ses films. La différence est que je ne parle pas de ma vie dans mes films. Même si je l’aime comme acteur et qu’une certaine amitié et complicité est née entre nous, Romain ne me représente pas et inversement, à la différence de Truffaut et Jean-Pierre Léaud qui avaient une relation fusionnelle.

 

CC : A l’instar de ‘L’Auberge Espagnole’, vous aimez imaginer des apparitions de philosophes. Après Erasme, voici Schopenhauer. Sont-ce des réminiscences de vos années d’études de philosophie ?

CK : Quelque part, oui. Nietzsche, à mon grand regret, a d’ailleurs été coupé au montage. J’ai beaucoup appris de la philosophie.

 

Casse tete chinois afficheCC : Pourriez-vous de la même façon vous nourrir des souvenirs tirés de votre mémoire sur le burlesque américain « Le non-sens au cinéma, 6ème sens du 7ème art » qui évoquait les Marx Brothers ou encore Tex Avery, et réaliser une vraie comédie du genre ?

CK : J’adorerais faire cela mais je ne suis pas un vrai auteur de comédie. Je mélange des émotions. J’essaie d’aller vers des genres différents à chaque fois et sur mes 11 longs-métrages de fiction, deux sont vraiment consacrés aux moins de 30 ans et à la jeunesse actuelle, dont Le Péril Jeune. Leur succès me dépasse. Je n’ai pas maîtrisé cette concordance sociologique avec le public d’aujourd’hui. J’ai d’abord un rôle de capteur et étrangement, ces éléments sont plus en phase que d’autres. Je me pose avant tout des questions comme « où va le monde ? ». J’ai vécu des instants plus libertaires dans les années 1970. Le contraste social actuel n’est pas le même. Je crée des histoires à partir de mes observations dont certaines sont plus remarquées que d’autres. Je peux comprendre le côté réducteur que l’on peut avoir sur une filmographie. J’ai d’ailleurs plus envie moi-même de regarder Les Affranchis que Kundun chez Martin Scorsese. Mais c’est compliqué à gérer. Chaque film reste l’exploration d’une nouvelle facette.

 

CC : Etes-vous toujours persuadé de ne pas avoir réalisé de grands films ?

CK : Oui. Le Péril Jeune par exemple était un film mal fait, mais un film fort. Le fait de penser cela me permet de dire « je ferai mieux la prochaine fois ». Du coup, je ne m’arrête pas à cette pensée. Et puis j’aime constater qu’il existe de vieux cinéastes créatifs, comme Woody Allen ou Akira Kurosawa à la fin de sa vie. Pour le moment, j’ai quatre sujets en tête. J’aimerais réaliser un film autour du vin. Mais un sujet, c’est comme une rencontre dans un couple au coeur d’un scénario. Un film est une boîte à désir. Tout part du désir des gens.

 

 

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CASSE-TETE CHINOIS de Cédric Klapisch en salles le 4 décembre 2013 avec Romain Duris, Audrey Tautou, Cécile de France, Kelly Reilly, distribué par StudioCanal.

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