Synopsis : En Louisiane, en 1995 et en 2012, deux détectives enquêtent sur le meurtre particulièrement étrange d’une jeune femme.

 

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True Detective afficheDécidément les bois de cerfs sont à l’honneur ces derniers temps. Entre HANNIBAL (notre critique saison 1) et True Detective – pour ne citer que ces deux séries -, les bois de ces nobles animaux ont une fâcheuse tendance à se retrouver mêlés à des affaires criminelles. C’est la découverte du cadavre d’une jeune femme affublée de cette parure qui sert de point de départ à une enquête qui va mener les spectateurs dans les contrées les plus noires de l’âme humaine. HBO signe une nouvelle fois une œuvre marquante avec cette série captivante maîtrisée de bout en bout. Imaginée et écrite par Nic Pizzolatto et brillamment réalisée par Cary Joji Fukunaga, True Detective n’est pas tout à fait une série policière comme les autres. Avec un rythme très lent, une caméra qui s’attarde souvent sur les magnifiques et inquiétants paysages de Louisiane, cette saison fait la part belle aux réflexions philosophiques, aux relations entre les deux principaux protagonistes, Martin Hart (Woody Harrelson) et Rustin Cohle (Matthew McConaughey), et à une ambiance qui flirte par moment avec le fantastique. L’histoire se déroule principalement sur deux époques; en 1995 et en 2012 (avec quelques passages situés en 2002). Dans les cinq premiers épisodes, les deux inspecteurs sont interrogés en 2012, alors qu’ils ont quitté la police, sur une affaire sur laquelle ils ont enquêté en 1995.

 

Matthew McConaughey et Woody Harrelson - True Detective / © HBO

Matthew McConaughey et Woody Harrelson – True Detective / © HBO

 

Pendant ces cinq épisodes, les scènes sont alternées entre ce qui s’est réellement passé à cette époque et les versions racontées par les deux hommes aux enquêteurs (les différences sont parfois assez ‘conséquentes’). Si les explications de Martin Hart restent assez conventionnelles, celles de son compère nous offrent des moments extraordinaires au cours desquels Rustin, complètement ravagé par l’alcool, le tabac et certainement d’autres substances, se livre à des monologues philosophiques qui laissent sans voix ses interlocuteurs. Ces séquences, magnifiées par la voix hypnotique et l’interprétation irréprochable de Matthew McConaughey, sont souvent entrecoupées de flashbacks et s’avèrent absolument fascinantes. Si certaines prêtent parfois à sourire, d’autres le sont beaucoup moins. A l’instar de ce passage absolument magistral au cours duquel Rustin évoque ce qu’il voit dans les yeux des victimes et les rêves dont ils se nourrissent… « et comme dans de nombreux rêves, il y a un monstre à la fin. ». C’est un des moments très caractéristiques de True Detective où tous les éléments qui le constituent (bande son, dialogues, interprétations, flashbacks, mouvements lents de la caméra…) sont parfaitement utilisés pour donner une ambiance qui prend aux tripes. Dans les trois derniers épisodes, l’action se déroule principalement en 2012 (avec quelques passages en 2002) ; les deux protagonistes ayant décidé d’aller jusqu’au bout de cette enquête dont les ramifications sont beaucoup plus vastes et complexes qu’on ne pouvait l’imaginer.

 

Matthew McConaughey et Woody Harrelson - True Detective / ©HBO

Matthew McConaughey et Woody Harrelson – True Detective / ©HBO

 

Si la série constitue une histoire particulièrement prenante, c’est en partie grâce à un scénario extrêmement bien ficelé qui conduit le spectateur exactement là où il veut l’amener sans s’égarer dans des considérations annexes inutiles. Puisqu’il va être question de pénétrer dans les tréfonds les plus immondes de l’âme humaine, les réflexions philosophiques de Rustin n’ont rien d’anecdotique. Elles imprègnent chaque épisode et lui confèrent une autre dimension. Si fondamentalement le récit évoque ce qui peut exister de pire dans la nature humaine, il ne sombre jamais dans le sordide ou dans l’horreur graphique nauséabonde. HBO ne montre pas, préférant nettement suggérer et laisser le spectateur imaginer. On découvre également dans cette histoire une dimension irréelle, presque fantastique. Elle donne la sensation que la réalité dissimule autre chose et que le surnaturel pourrait surgir inopinément. En outre, les crimes dont il est question dépassent tellement l’imagination de l’individu ‘sain’ qu’on peut tenter de trouver une autre raison à tout ceci. N’allez pas imaginer cependant que dans True Detective des tables volent ou des spectres surgissent. Non, c’est avant tout une ambiance alimentée par des décors inquiétants, des réflexions de Rustin, des visions auxquelles ce dernier est sujet et, surtout, des références à des œuvres ou des auteurs en rapport avec le fantastique. Nic Pizzolatto les revendique pleinement. La principale référence de la série est le recueil de nouvelles de Robert W. Chambers, Le Roi en Jaune, dont elle reprend des citations, des symboles, des noms comme Carcosa et celui du Roi en Jaune représentant un être surnaturel, une entité obscure et maléfique. Certaines scènes de la série puisent même directement leur inspiration dans des passages du livre.

 

Matthew McConaughey dans True Detective / © HBO

Matthew McConaughey dans True Detective / © HBO

 

Mais si True Detective confine à l’excellence ce n’est pas seulement grâce à son scénario brillant ou à sa réalisation et à sa photographie parfaitement maîtrisées, c’est aussi dû à son duo d’acteurs absolument extraordinaire. A commencer par Matthew McConaughey dont le personnage à peu près sain en 1995 s’apparente plus à une épave en 2012. Son interprétation, ses monologues, ses réflexions sur l’humanité et la société et son cynisme absolu contribuent largement à la réussite de cette série. L’acteur est magistral dans la peau de ce père ravagé par la mort de sa fille et qui, malgré toute sa froideur, cherche une sorte d’absolu qui lui échappe toujours. A la limite du sociopathe, il est pourtant le seul à s’intéresser au sort d’enfants qui disparaissent. Face à lui, Woody « Natural Born Killers » Harrelson n’est pas en reste. Il incarne un policier qui a sa conception toute particulière de la vie et notamment de la vie de famille. Plein de certitudes, adaptant volontiers ses règles en fonction de ses besoins (notamment quand il s’agit des femmes et de l’alcool). Sa relation avec Rustin va quelque peu chambouler son existence et le pousser dans ses derniers retranchements. Le contraste entre les deux inspecteurs est absolument savoureux tant ils sont différents et leurs échanges offrent des réflexions cocasses. C’est un duo qu’on n’est pas près d’oublier.

 

Woody Harrelson dans True Detective / © HBO

Woody Harrelson dans True Detective / © HBO

 

True Detective est ainsi une série fascinante, presque hypnotique et onirique, avec une ambiance fantastique et envoûtante. Entre interprétation de haut vol, réalisation et scénario irréprochables, cette première saison a bien sûr remporté un succès critique et ses taux d’audience sont évocateurs (une moyenne d’environ 11 millions de spectateurs pour chaque épisode). Il est donc fort probable que HBO commande une seconde saison, mais ce sera une autre histoire avec d’autres protagonistes…

 

 

  • Série américaine TRUE DETECTIVE diffusée à partir 12 Janvier 2014 sur HBO
  • Avec Matthew McConaughey, Woody Harrelson, Michelle Monaghan, Michael Potts et Tory Kittles.
  • Créateur et Scénariste : Nic Pizzolatto
  • Réalisation : Cary Joji Fukunaga
  • Première saison de 8 épisodes d’environ 60 minutes
  • Diffusion en France depuis le 13 Janvier 2014 sur OCS City en version originale sous-titrée
  • Disponible en DVD/Blu-ray : 11 juin 2014.

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